Dimanche 9 Mars 2008 -- Pour son traditionnel discours à l’occasion de la Journée internationale de la femme, Abdelaziz Bouteflika n’a pas fait dans le détail. Après avoir annoncé, il y a deux ans, la réforme du code de la famille et de la nationalité, le président de la République a insisté, dans une allocution prononcée devant un aréopage de femmes à l’hôtel El Aurassi d’Alger, sur le renforcement du rôle des femmes dans les cercles de décision.

Et par cercles de décision, le chef de l’Etat a désigné deux domaines importants : la politique et l’entrepreneuriat. Politique d’abord, puisque Abdelaziz Bouteflika, sortant un instant de son discours écrit, a d’abord fait remarquer qu’il n’y a pas assez de femmes ni dans le gouvernement ni dans le Parlement. Et les responsables sont, selon le Président, le gouvernement et les partis politiques. «Il est inutile de souligner que la femme occupe des postes et pas d’autres», a-t-il dit, ajoutant que «le gouvernement doit remédier à cette situation, une tâche qui incombe d’abord aux partis politiques».

«Je voudrais dire que la participation à des niveaux supérieurs du pouvoir, à savoir les Assemblées nationales et le gouvernement, passe par des élections […] Les partis manquent à présenter des femmes candidates aux élections et lorsqu’elles figurent sur les listes, elles sont reléguées aux derniers rangs», regrette encore le chef de l’Etat qui rappelle que si le peuple algérien «refusait la candidature de la femme aux élections dans les années 70», la situation a changé car, a-t-il dit, «la femme jouit actuellement de grandes capacités et d’une compétence scientifique qui lui permettent d’assumer toutes les responsabilités».

Sur le plan économique, le président Bouteflika a invité les jeunes Algériennes à s’impliquer davantage dans la création de richesses et d’emplois, en créant leurs propres entreprises. Pour cela, il appelle les femmes «à participer à cette grande aventure entrepreneuriale […] qui, seule, pourra nous libérer du parasitisme rentier et nous permettre de participer activement à l’évolution du monde».

Il ne manquera pas, dans ce sens, de saluer ces «créatrices d’entreprises dans l’industrie, l’agriculture et les services modernes, et en particulier ces encore trop rares pionnières que sont les quelque 5 000 utilisatrices de l’Agence nationale de gestion du microcrédit et ces 11 000 chômeuses qui ont réussi à créer leur propre emploi grâce à la dynamique créée par l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes. Cette dynamique doit être amplifiée et diversifiée».

Sur le plan de l’évolution des droits de la femme dans notre pays, le chef de l’Etat a rappelé les amendements opérés sur le code de la famille et celui de la nationalité, en 2006, et qui a permis d’arriver à une certaine égalité, notamment dans la transmission de la nationalité algérienne aux enfants. «Nous sommes à la veille de la commémoration du 30ème anniversaire de l’adoption de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. A cette occasion, nous allons retirer la réserve qui avait été formulée par l’Algérie à l’égard de l’article 9.2 de cette convention concernant l’égalité des droits de la mère et du père en matière de transmission de la nationalité algérienne aux enfants, cette égalité étant maintenant reconnue en Algérie», a-t-il encore promis, tout en insinuant que l’Algérie ne peut pas aller plus loin du fait de l’apesanteur religieuse.

Auparavant, le chef de l’Etat, tout en rappelant le sacrifice consenti par la femme algérienne durant la guerre de libération, a noté l’évolution faite par les femmes depuis l’indépendance dans les différents domaines de la vie nationale. A souligner que la cérémonie d’hier a regroupé des dizaines de femmes de différents horizons, venues des quatre coins du pays, à l’image de cette traductrice de Chlef qui n’a pu contenir son émotion d’être «honorée par le président de la République».