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  1. #1
    Al-khiyal is offline Super Moderator
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    Salaam la France, de Bernard du Boucheron



    Salaam la France de Bernard du Boucheron

    "J'étais arrivé à Alger en janvier 1954. Frais émoulu de la faculté de médecine, avec pas assez de diplômes et trop de prétention pour "visser ma plaque" en métropole et y attendre le patient. En envoyant un dossier au ministère de la Santé j'avais décroché un poste de médecin de bled. Le supplément colonial me permettrait de vivre". Sitôt débarqué. Frédéric, jeune Francaoui sans attaches ni préjugés, remarque ce que la plupart des colons refusent de voir : l'Algérie est bouillante de haines prêtes à déborder. Le pays monte inexorablement vers la guerre. Trois femmes d'origines, d'âges et de milieux divers vont permettre à Frédéric d'accéder à une vraie connaissance de la vie. On retrouve ici la violence sèche, les phrases en coups de fouet qui sont la marque de Bernard du Boucheron. Son tableau de l'Algérie à la veille de l'insurrection n'épargne ni les colons ni les colonisés. La guerre amoureuse, décrite avec une ironie féroce, ne paraît pas moins impitoyable.

  2. #2
    Al-khiyal is offline Super Moderator
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    Youcef Zirem :


    Samedi 9 Octobre 2010 -- C’est un roman plein de sérénité que vient d’écrire Bernard du Boucheron même s’il aborde une période difficile de l’histoire algéro-française. Salaam la France raconte le pays de Kateb Yacine juste avant le début de la guerre de libération. C’est une période qui semble lointaine aujourd’hui ; dans les mémoires, elle est déjà presque irrémédiablement perdue. L’écrivain arrive cependant à la restituer, à lui donner corps, sans haine pour personne, juste avec des vérités même si parfois elles sont difficiles à écouter.

    Salaam la France, commence avec une visite d’investisseurs français dans l’Algérie indépendante. Frédéric fait partie de cette délégation qui vient ramasser de l’argent dans un pays où le pétrole et le gaz ont fait perdre la tête à de nombreux dirigeants. Frédéric a l’amour de cette terre qui lui valu son premier travail, médecin de bled, bien des années auparavant. C’est cette belle et splendide Numidie qui lui a appris la vie, l’amour, la solidarité, le sens de l’existence face à l’absurdité du monde. «Rien n’égale la servilité de l’homme d’affaires français coincé entre l’espoir du profit et la menace de représailles», écrit le lauréat du grand prix du roman de l’Académie française.

    Ce dernier plonge ensuite son lecteur dans cette Algérie de jadis où les colons imposaient leur loi et ne voyaient pas venir la révolte des plus démunis, de ceux qui n’avaient plus rien à perdre. Après Alger où il rencontre Jésus Martinez, un homme qui a le racisme dans le sang, Frédéric fait la connaissance de la belle Elise, une fille de riches propriétaires terriens de la Mitidja. Puis le médecin débutant se retrouve à Bou Djellal, aux portes du désert. Là il fait corps avec son entourage, tout en essayant de limiter les complots des uns et des autres. Parfois il est vétérinaire, ou l’homme à tout faire des autorités du patelin. Frédéric prend également soin de la santé des femmes de la maison close de la région où l’une des prostituées, Malika, va tomber amoureuse de lui. Mais cette belle femme va mal terminer ; ne voulant plus continuer à faire le plus vieux métier du monde, elle est sauvagement amputée de son nez, en guise de représailles, par un homme de sa tribu.

    Annilka est l’autre femme qui a marqué Frédéric durant son séjour sur les Hauts Plateaux. C’est une Danoise, mariée à un certain Naulet mais qui aime plutôt Sdira, un collaborateur du système colonialiste. Cette fiction se termine par l’assassinat d’Annilka sous le regard de Frédéric. C’est Sdira qui met fin à l’existence de la belle femme venue du grand Nord. Entre Frédéric et Annilka, le malentendu a souvent régné. «L’accord était impossible entre l’idéalisme d’Annilka, nuancé d’hypocrisie, et ma trahison anticolonialiste exempte de toute compassion pour les colonisés», écrit Bernard du Boucheron.

    Salaam la France de Bernard du Boucheron, éditions Gallimard, 211 pages, 16,90 euros

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