Le 16 mars 2005, les archives concernant "L'affaire de l'esclave Furcy" étaient mises aux enchères, à l'hôtel Drouot. Elles relataient le plus long procès jamais intenté par un esclave à son maître, trente ans avant l'abolition de 1848. Cette centaine de documents - des lettres manuscrites, des comptes rendus d'audience, des plaidoiries - illustrait une période cruciale de l'Histoire. Les archives révélaient un récit extraordinaire : celui de Furcy, un esclave âgé de trente et un ans, qui, un jour d'octobre 1817, dans l'île de la Réunion que l'on appelle alors île Bourbon, décida de se rendre au tribunal d'instance de Saint-Denis pour exiger sa liberté. Après de multiples rebondissements, ce procès, qui a duré vingt-sept ans, a trouvé son dénouement le samedi 23 décembre 1843, à Paris. Malgré un dossier volumineux, et des années de procédures, on ne sait presque rien de Furcy, il n'a laissé aucune trace, ou si peu. J'ai éprouvé le désir - le désir fort, impérieux - de le retrouver et de le comprendre. De l'imaginer aussi.
+ Reply to Thread
Results 1 to 2 of 2
-
20th November 2010 18:06 #1
Super Moderator
- Join Date
- Jan 2006
- Posts
- 289,634
-
20th November 2010 18:08 #2
Super Moderator
- Join Date
- Jan 2006
- Posts
- 289,634
Youcef Zirem :
Samedi 20 Novembre 2010 -- Critique au Figaro littéraire, Mohamed Aissaoui vient de recevoir le Prix Renaudot de l’essai pour son livre sur l’esclave Furcy. Avec des mots justes et clairvoyants, ce journaliste algérien a réussi à donner une seconde vie au parcours impressionnant de cet esclave. Ainsi, à trente et un ans, l’homme opprimé décide un jour d’automne 1817 dans l’île de la Réunion, de se rendre au tribunal d’instance de Saint-Denis, pour exiger sa liberté. Dans sa main, il porte la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Mais c’est un combat presque sans issue qui attend le jeune homme avide de liberté. «Le soleil clément ajoutait à la douceur du monde. Furcy aimait tout particulièrement ces instants paisibles et libres, quand la forêt appelait au silence. Pas un bruit… Juste, au loin, la musique d’une rivière. Le calme fut rompu par le pépiement effrayé d’une nuée d’oiseaux qui s’envolèrent d’un trait», écrit Mohamed Aissaoui pour planter le décor d’une histoire palpitante. Le procès de l’esclave Furcy dure vingt sept ans. De rebondissement en rebondissement, il trouve son épilogue, le samedi 23 décembre 1843, à Paris. La vie dans l’île de la Réunion était difficile en ces temps là où les esclaves subissaient toutes les injustices du monde. Mohamed Aissaoui raconte admirablement cette période difficile de l’histoire de l’humanité pour nous aider à répondre à certaines interrogations qui ne cessent de nous tarauder l’esprit jusqu’à l’époque contemporaine où d’autres fléaux continuent d’exister ici et là. «Au moment où l’esclave allait mettre un pied dans l’eau, il trébucha. Un chien sauta sur lui et mordit sa cuisse droite, tétanisant tous les muscles de son corps. Le deuxième chien le prit à la gorge alors qu’il se débattait. On entendit un cri lourd. Au loin, les deux blancs sourirent. Ils ralentirent le pas, comme pour apprécier davantage le malheur de leur proie et laisser les chiens terminer leur besogne. Le noir qui les accompagnait baissa la tête. Furcy, aussi, avait entendu le cri. Il se trouvait de l’autre côté de la Rivière-des-Pluies. Dissimulé derrière un pied de litchi, il avait tout vu. Il restait figé. Depuis sa cachette, il avait remarqué une fleur de lis tatouée sur chaque épaule du fuyard allongé, ses oreilles et son jarret étaient coupés. Ces deux mutilations signifiaient qu’il avait déjà tenté de fuir à deux reprises. Quand les deux hommes arrivèrent près de l’esclave agonisant, ils marquèrent un temps, se regardèrent, puis le prirent chacun d’un côté. Ils le jetèrent dans la rivière. Et s’essuyèrent les mains. Le corps moribond flottait comme un bout de bois au gré du courant qui était fort ce jour-là», écrit Mohamed Aissaoui dans un récit où l’émotion est à chaque page de cette histoire bouleversante. C’était pourtant le début du 19ème siècle ; une période où les Lumières avaient déjà réduit à néant tant d’horreurs que la bêtise et la méchanceté des hommes ne cessent de réinventer au gré des jours qui s’enfuient.







LinkBack URL
About LinkBacks
Reply With Quote
Bangladesh
Ecuador
Morocco
Nepal
Nicaragua
Puerto Rico
Russia
Scotland
South Africa
Ukraine
Virtual Countries