Mardi 22 Mars 2011 -- Des poèmes pour dire la terreur, des mots bien ficelés pour raconter un pays difficile à vivre. Journaliste et poète, Djamel Benmerad continue son travail de création à Bruxelles, où il a élu domicile depuis un moment. Publiée chez la défunte Sned (devenue par la suite Enal), la poésie de Djamel Benmerad a toujours eu une touche contestataire, donc lisible et provocatrice. Dans le bon sens. La poésie a, de tous temps, aidé de nombreux écrivains dans leur tentative de juguler l’injustice des jours, l’absence de libertés et de justice sociale. On ne meurt bien qu'en Algérie, ce recueil, publié aux éditions Rebelles de Bruxelles, n'échappe pas à cette règle. La poésie de Djamel Benmerad est en rapport étroit avec ceux qu'il aime, ceux qui sont restés dans le pays de ses ancêtres. Avec un certain humour, le poète fait voyager son lecteur.

Dans ces textes douloureux et forts, il revient sur cette incommensurable violence qui a frappé, qui continue à frapper l'Algérie. Car la violence est aussi dans ces portes qui se ferment devant une masse impressionnante de jeunes et de moins jeunes ; ces portes qui ne s’ouvrent qu’à l’aide de cette corruption maudite qui fait perdre les repères et les valeurs. L'auteur n'utilise pas de longues phrases pour raconter l’horreur. Juste quelques mots pour dire comment la tête de l’enfant «a roulé plus vite que le viol de ses sœurs» mais «moins vite que notre honneur dans la poussière». Lorsque le poète avoue avoir «mal au cœur d’Alger», l’ambulance égrène son chant affolé d’horreurs : «Du sang ! Du sang, je suis perdu sans !».

Parfois le poète se pose des interrogations immenses et ne trouve pas de réponses. Parfois, il estime que sa vie est trop longue. «Je lui fais un ourlet», se dit‑il. Sous des latitudes plus clémentes, le poète a des regrets et des souvenirs. C'est un autre poète, un copain à lui qui lui disait : «Reste donc ! On ne meurt bien qu’en Algérie». Mais les larmes et le sang ne cessent d'imposer leur loi. Les sacrifices des uns et des autres ne semble pas avoir servi à tracer le chemin de la liberté. Le poète n'oublie pas les résistants, ceux qui ont pris les armes pour se défendre face à la horde intégriste que le pouvoir manipule à outrance. «Un poumon de moins, c’est une cible qui rétrécit», écrit, avec courage, le poète. Djamel Benmerad fait partie de ces créateurs qui savent aller à l’essentiel quand la situation le dicte. On ne meurt bien qu’en Algérie est également un texte de témoignage sur une période noire d’un pays qui ne voit toujours pas le bout du tunnel.

On ne meurt bien qu’en Algérie, poèmes de Djamel Benmerad, Éditions Rebelles de Bruxelles