Mardi 21 Octobre 2008 -- L’écrivain algérien Yasmina Khadra dénonce les «aberrations parisianistes» des institutions littéraires qu’il accuse de s’être «liguées» pour écarter son roman Ce que le jour doit à la nuit des listes des principaux prix, dans un entretien publié hier dans le quotidien français le Parisien. «Disqualifié ! Toutes les institutions littéraires se sont liguées contre moi. Ça n’a pas de sens ces aberrations parisianistes !» a déclaré au quotidien l’écrivain qui dirige actuellement le Centre culturel algérien à Paris. Paru le 25 août dernier, Ce que le jour doit à la nuit (Julliard) est l’un des rares romans français de la rentrée littéraire à avoir figuré parmi les meilleures ventes au cours des deux derniers mois. Il n’a en revanche été mentionné dans aucune des sélections des principaux prix littéraires de l’automne. «Les gens pensent que ça a été facile pour moi de devenir écrivain. Ils n’ont rien vu de mon parcours. J’ai été soldat à l’âge de 9 ans», affirme-t-il, rappelant son itinéraire d’ancien officier de l’Armée nationale populaire, qui écrit sous un pseudonyme féminin. Yasmina Khadra fait dans Ce que le jour doit à la nuit le portrait de l’Algérie coloniale déchirée entre communautés. L’écrivain, dont l’œuvre est traduite dans de nombreuses langues, a obtenu ces dernières années plusieurs distinctions en France et à l’étranger. Son précédent roman, l’Attentat, a reçu le prix des Libraires en 2006.
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21st October 2008 19:04 #50
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5th November 2008 11:45 #51
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Mercredi 5 novembre 2008 -- «Ma probité intellectuelle n'est pas négociable». Ainsi s'exprimait, au soir de décembre 2007, dans les colonnes du Quotidien d'Oran, l'écrivain Yasmina Khadra. Nommé quelques semaines plus tôt à la tête du Centre culturel algérien - institution officielle s'il en est - l'ancien officier de l'armée pestait, à l'époque, contre ceux qui l'accusaient d'avoir troqué son statut de contestataire contre un costume de «diplomate assimilé».
Dans une interview accordée de fraîche date à l'Humanité, l'auteur de Ce que le jour doit à la nuit (Julliard) se livre à une critique au mortier. Recueillis à la veille du 54e anniversaire du 1er Novembre 1954, ses propos sont du genre à lui valoir une réplique enflammée de la «famille révolutionnaire».
Sur le ton de «L'indépendance confisquée», le témoignage écrit par Ferhat Abbas au soir de sa vie, l'écrivain n'y va pas de main morte. «L'indépendance n'a pas tenu sa promesse de partage», tonne-t-il. A l'origine de son feu nourri contre le bilan de l'Algérie post-indépendance une question du journal communiste.
Quel lien fait Yasmina Khadra entre la page coloniale et la tragédie des années 1990 ? «Je ne peux pas dire que le colonialisme est responsable des dérives que connaît l'Algérie d'aujourd'hui. C'est surtout la désillusion, l'immense déception qui a conduit ce pays dans le cauchemar. Le seul trait commun entre l'Algérie coloniale et l'Algérie contemporaine est peut-être l'inégalité».
Propos rarement sinon jamais entendus dans la bouche d'un responsable nommé par un acte officiel (décret ou arrêté), les mots du directeur du CCA vont en s'embrasant. «La nomenklatura, les apparatchiks, le népotisme ont permis le brutal enrichissement d'une minorité, tandis que la majorité est restée à croupir dans la misère».
«Du coup, poursuit le directeur-écrivain sur sa lancée, les Algériens n'ont pas eu le sentiment d'appartenir à une nation. A leurs yeux, le colonialisme n'a fait que changer de tête. A la place de monsieur Pierre est venu monsieur Mustapha».
Cette évolution a «fragilisé la nation» au risque de l'exposer « à n'importe quel vent de colère». L'islamisme, qui a soufflé violemment sur le pays dans les années 1980 et 1990, «n'est rien d'autre qu'un immense vent de colère qui s'est engouffré dans les esprits, emportant des jeunes, parfois admirables, sur les sentiers de la perdition».
«Aujourd'hui encore, les jeunes ne comprennent pas qu'un pays aussi riche que l'Algérie puisse produire des pénuries, des carences, des exclusions, une bureaucratie paralysante, une corruption tentaculaire. Et c'est incompréhensible», dit l'auteur de Ce que le jour doit à la nuit.
Saluant l'»opposition authentique» et les «engagements véritables» qui s'étaient érigés contre l'intégrisme au début des années 1990, Yasmina Khadra déplore l'essoufflement actuel. «Avec le temps, cette ferveur, cette volonté, cette résistance se sont effilochées». La raison tient au fait que les forces qui portaient le combat anti-islamiste «se sont diluées à leur tour dans la prédation». Autant que le pouvoir, l'écrivain assène un violent coup contre «ce qu'on appelle aujourd'hui « opposition en Algérie »». Celle-ci, accuse-t-il, est «constituée de prédateurs, qui pensent que les partis ne servent pas à défendre des idées, mais à assurer une rente aux membres de leurs bureaux politiques. D'un seul coup, toutes les voix se sont tues. C'est qu'on ne parle pas la bouche pleine».
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9th November 2008 21:07 #52
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Sihem Ammour :
Dimanche 9 novembre 2008 -- Yasmina Khadra, de son vrai nom Mohamed Moulessehoul, l’auteur de Ce que le jour doit à la nuit, son dernier roman, a reçu vendredi dernier le prix Roman France Télévision 2008, décerné par un jury composé de 25 téléspectateurs. L’écrivain, qui occupe actuellement le poste de directeur du Centre culturel algérien à Paris, a décroché le prix au 4ème tour avec 13 voix contre 12 à Jean-Marie Blas de Roblès pour Là où les tigres sont chez eux, a précisé France Télévisions dans un communiqué. Quatre autre livres étaient en compétition : Zone de Mathias Enard, les Années d’Annie Ernaux, Trois hommes seuls de Christian Oster et Un lieu incertain de Fred Vargas. Publié au mois d’août dernier par les éditions Julliard, Ce que le jour doit à la nuit figure ces deux derniers mois parmi les meilleures ventes littéraires en France. Yasmina Khadra avait déclaré lors de la sortie du roman que «ce livre, je le porte en moi depuis 1982. Ce n’est pas seulement une histoire de l’Algérie coloniale, c’est aussi une réplique aux travaux de mon idole, Albert Camus. Il n’a traité que de son Algérie à lui, son jouet d’enfant, de petit pied-noir. Il n’est jamais allé de l’autre côté. C’est ce côté-là que j’ai raconté, celui des pieds-noirs, des racistes, des gens bien, l’Algérie dans sa globalité». L’auteur fait aussi dans ce roman le portrait de l’Algérie coloniale déchirée entre communautés, dont le filigrane est l’histoire d’amour impossible entre Younes et Emilie.
Rappelons que les organisateurs du SILA avaient invité, mercredi dernier, Yasmina Khadra pour une rencontre avec les lecteurs algériens. Finalement, la rencontre a été annulée car l’auteur avait répondu à l’invitation du Parlement européen dans le cadre de la Semaine arabe. Il a animé à cette occasion une conférence durant laquelle il a évoqué son périple littéraire universel et dit tout l’amour qu’il porte à ses semblables et à son pays, son admiration pour la femme algérienne, et le respect qu’il voue au combat qu’elle mène afin de conquérir ses droits. Rappelons que l’œuvre de l’auteur algérien est traduite dans trente-quatre pays. L’Attentat est en cours d’adaptation à Hollywood, et les Hirondelles de Kaboul sera porté à l’écran par le cinéma français. Yasmina Khadra a également remporté plusieurs prix au niveau international. A propos du déroulement de Ce que le jour doit à la nuit en Algérie, il a déclaré : «C’est un retour naturel. Je suis algérien, j’aime ce pays et j’ai toujours voulu le chanter, dans la douleur comme dans la joie, dans l’espérance comme dans le désarroi. Ce pays qui m’est cher est la patrie de toutes mes inspirations.»
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28th November 2008 23:19 #53
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Vendredi 28 novembre 2008 -- Ce que le jour doit à la nuit de Yasmina Khadra est le meilleur roman de l’année 2008 en France . Boudé par les grands littéraires « parisianistes », malgré une critique enthousiaste et un gros succès de librairie, le roman de Yasmina Khadra Ce que le jour doit à la nuit a été élu, jeudi, meilleur roman de l’année 2008 en France par le magazine Lire et la radio RTL.
Qualifié de « meilleur livre jamais écrit sur l’Algérie coloniale » par le journaliste Claude Sérillon, le roman de Yasmina Khadra, de son vrai nom Mohammed Moulessehoul, a défrayé la chronique en Belgique, au Canada et en France, suscitant une grande stupéfaction auprès de nombreux critiques constatant sa « disqualification systématique » par les Grands Prix d’automne, « traditionnellement hostiles aux chantres de la littérature algérienne, de Dib à Boudjedra ».
Yasmina Khadra a emporté, le 7 novembre, le prix France Télévisions pour Ce que le jour doit à la nuit (Julliard), « un grand roman d’amour », selon François Busnel.
Les romans de Yasmina Khadra rencontrent un vif intérêt sur le plan international (traduit dans 33 langues). Les Hirondelles de Kaboul a été élu, rappelons-le, Meilleur livre de l’année aux Etats-Unis (2005), L’Attentat, Meilleur livre de l’année en Allemagne (2008).
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28th November 2008 23:21 #54
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Lire : 'Ce que le jour doit à la nuit' a été choisi comme meilleur livre de l'année par la rédaction de 'Lire'. Quel effet cela vous fait-il ?
Yasmina Khadra: Je suis très content. Je suis encouragé. Ce livre était très important pour moi, plus important que les autres. Je porte ce projet depuis longtemps et je l'ai mené à bout comme je le voulais. C'est un livre important pour les Algériens et les Français.
Mais il avait déjà rencontré un grand succès public ?
Oui, c'est vrai, sur les deux rives de la Méditerranée. Mais cette distinction, cela représente la confiance des critiques. C'est important pour moi. Et je tiens à remercier ceux qui ont voté pour moi.
Avez-vous un autre projet de livre en cours ?
Non, pas pour le moment. La direction du Centre culturel algérien me prend tout mon temps.
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6th April 2009 02:43 #55
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Lundi 6 Avril 2009 -- Après Hollywood qui adapte le roman de Yasmina Khadra pour le cinéma, L'Attentat est adapté au théâtre à Oran par Mourad Senouci, connu par sa dernière création Moutazaouedj fi otla, sacrée meilleur spectacle de l'année. Le projet, lancé il y a dix mois par Azri Ghaouti, directeur du théâtre d'Oran Abdelkader Alloula, se concrétise. Répétitions et enchaînements battent «leur plein». La générale est prévue le 23 avril prochain, en présence de Mohammed Moulessehoul. Théâtraliser L'Attentat de Yasmina Khadra, proposer son adaptation à Mourad Senouci et inviter le public à la représentation de ce roman traduit en langue théâtrale, voilà la gageure. C'est une première à Oran et dans le monde. S'attaquer à l'oeuvre de Yasmina Khadra n'est pas une mince affaire. «Autant l'auteur du roman a fait dans le détail, autant le théâtre étant un moyen et une fin, je me devais de faire dans la synthèse», nous dit Mourad Senouci, avec la modestie qui caractérise ceux qui maîtrisent leur sujet. «Il m'a fallu sept mois pour proposer une première mouture, que j'ai dû revoir sous les conseils éclairés de l'auteur lui-même et du metteur en scène. Cela a donné la pièce ‘Essadma'».
Pour ceux qui n'ont pas eu la chance ou l'occasion de lire L'Attentat, c'est l'histoire d'un chirurgien arabe israélien si bien intégré dans la bonne société israélienne de Tel-Aviv qu'il finit par oublier que les clameurs de la guerre ne sont pas si lointaines. Mais tout bascule pour lui le jour où il apprend que sa femme, avec qui il croyait vivre le parfait bonheur, s'est fait sauter au milieu d'un restaurant de Tel-Aviv. Mort d'hommes et d'enfants. Ce qui le pousse à faire son enquête aux recoins les plus inquiétants de l'âme humaine, là où se décide le destin de kamikaze. Le roman, ainsi que son adaptation,lèvent le voile sur un monde effarant dominé par la haine. Palestiniens et Israéliens sont mis dos à dos. La trame renferme tout et son contraire : la tendresse dans la rage, la peur et l'apaisement dans les foudres mêmes de l'existence. Non les kamikazes ne sont pas tous des fous ; oui les Palestiniens veulent se venger des humiliations subies ; même si les attentats sont bien sûr inacceptables, que reste-t-il à ceux qui ont tout perdu à part la lutte armée ?
Que reste-il du roman de Yasmina Khadra revisité par Mourad Senouci ? L'Attentat y est, la tension dramatique du roman est respectée, la trame est légèrement aménagée pour des exigences scéniques. L'exercice n'était pas de tout repos. Le texte dramatique est écrit dans un arabe très fluide. Très simple. «Le spectacle étant destiné à différents publics, je me devais d'éviter les spécificités linguistiques propres à une région donnée et me rapprocher un tant soit peu de l'universalité», nous disait Mourad Senouci. Assisté par Fadéla Hachemaoui «Essadma» est mise en scène par Ahmed Khoudi, metteur en scène reconnu et enseignant à l'Institut d'art dramatique et de l'audiovisuel de Bordj El-Kiffan. Le casting, parce que pour la première fois il y a eu casting à Oran, a duré des jours. Seuls trois comédiens du TRO ont été retenus. Himour, Belkaïd et Hammouda qui évolueront aux côtés de Ferri Mehdi, Djerrour, Hissam, Hasnaoui, Belakili, Chalabi et Achour ; des amateurs venus de différentes régions du pays. Des noms sur une première affiche professionnelle. Des noms à retenir.
«Pris dans mon propre jeu, j'ai dû, sur la demande du metteur en scène, acheter un exemplaire de L'Attentat de Yasmina Khadra pour chaque comédien», nous dira Azri Ghaouti, nullement étonné que le metteur en scène oblige les interprètes à la lecture de l'oeuvre pour cerner l'incarnation de leurs personnages et mieux refléter leur psychologie. Le metteur en scène, en fin professionnel, a su habilement esquiver les clichés pour que seule subsiste la représentation de la barbarie parlant à tous. La mise en scène bien rythmée porte bien le texte. En attendant de voir les comédiens évoluer dans l'ensemble des éléments esthétiques, décors, costumes, lumière et musique, "Essodma" présage d'un «Attentat» qui ne manquera pas de retentissements.
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29th December 2009 16:07 #56
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Merouane Mokdad
Mardi 29 Décembre 2009 -- Les studios de Hollywood n’adapteront pas au cinéma le roman de l’écrivain algérien Yasmina Khadra L’attentat. L’auteur vient de leur retirer son livre. “À force de réécritures, le scénario n'avait plus rien à voir avec le livre. Vendre mon âme, je ne suis pas preneur”, a-t-il confié à l’hebdomadaire français Le Nouvel Observateur. L’attentat sera finalement adapté à l’écran par le cinéaste et scénariste libanais Ziad Doueiri qui s’est rendu célèbre avec son film West Beyrouth, une co-production franco-belgo-libano-norvégienne, sorti en 1998. Publié en 2005, L’attentat revient sur l’histoire de Amie, médecin arabe d’Israël, qui découvre que son épouse était une kamikaze. Traduit à l’anglais, le roman a été vendu aux Etats Unis à 75.000 exemplaires.
Par ailleurs, Yasmina Khadra vient de publier un nouveau roman L'Olympe des Infortunes chez l’éditeur français Juliard. Ce livre raconte l’histoire de vagabonds et de marginaux en Algérie. « J'ai toujours été fasciné par les marginaux. Ce sont des divinités, pas des vaincus, mais des gens qui ont compris une chose que je ne comprendrai jamais: ils ont la force, ou la folie, d'avoir renoncé à être les otages de nos ambitions les plus extravagantes», a confié le romancier au Nouvel Observateur. Yasmina Khadra est actuellement directeur du Centre culturel algérien à Paris.




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