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  1. #1
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    Le président Bouteflika à une année de la fin de son mandat :


    Mardi 8 Avril 2008 -- Le compte à rebours est entamé et le coup de starter pour la course à la prochaine présidentielle a été donné. Il ne reste plus qu’à savoir qui prendra part à cette compétition qui se soldera par le nom du prochain président de la République algérienne. Bouteflika sera-t-il candidat à sa propre succession ? C’est la question que se pose l’ensemble de la classe politique et dont la réponse demeure jusqu’à ce jour tenue secrète par le principal concerné, à savoir Abdelaziz Bouteflika.

    A une année de la fin de son second mandat, dernier que lui garantit l’actuelle loi fondamentale, le président Bouteflika se trouve devant des observateurs avides de visibilité sur le devenir de la République. Au-delà de son ambition non encore affichée mais demeurant suggérée de briguer un troisième mandat, il s’agira pour l’Algérie de savoir quelle trajectoire devra-t-elle emprunter, et pour la démocratie de savoir si elle y laissera des plumes. Le flou règne et les spéculations vont bon train. La donne politique demeure pour l’heure l’otage des cercles de décision qui semblent oublier que le devenir de ce pays appartient aussi à un peuple que la Constitution actuelle désigne comme principal électeur ayant la prérogative du choix de ses représentants pour qu’ils garantissent le respect des lois de la République et qu’ils rendent compte des projets d’avenir qu’ils réservent au pays. Ce qui est aujourd’hui acquis, c’est que l’année politique qui commence en ce 8 avril 2008 sera une année charnière et mouvementée devant déterminer la prochaine étape de la vie institutionnelle du pays jalonnée au cours des 45 dernières années de mouvements successifs à la tête de la pyramide de l’Etat sans que l’idéal démocratique ne soit atteint.

    Cinquième année d’un second mandat, et dixième depuis la première élection de Bouteflika en 1999, le pont vers 2009 qui prend son point de départ aujourd’hui ne trouve pas encore ses desseins dans ce nuage voilant le ciel politique algérien. Bouteflika est tenu de rendre public son projet de révision constitutionnelle et dire clairement s’il le compte encore parmi ses objectifs ou non. Dans son dernier entretien accordé à l’agence britannique Reuters, le Président a jeté davantage de doutes sur ce projet qui, pourtant, avait été porté en fanfare par le FLN. Sa phrase consistant à dire qu’il tient d’abord à terminer « correctement » son actuel mandat, a replongé la classe politique dans la logique du statu quo, mais aussi a laissé planer l’incertitude sur l’absence de consensus au plus haut niveau du pouvoir de décision sur la faisabilité de ce projet. Une année est-elle à même de lui donner toutes les garanties de terminer correctement tous les chantiers engagés, rattraper les échecs de deux mandats successifs en boostant une machine économique ralentie par les hésitations et le manque de vision prospective ou encore relever un pouvoir d’achat rongé par une inflation galopante et dépendante du commerce extérieur ? Rien n’est encore sûr, et la manne pétrolière est loin de répondre seule à un tel défi. Le ton des promesses émaillant la précampagne de la présidentielle de 2004 n’étant plus de mise, Bouteflika est conscient que c’est sur la base de son bilan qu’il peut défendre son option d’un troisième mandat.

    Et contrairement à l’élection de 2004 où le Président n’avait aucune difficulté à garder au secret sa candidature jusqu’à la dernière minute, il est impératif aujourd’hui pour briguer un troisième mandat qu’il se prononce bien à l’avance puisque seul un amendement de la loi fondamentale peut le lui permettre. Ce qui est sûr, c’est que si amendement il y a, il devra intervenir avant la fin du mandat actuel et même avant l’été, afin de donner le feu vert ensuite à un vrai débat d’idées sur les articles qui seront touchés et ouvrir la vraie campagne de soutien ou d’opposition pour s’acheminer enfin vers son adoption et donc ouvrir des perspectives plus claires et surtout donner de la crédibilité à une révision qui semble se borner au seul article 74 relatif à la limitation des mandats. Pour l’heure, hormis le ballon-sonde du troisième mandat lancé par le FLN et l’UGTA et la candidature annoncée de Fawzi Rebaine, les contours de l’élection présidentielle de 2009 constituent la grande inconnue. Le marasme social est, quant à lui, bien une réalité connue et cernée, au point où des jeunes Algériens flirtent par milliers avec la mort pour atteindre une autre rive plus prospère.

  2. #2
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    Mardi 8 Avril 2008 -- Economie à forte dépendance des recettes en hydrocarbures, la transformation du modèle économique algérien, et la diversification tant attendue et promise depuis 1999, reste encore au stade de vœux pieux. Elu dans une conjoncture internationale des plus favorables, marquée par la hausse des cours du baril du pétrole, Abdelaziz Bouteflika a multiplié les promesses d’une réforme en profondeur du système économique à même de préparer l’Algérie à l’ère de l’après-pétrole.

    Neuf ans après, le gouvernement chargé d’exécuter le programme présidentiel donne l’impression de naviguer à vue, sans vision à long terme, et se permet même de peaufiner une nouvelle stratégie industrielle en fin de mandat. Une absence de stratégie qu’illustrent parfaitement d’ailleurs les polémiques entre différents ministères qui se renvoient la balle, à l’instar de celle née entre MM. Temmar et Benbada sur la mise à niveau des entreprises, ou encore entre les ministres de l’Agriculture et du Commerce sur la flambée des prix de certains produits alimentaires.

    Cela dit, il est indéniable que les fortes recettes tirées des hydrocarbures ont quelque peu voilé le gribouillage ambiant, et ce, par la politique de désendettement et d’un recours massif à l’investissement public. Une politique volontariste qui entend relancer la croissance par la dépense publique, où près de 200 milliards de dollars ont été injectés dans des projets de développement et de réhabilitation des infrastructures de base : transports, énergie, habitat, ressources en eau et travaux publics, notamment.

    Des opportunités perdus

    Rien que pour la période 2005-2009, un programme de 144 milliards de dollars est annoncé. Avec des projets phares et structurants comme l’autoroute Est-Ouest, la modernisation des chemins de fer, la relance du métro d’Alger, la réhabilitation des infrastructures routières, le million de logements et un ambitieux programme de développement des ressources en eau, marqué par la construction de nouveaux barrages et des stations de dessalement de l’eau de mer, le programme présidentiel compte ainsi tirer la croissance vers le haut et réduire du coût le chômage, véritable casse-tête pour le gouvernement.

    Le Président avait en effet promis la création de pas moins de 2 millions d’emplois entre 2005 et 2009. Cependant, loin de faire l’unanimité, cette politique de recours massif à l’investissement public a été considérée par certains experts, notamment ceux de la Banque mondiale (BM), d’opportunités qui risquent d’être perdues pour des raisons de gaspillage, d’inefficacité et de corruption. Pour la BM, « les coûts des projets sont souvent excessifs, la préparation technique du personnel d’exécution et de qualité des travaux est insuffisante alors que beaucoup de projets d’investissement ne répondent pas aux normes minimales et ne doivent pas être approuvés ».

    Et de citer l’urgence qui accompagne la préparation de projets de taille à cette échelle et un chevauchement de responsabilités des parties prenantes. L’Algérie semble ainsi rater les opportunités offertes par le volume des recettes issues des hydrocarbures pour les transformer en croissance à long terme, créer de l’emploi et assurer un développement durable. Avec un taux d’investissement public de 10% du PIB, soit l’un des plus élevés au monde, la BM ne voit d’efficacité de tels investissements que s’ils sont accompagnés d’une modernisation des systèmes de gestion des investissements publics et du budget, ainsi que par l’élaboration d’une stratégie sectorielle basée sur un cadre de dépense de moyen terme qui dépasse la tranche actuelle de projet par projet.

    En d’autres termes, la réforme institutionnelle qui devait accompagner de tels projets et inscrite dans le programme présidentiel en 1999 est toujours à la traîne, comme l’illustre clairement la réforme du système financier et bancaire qui tarde à venir. En attendant, la corruption se démocratise et l’Algérie occupe la 99e place dans un classement annuel pour 2007 établi par Transparency International (TI). Le PNUD, dans son côté, a classé l’Algérie, à la fin 2006, à la 102e place en matière d’indice de développement humain (IDH), indice qui réserve une place privilégiée à la santé, l’espérance de vie et l’éducation des populations. La Banque mondiale, elle, met notre pays à la 125e place sur un ensemble de 178 pays étudiés sur le plan du climat des affaires.

  3. #3
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    Mardi 8 Avril 2008 -- Lorsque le candidat Bouteflika a entamé sa campagne électorale lors de son premier mandat, en 1999, il a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. Un discours nouveau qui a surpris l’opinion publique de par sa virulence à l’égard de ce phénomène qui, selon lui, a gangrené les institutions algériennes. Sachant l’importance que revêt ce sujet chez les Algériens, Bouteflika va pousser le bouchon plus loin jusqu’à dénoncer l’existence d’« une mafia politico-financière » et de « 12 barons qui ont le monopole du commerce extérieur », et préciser que « chez nous, les bandits sont devenus des gouvernants et les gouvernants des bandits ».

    Après son élection, il va surprendre l’opinion lorsqu’il lance à partir de Tipaza en disant : « L’Algérie est minée par la corruption (...) Des bandits ont pris en main le marché de l’importation par la force, et parfois par la menace et la terreur (...) ces monopoles individualisés sur le marché agissent selon les textes des lois de la République. Ce qui explique l’assurance de ce groupe de personnes à dominer l’économie du pays. Toutes les facilités leur sont accordées par les banques (...) l’Algérie est une terre marécageuse polluée. Elle a besoin d’être nettoyée d’abord, ensuite travaillée par des hommes intègres. »

    Jamais dans l’histoire du pays, un responsable n’a été aussi clair vis-à-vis du phénomène de la corruption qui gangrène les institutions de l’Etat. Il a à ce titre exhorté les services des douanes et de la gendarmerie nationale « à mettre à nu les malversations constatées » et appelé par la même occasion les citoyens à s’impliquer dans cette lutte en dénonçant les cas de corruption. Un message qui a donné l’espoir de se voir libérer de ce fléau. De ce fait, des dizaines voire des milliers de lettres faisant état d’affaires de corruption et de détournement de deniers publics sont transmises aux services de la présidence.

    Croyant à une véritable campagne de lutte contre la corruption, des cadres des services des douanes ont dévoilé, preuves à l’appui, plusieurs courants de fraude qui saignaient depuis des années le Trésor public. Il s’agit notamment des vraies fausses domiciliations bancaires, des fausses déclarations en matière d’exportation des déchets ferreux et non ferreux et d’importation de produits électroménagers dans le cadre de la formule dite Règle 2 A et des dispositions CKD-SKD destinées au soutien de l’industrie du montage et de l’assemblage.

    Les commissions installées au niveau interne des services des douanes et chargées d’enquêter sur ces courants de fraude ont estimé, dans leur rapport adressé au président de la République, à près de 7 milliards de dollars US les pertes occasionnées au Trésor public en l’espace de quatre années. Révélation confirmée également par l’Inspection générale des finances (IGF) qui a rendu un deuxième rapport au président. La justice a été saisie en juillet 2000 et de nombreux cadres de la direction générale des douanes, des banques publiques et des services de police ont été convoqués et certains d’entre eux inculpés.

    En 2002, c’est le grand scandale du groupe Khalifa qui a éclaboussé les plus hautes institutions de l’Etat qui éclate au grand jour en 2003. Bouteflika est réélu pour un deuxième mandat, mais la corruption a atteint son summum. Alors que la justice se saisit de l’affaire Khalifa, les banques publiques font l’objet de véritables hold-up. D’importants crédits sont alloués à des opérateurs sans aucune garantie à même de sécuriser le remboursement. Aucune banque n’a été épargnée puisque les scandales arrivent en cascade. Les dossiers ouverts en début 2000 sont vite refermés et ceux qui les ont ouverts ont, pour bon nombre d’entre eux, été sanctionnés.

    Et partant, pour nombre d’observateurs, la lutte contre la corruption n’est finalement qu’un discours creux. Les déclarations de Bouguerra Soltani relatives à sa détention de dossiers sur des personnalités de l’Etat corrompues et la réaction brutale du président, menaçant de le poursuivre en justice, montrent que ce fléau est loin d’être une affaire de quelques ministres ou de généraux, mais touche toutes les institutions de l’Etat, au point où même le président n’a pu le combattre, au bout de deux mandats successifs.

  4. #4
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    Mardi 8 Avril 2008 -- A la veille de la fin de son deuxième mandat, Abdelaziz Bouteflika, n’a toujours pas réussi à rétablir la sécurité et la stabilité qu’il a promis aux algériens. Bien au contraire, la politique de l’impunité au profit des terroristes, décrétée dès son arrivée au pouvoir en 1999 et réactivée en 2006, après sa réélection pour un second mandat, a permis de mobiliser de nouvelles recrues dans les milieux des repentis et des terroristes graciés ou élargis, après une situation d’essouflement de l’organisation salafiste armée. Pendant que les politiques multipliaient les discours triomphalistes annonçant la fin du terrorisme avec l’arrivée de Bouteflika au pouvoir, les groupes armés renforçaient leurs rangs à travers le recrutement parmi les membres des familles des terroristes, et en restructurant certaines de leurs phalanges pourtant décapitées par les forces de sécurité.

    Si d’un côté elle a joué un rôle prédominant dans le recrutement des terroristes, la politique du pardon a eu des effets néfastes sur la vigilance des citoyens mais aussi de ceux là même chargés de veiller à la sécurité de la collectivité. Une autre faille que les terroristes ont largement exploitée pour réussir les attentats kamikazes à Alger. Si pour les spécialistes le terrorisme actuel ne constitue pas une menace pour l’Etat et ses institutions, il demeure un lourd facteur d’instabilité, qui freine l’économie en générale et les investissements étrangers en particulier. Il faut reconnaître que si aujourd’hui les activités des groupes armés sont limitées à des régions bien précises, c’est surtout grâce aux sacrifices des services de sécurité (patriotes et groupes d’autodéfense) qui ont eu à affronter ces 25 000 terroristes (selon des déclarations de Ahmed Ouyahia alors chef du gouvernement), qui écumaient la majorité des wilaya du pays.

    Lorsque Abdelaziz Bouteflika est arrivé à El Mouradia en 1999, le GIA était à sa fin et le GSPC, ne représentait qu’une phalange, activant dans la région Est-d’Alger. Si militairement, les groupes armés été vaincus, ils ont cependant gagné la bataille politique en bénéficiant de l’immunité, prévue par la grâce présidentielle de janvier 2000, et les mesures de la loi portant réconciliation nationale. Ce qui n’empêchera pas le président d’aller plus loin dans les concessions, en décrétant d’autres mesures de grâce, dans le cadre de la loi portant réconciliation nationale, à la faveur de son deuxième mandat. Quelques 5000 terroristes, en particulier des détenus, vont bénéficier de l’extinction de poursuites judiciaires. Bon nombre d’entre eux, ont dès leur sortie de prison, repris les chemins des maquis, d’autres constituent aujourd’hui ces fameux réseaux dormants, prêts à passer à l’action dès que la nécessité se fait ressentir.

    Depuis la restructuration du GSPC, et l’annonce de son ralliement à Al Qaida, une nouvelle stratégie de guérilla est entrée en vigueur. Le passage à des attentats kamikazes commis à des dates symboliques (les 11 du mois) et visant des cibles stratégiques a mis à nue l’incapacité des services de sécurité à s’adapter à une telle évolution. La région de la kabylie qui était durant les année 90, un havre de paix, constitue aujourd’hui un des bastions les plus importants du GSPC, où le plus de gros de ses troupes s’y concentre. Les attaques terroristes ne se comptent plus. La moyenne des attentats a considérablement augmenté ces dernières années, alors qu’elle était insignifiante durant le début des années 2000. Ce constat a été amèrement dressé y compris par les plus hautes autorités sécuritaires, mise devant une autre réalité amère, celle d’une démobilisation dans les rangs. Lorsque le patron de la police, déclare publiquement que les attentats kamikazes ont réveillé ceux qui dormaient, il ne se trompait pas.

    Les discours triomphants qui accompagnaient la politique du pardon ont créé un climat de démobilisation dans les rangs des forces de sécurité. Un sentiment de malaise au sein des troupes engagées dans la lutte antiterroriste se dégage. Il faut reconnaître que le GSPC n’a pas profité seulement des événements de l’Irak pour se remettre sur scène mais également de la politique interne du pays, notamment 1999. la capacité de nuisance de ce groupe ne tient pas uniquement de ses effectifs, tournant autour d’un noyau de 500 à 800 éléments, mais surtout du fait que depuis 2000, il n’y a jamais eu de politique claire à l’égard du terrorisme. Depuis son arrivé au pouvoir, la politique du président a été surtout le recours à la carotte qu’au bâton, que constitue la justice. Ce qui a fait perdurer le terrorisme et le fera encore d’avantage.

  5. #5
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    Mardi 8 Avril 2008 -- Il faut dire que ces dernières années on a appris – sur le plan diplomatique – à encaisser en adoptant la posture ambiguë d’être pris pour un modéré par les étrangers et pour un mou par son propre peuple. » Ce constat serein mais ô combien juste de Abdelaziz Rahabi (ancien diplomate) résume bien la manière peu percutante avec laquelle Bouteflika a conduit la diplomatie algérienne durant son deuxième mandat. Hésitante voire parfois confuse, la politique étrangère aura péché par un manque de lucidité à tel point qu’il est difficile de saisir les contours d’un hypothétique positionnement stratégique. Pour s’être gaussé durant huit ans de formules aussi pompeuses que celle du « retour de l’Algérie dans le concert des nations » dont on a gavé le peuple jusqu’à l’overdose, le pouvoir de Bouteflika s’est dispensé d’un effort d’imagination si décisif dans un domaine où les erreurs se payent cash. Il n’est pas faux en l’occurrence d’avancer que l’Algérie n’a pas d’amis aujourd’hui, au sens diplomatique du terme. Dans un monde où les ensembles régionaux et des groupes d’intérêts économiques et géopolitiques se font de plus en plus nombreux, il est difficile de cataloguer notre pays parmi les sphères diplomatiques qui font bouger le monde. A commencer par la première puissance mondiale, les Etats-Unis, avec laquelle on n’est pas en odeur de sainteté à cause notamment de la guerre en Irak et du soutien au demeurant juste de l’Algérie au combat du peuple palestinien. Mais on retiendra un changement radical de la position de l’administration américaine à l’égard du dossier sahraoui dont elle soutenait pourtant le droit à l’autodétermination avant de prendre à bras-le-corps le plan d’autonomie du roi Mohammed VI. Pourquoi donc les USA ont fait le grand écart ? Pourquoi ont-il fait le choix de soutenir le Maroc alors que l’Algérie pouvait mettre son expérience dans la lutte contre le terrorisme à la disposition du département d’Etat ? Le comble est que l’Algérie s’est payée une mini-crise diplomatique avec son allié traditionnel, la Russie, à la faveur d’un contrat d’armement apparemment mal négocié. Il convient de noter que ce n’est pas forcément une bonne chose que de se mettre à dos les puissants de ce monde à plus forte raison dans le contexte actuel de guerre de positions. Au niveau européen, la posture de l’Algérie n’est guère reluisante.

    Seul le courrier...

    Partenaire traditionnel de par la géographie, mais surtout l’histoire, la France a elle aussi choisi son camp. C’est en faveur du Maroc qu’elle travaille au Conseil de sécurité dans le dossier du Polisario et c’est au Maroc qu’elle a offert une usine Renault. Quant à l’Algérie, elle semble juste bonne à servir de « tube digestif » gazier et pétrolier aux yeux d’un Sarkozy qui a eu le « culot » de déclarer clos le débat sur la repentance qui a tant inhibé voire freiné l’élan de refondation des relations bilatérales amorcé par l’ex-président Chirac. Et à trop vouloir tirer des dividendes politiques internes d’un contentieux historique qui aurait pu trouver une solution sereine, la guerre des mémoires à géométrie variable s’est avérée être un immense gâchis, pour l’Algérie surtout. Pendant cette traversée du désert diplomatique, à la marge des décideurs de ce monde, l’Algérie s’est également retrouvée hors course dans les cénacles arabes. Ce sont l’Egypte, la Syrie, l’Arabie Saoudite et à moindre degré la Jordanie et la Libye qui tiennent le haut du pavé. Qu’il s’agisse de la cause palestinienne, de la crise du Liban ou du Darfour, l’Algérie n’a pas vraiment de voix au chapitre. Que dire alors de l’Afrique à laquelle la diplomatie algérienne a tourné le dos depuis longtemps, mis à part ce club des « riches » regroupé autour du Nepad dont le poids géopolitique, selon les observateurs, est quasiment nul. Et pour boucler la boucle de cette « diplomatie des petits fours », l’Algérie ne récolterait rien dans la répartition annoncée des postes de la future union méditerranéenne. Hosni Moubarak devrait présider le groupe de la rive sud, Tunis abritera le siège de l’union et Rabat hériterait du secrétariat général. M. Rahabi a sans doute raison. « Dans les relations entre Etats, les déclarations d’intention ou de circonstance importent peu, seuls comptent les faits qui les suivent. »

  6. #6
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    Mardi 8 Avril 2008 -- Depuis son élection en 1999, Abdelaziz Bouteflika a imposé son style politique. Habitué à des dirigeants qui avaient fait du silence une méthode de gouvernement, le pays s’est peu à peu accoutumé aux harangues théâtrales, aux incriminations publiques des ministres du gouvernement ainsi qu’aux innombrables associations de soutien au programme présidentiel qui réclament, à chaque apparition télévisée, un nouveau mandat. Si certains reprochent au président Bouteflika d’avoir « verrouillé » l’Algérie et muselé la voix de ceux qui auraient pu jouer les contre-pouvoirs, d’autres favorables au Président considèrent que son arrivée à la tête de l’Etat est une « bénédiction » pour le pays. L’Algérie s’est-elle mise à l’heure tunisienne ? Le secrétaire national à la communication du RCD, M. Khendek, estime que le président Bouteflika a raté une belle occasion de faire de l’Algérie un pays démocratique. « Jamais un chef d’Etat n’a eu autant d’atouts que le président Bouteflika. Il y avait le retrait des terroristes de l’AIS, un record inédit des prix du baril du pétrole, un consensus politique autour de sa personne et l’attentat du 11 septembre qui a changé le regard du monde sur le terrorisme islamiste, mais il n’a pas voulu profiter de ces avantages pour créer plus de développement, plus de démocratie et plus d’équité sociale », nous dit M. Khendek. Il enchaîne : « Aujourd’hui, le tribalisme a gagné des proportions alarmantes, la corruption a atteint tous les niveaux de l’Etat, il y a une opacité flagrante dans la gestion de la manne financière. » Le deuxième mandat du président Bouteflika a été marqué par un front social en ébullition.

    Des politiques « aux ordres de l’Exécutif »

    Les syndicats autonomes, qui en sont à l’origine, ont vu, à de nombreuses reprises, leur mouvement arrêté par la justice. M. Khendek commente : « Il y a une démobilisation des forces vives du pays, un recul net des libertés individuelles et collectives ainsi que les atteintes à l’activité syndicale et le droit d’informer. » Et de trancher : « Le RCD continuera son combat pour nettoyer l’Algérie de ses prédateurs. » Une partie de la société civile et certains politiques regrettent notamment le fait que la quasi-totalité de la scène politique algérienne soit « aux ordres de l’Exécutif ». Les partis de l’alliance présidentielle contestent cette « vision des choses ». Le Front de libération nationale (FLN), parti au sein duquel Abdelaziz Bouteflika a été élu président d’honneur, considère que de « grands progrès » ont été réalisés durant cette décennie. Saïd Bouhadja, responsable de la communication de l’ex-parti unique, souligne que « ces dernières années ont été marquées par des réalisations considérables dans tous les domaines. L’Algérie était encerclée de toutes parts. Notre pays souffrait du mal terroriste mais dès son premier mandat, le président Bouteflika a bâti les ponts de la confiance. Il a entamé des réformes radicales dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la justice… La réalisation de la Réconciliation nationale, l’augmentation des salaires, l’amélioration du pouvoir d’achat, l’emploi des jeunes sont autant de facteurs qui réconfortent le FLN ». Sur la multiplication des mouvements sociaux et le phénomène des harraga, il estime que les nouvelles dispositions pour l’emploi des jeunes seraient en mesure d’effacer les « phénomènes étranges » apparus dans notre pays. Il plaide pour la « continuité » de cette politique de Bouteflika. Sur un ton plus mesuré, M. Djoudi, porte-parole du Parti des travailleurs (PT), a salué les importantes décisions du président algérien, notamment la révision de la loi sur les hydrocarbures, le refus d’installer les bases militaires américaines d’Africom, l’augmentation de salaires — relative — malgré les recommandations de « prudence » du Fonds monétaire international (FMI). Notre interlocuteur estime néanmoins qu’il reste encore une année de mandat pour prendre des « décisions encore plus importantes » et surtout « redonner l’espoir aux Algériens ».

  7. #7
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    Mardi 8 Avril 2008 -- « Ces officiels nous ont trop marginalisés et oubliés. » Cette phrase lancée à la face du ministre de la Solidarité avant-hier par des candidats à l’émigration clandestine, dont la tentative de rejoindre la rive nord de la Méditerranée a échoué, traduit on ne peut plus clair le ras-le-bol de la jeunesse algérienne. Le rapport de confiance entre les gouvernants et les jeunes semble être définitivement rompu. Ni les politiques dites prometteuses de l’emploi ni les discours pompeux sur la prise en charge des doléances de la jeunesse n’ont pu dissuader les jeunes Algériens de risquer leur vie en mer, à la recherche d’un eldorado. Le phénomène des « harraga » prend de plus en plus de l’ampleur dans un pays qui connaît, depuis huit ans, une embellie financière historique. Les candidatures à l’émigration clandestine augmentent quotidiennement et les côtes algériennes connaissent une affluence sans précédent des candidats à la « grande traversée ». Plus de 2 400 émigrants clandestins ont été secourus en haute mer durant les trois dernières années, sans compter ceux qui ont réussi à rejoindre l’Europe ou ayant péri en pleine mer (147 cadavres de harraga repêchés entre 2006 et 2007). Toujours selon des chiffres officiels, 1 396 Algériens ont débarqué en Sardaigne (Italie) durant les neuf premiers mois de l’année précédente. Dans une interview accordée à El Watan (édition de 13 février 2008), le chercheur et maître de conférence à l’université de Provence (France), Ali Bensaad, affirme qu’en 2002, l’Espagne a renvoyé 2 500 Algériens vivant irrégulièrement sur son territoire.

    Plus grave encore, le phénomène touche même des fonctionnaires qui insatisfaits de leur cadre de vie partent à la recherche d’une meilleure situation. Cela renseigne sur le profond malaise dans lequel souffre la société algérienne et l’échec de l’action gouvernementale qui devrait redonner la confiance à la population. Comment en est-on arrivé là ? Que fait le gouvernement pour réduire l’ampleur du phénomène ? Cette réalité dérangeante, explique Ali Bensaad, est depuis longtemps occultée par les autorités « dont le discours a réussi à réduire la question migratoire à celle des Subsahariens ». « Alors qu’aucune tentative ne se faisait depuis les côtes algériennes et au moment même où l’Algérie s’employait à refouler les migrants africains, ils étaient déjà nombreux à tenter la traversée par le Maroc et proportionnellement de loin plus nombreux que les ressortissants de n’importe quel autre pays africain », note-t-il. Ainsi, au lieu de prendre des mesures d’urgence pour traiter ce problème, les autorités poursuivent leur fuite en avant en recourant à la répression des émigrés clandestins. La parade trouvée est le recours à la justice pour jeter en prison les jeunes candidats à l’émigration clandestine (le jeune harrag risque jusqu’à 5 ans de prison). Une pratique condamnée pourtant par la Commission des droits de l’homme de l’ONU. Cette dernière s’est montrée en effet très inquiète par le recours systématique à l’emprisonnement des émigrés clandestins en Europe et dans les pays du Maghreb.

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