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  1. #1
    Al-khiyal is offline Super Moderator
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    Où j'ai laissé mon âme, de Jérôme Ferrari



    Où j'ai laissé mon âme de Jérôme Ferrari

    1957. À Alger, le capitaine André Degorce retrouve le lieutenant Horace Andreani, avec lequel il a affronté l'horreur des combats puis de la détention en Indochine. Désormais les prisonniers passent des mains de Degorce à celles d'Andreani, d'un tortionnaire à l'autre : les victimes sont devenues bourreaux. Si Andreani assume pleinement ce nouveau statut, Degorce, dépossédé de lui-même, ne trouve l'apaisement qu'auprès de Tahar, commandant de l'ALN, retenu dans une cellule qui prend des allures de confessionnal où le geôlier se livre à son prisonnier. Sur une scène désolée, fouettée par le vent, le sable et le sang, dans l'humidité des caves algéroises où des bourreaux se rassemblent autour des corps nus, Jérôme Ferrari, à travers trois personnages réunis par les injonctions de l'Histoire dans une douleur qui n'a, pour aucun d'eux, ni le même visage ni le même langage, trace, par-delà le bien et le mal, un incandescent chemin d'écriture vers l'impossible vérité de l'homme dès lors que l'enfer s'invite sur terre.

  2. #2
    Al-khiyal is offline Super Moderator
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    Youcef Zirem :


    Jeudi 16 Septembre 2010 -- C’est un roman fort émouvant que vient d’écrire Jérôme Ferrari. Où j’ai laissé mon âme revient sur la guerre d’Algérie pour se souvenir, se poser des questions et dire des choses qu’on n’aime pas toujours entendre en France et en Algérie. Cette fiction raconte l’arrestation, à Alger, d’un chef du FLN, en 1957 ; le portrait que dresse Jérôme Ferrari de ce combattant de la liberté ressemble à ce que fut Larbi Ben M’Hidi. Ici, il est question de Tahar, leader charismatique, qui impressionne ses geôliers avec son calme, son sourire et sa certitude du triomphe prochain de la cause du peuple algérien. Plusieurs voix racontent ce récit attachant et les temps eux-mêmes se chamboulent : la deuxième guerre mondiale, la guerre du Vietnam et même la guerre civile algérienne des années 90 s’entrechoquent pour signifier que les hommes s’accommodent peu de la paix.

    C’est à Alger que le capitaine André Degorce retrouve le lieutenant Horace Andreani ; ensemble, ils étaient détenus en Indochine ; ensemble, ils avaient connu la défaite. Mais à Alger, ils s’occupent des prisonniers algériens qui se battent pour l’indépendance de leur pays. Horace Andreani est sans pitié ; il pratique la torture comme il respire. À l’indépendance de l’Algérie, il ne se gênera pas pour venir visiter ce pays où il a commis tant de méfaits. André Degorce, lui, est rempli de remords ; il écrit des lettres à sa femme et à ses parents, restés en France mais il n’arrive pas à leur dire la réalité algérienne ; il ne trouve l’apaisement qu’auprès de son prisonnier Tahar, l’un des chefs historiques du FLN.

    L’entourage d’André Degorce croit alors, ce moment-là, qu’avec l’arrestation de Tahar, c’est toute la guerre de libération qui va s’arrêter. Ce n’est pas l’avis de Tahar : « Aux échecs, je crois, il y a des situations où un des joueurs comprend, en plein milieu de la partie, qu’il ne peut plus gagner. Tous les coups qu’il peut jouer, n’importe lesquels, vont rendre sa position plus difficile, quoi qu’il fasse, vous comprenez. Tous les choix sont de mauvais choix. Et le joueur le sait mais il doit continuer la partie. Peut-être, s’il est fort, il peut la faire durer un peu plus longtemps, mais rien de décisif ne peut arriver. Ça c’est votre situation même si vous, vous ne vous en rendez pas compte. Ne pas m’arrêter, c’est mauvais. M’arrêter, peut-être, c’est pire. Il n’y a que de mauvais choix. Pour nous, capitaine, c’est le contraire. Si nous gagnons ici, c’est bon. Si nous perdons, si vous arrêtez tout le monde, c’est aussi bon. Un martyr est mille fois plus utile qu’un combattant. C’est pour ça que vous ne verrez jamais la victoire », dit-il à l’adresse du capitaine André Degorce.

    Auteur de plusieurs livres, Jérôme Ferrari a enseigné la philosophie durant quatre ans au lycée international d’Alger. Vivant actuellement en Corse, cet écrivain prometteur continue ses quêtes d’humanisme dans un monde qui ne sait plus où il va.

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