Jeudi 4 Novembre 2010 -- Le réalisateur Abdenour Zahzah a obtenu, le 30 octobre dernier, le Prix du Public-Midi Libre-Kodak au 32e Festival méditerranéen de Montpellier pour son film Garagouz. Sa première fiction ou une fable sur l’Algérie des années 1990. Inspiré de la vie de marionnettistes professionnels dans le centre du pays, le scénario d’Abdennour Zahzah est une fable sur les années 1990 en Algérie. De prime abord, ce cinéaste a opté pour la difficulté. D’autant que la véritable histoire est un voyage incessant qui s’effectue en camionnette. Le tournage est donc mobile. Il a été bien difficile de faire des routes sinueuses pour s’assurer notamment du jeu des deux principaux personnages. Ni Mokhtar le marionnettiste, ni Nabil son fils ne sont acteurs professionnels. Autre difficulté que le réalisateur préfère pour trouver la personne qui sied le mieux au personnage. Il y met beaucoup de temps, mais il passera nécessairement par un coaching. Le premier plan de Garagouz (marionnettes) est fixe. La lumière indique les premières heures d’un certain matin dans l’arrière-pays de Cherchell. Le vieux véhicule bleu doit mener les deux artistes à destination. Tout au long du trajet, la caméra joue avec les ombres, comme si l’auteur voulait signifier les paradoxes d’une contrée belle mais dangereuse. L’échange entre le père et son fils dénote d’une grande affection. Leur regard semble triste, mais ils restent sereins face aux hostilités. La première est subie lors d’un barrage, là où ils perdent leur première poupée. La seconde est supportée dans la camionnette même. Des personnes zélées, prises en stop en pleine montagne, vident toutes les caisses, détruisent toutes les autres marionnettes et s’en vont, non sans mettre dans l’embarras Mokhtar et son fils. Ce dernier raconte cependant son rêve fait la nuit dernière : «J’étais avec toi dans la mer. Il y avait beaucoup de gens. Des gens gentils et des gens méchants. Les gens méchants étaient très méchants. Ils voulaient ma mort. Et comme si tu voulais me sauver. Mais les méchants s’en sont aperçus. Ils t’ont emmené au bateau. Et la mer, d’un côté, était bleue. Avec des petites vagues et un petit bateau. Et de l’autre côté, elle était stagnante, d’une couleur verte, presque sale. Lorsqu’ils t’ont emmené au bateau, je me suis jeté dans l’eau et suis resté en apnée. Je ne voulais pas nager. Ensuite, les méchants m’ont tiré de l’eau. J’ai fait le mort. Mes yeux étaient grands ouverts, j’avais peur qu’ils se referment. Après, les méchants m’ont laissé couler. Puis j’ai commencé à nager sous l’eau, nager, nager, nager. Lorsque je me suis senti loin d’eux, je suis sorti de l’eau et me suis retrouvé sur le sable. Et j’ai commencé à respirer, respirer. Et toi, t’étais là, tu m’attendais...» Le père conclut, là, que c’est «un bon présage». Ce rêve-là devient le spectacle du jour sous la forme d’ombres dans une école. Le réalisateur valorise en même temps l’origine du métier de marionnettiste. L’enfant Nabil amuse ses pairs avec ses silhouettes et son rêve. Les institutrices sont aussi émerveillées que leurs élèves. La note d’optimisme est si grande que la musique originale la renforce. Pour Abdenour Zahzah, obtenir un prix pour une première fiction «fait vraiment plaisir, d’autant que c’est un prix du public. Et le cinéma est fait pour le public».

Garagouz

Réalisation, scénario et mise en scène : Abdenour Zahzah
Algérie septembre 2010.
Court métrage de 24 mn.
Production : Yacine Laloui/Laïth Media.
Interprétation de Mahmed Irki, Farouk Irki, Youcef Abbas et Tahar Benayachi.