Mercredi 7 Mai 2008 -- On a cru définitivement disparus les héritiers de Ben Badis et d’El-Ibrahimi, d’autant que l’Association des ulémas s’est complètement éclipsée, à un moment où le pays avait besoin d’un contrepoids aux assauts des islamistes. En effet, l’association s’est fait oublier durant les années 1990 au summum de l’insécurité laissant le champ aux terroristes justifier avec “un islam autre” les massacres et les crimes qu’ils commettaient. Instinct de préservation ou refuge ?
Toujours est-il que les ulémas tout comme d’autres exégèses ont abandonné le terrain de l’interprétation et de la prédication pour les groupes radicaux qui se sont exprimés par une incroyable violence. Un silence apprécié à la fois comme une faiblesse et une “complicité passive” des ulémas qui ont vécu à la périphérie immédiate du pouvoir. Ce même pouvoir et d’autres circonstances qui permettent aujourd’hui à l’association de se faire une seconde jeunesse pour se placer dans la représentation de l’islam officiel.
L’association tient son congrès déjà présenté comme un événement. Un événement qui n’est pas sans rappeler les prises de bec avec le département des affaires religieuses ainsi que l’affaire de l’évangélisation dont les prises de position du président de l’association, M. Abderrahmane Chibane, ont parfois scandalisé de par leur contenu “inquisiteur”. Il est vrai que le combat contre l’évangélisation (terme utilisé pour les évangélistes de l’église anglicane) ne passe pas forcément par la stigmatisation d’une région et le fichage des fidèles comme des individus dangereux.
Ce qui annonçait une chasse aux sorcières d’un nouveau genre. M. Chibane a recommandé cela, poussant l’autre partie à radicaliser ses positions par presse et web interposés. L’absence d’une réaction officielle claire a donné des ailes à l’association par la voie de son président pour poursuivre son œuvre de maladresses qui a déchaîné les chancelleries étrangères accréditées à Alger. Cela a permis à M. Chibane de revenir et d’occuper seul une scène sensible.
Depuis, l’incident est clos. Et l’association replonge dans le silence pour préparer son congrès. Le prétexte de l’évangélisation ou le dossier de la caisse de la zakat, vu sous cet angle, semble avoir été les éléments d’une mise en scène pour sortir l’Association des ulémas d’une léthargie de plus d’une décennie. Pour le fond, on a utilisé des formules excessives, des positions tranchées et radicales susceptibles de choquer. Le but était de se positionner, de se manifester sur un terrain aliéné et de se faire entendre quitte à paraître comme le représentant de l’islam algérien inscrit dans la Constitution. Périlleux pari qui risquait de faire de l’Algérie un pays fermé aux autres religions alors que sa loi fondamentale consacre la liberté de culte.
Dans cette optique, il faut reconnaître que M. Chibane qui a eu le courage de ses positions a réussi à hisser l’Association des ulémas au rang d’acteur dans un pays qui vient de sortir d’un cycle de violence sous le couvert d’un islam perverti et dénaturé. Le clou sera donc ce congrès. Mais pour autant, l’on peut se demander si l’association, qui s’est presque auto-déléguée à la place des autorités dans le dossier d’évangélisation, ne va pas désormais s’aligner clairement sur le pouvoir et s’en rapprocher davantage.
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7th May 2008 17:33 #1
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8th May 2008 17:56 #2
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Lorsque Chadli et Kafi rencontrent les dirigeants du FIS
Jeudi 8 Mai 2008 -- Cheikh Abderrahmane Chibane, le président de l’association des oulémas, a rencontré des personnalités de tendances politiques contradictoires, dont certaines nourrissent de vielles animosités, de Chadli Ben Djedid à Ali Kafi, en passant par Abdelaziz Belkhadem, Mouloud Hamrouche et les dirigeants du Front islamique du salut dissous, avec les chefs de l’ex-AIS (Armée Islamique du Salut).
Aucune organisation qu’elle que soit son activité n’avait auparavant réuni tous les types d’appartenance intellectuelle et idéologique, comme l’a fait l’association des oulémas à l’occasion de son troisième congrès qui a eu lieu à la coopérative des travailleurs de la construction à Zéralda.
Deux anciens présidents ont répondu à l’appel de Chibane : Chadli Ben Djedid et Ali Kafi, ex-président du Haut conseil de l’Etat.
Le congrès de l’association des oulémas a offert une occasion rare de voir se rencontrer Chadli, Kafi, Hamrouche et Mohamedi, ainsi que les dirigeants du Front islamique du salut dissout, Kamel Gemazi, Ali Djedi, Abdelkader Boukhemkhem, et des dirigeants de l’action armée, Madani Mezrag, l’ex-chef de la branche armée du FIS, et Mustapha Kartali, l’un de ses commandants régionaux qui a perdu une jambe lors d’une explosion l’année dernière.
Cheikh Abderrahmane Chibane a appelé les éléments des groupes armés à renoncer au terrorisme, et il a considéré que le djihad, pour défendre les nations et les musulmans, « est une obligation ». Il a condamné « les moyens qui attaquent nos convictions dans notre maison ».
Par ailleurs, Chibane a révélé dans son discours un accord signé, il y a quelques jours, avec l’association islamique suédoise qui a conduit à la création du « Centre européen pour la défense du Prophète», ainsi qu’un conseil dans la capitale Stockholm, qui porte le nom de l’imam Abdelhamid Ibn Badis.
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9th May 2008 01:23 #3
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Jeudi 8 Mai 2008 -- Avec trois ans de retard, c’est hier que les travaux de la troisième assemblée générale de l’Association des uléma musulmans algériens (AUMA) ont débuté. Aujourd’hui, au deuxième jour des travaux, il sera question de l’élection du nouveau président. A l’insistance des membres de l’AUMA, Abderahmane Chibane, l’actuel président, a fini par accepter de se présenter à sa propre succession. Abderazek Goussoum et Abdelhadi Lahasseni, membres de l’AUMA, seraient également candidats à la présidence de l’AUMA.
Abderrahmane Chibane dit avoir accepté de présenter sa candidature dans le souci de faire passer les intérêts du groupe et de l’AUMA avant ses préoccupations personnelles. Le président de l’AUMA qui a rappelé, dans son allocution et dans le détail l’objectif suprême de la création de l’association, déplore les fléaux sociaux actuels. De son avis, si l’AUMA avait été plus présente sur le terrain et sans discontinuer, ce genre de dérives sociales n’aurait pas existé, à l’exemple du phénomène des harraga, de la toxicomanie et de la prostitution.
Le but originel étant de libérer le pays à travers l’enseignement et l’éducation du peuple dans le cadre des préceptes de l’islam, l’AUMA compte s’investir d’avantage dans ce sens. Le président de l’AUMA est également longuement revenu sur la question de l’évangélisation, affirmant que «si nous devons respecter la liberté de culte, il n’en demeure pas moins qu’il est déplorable de voir la façon avec laquelle des Algériens rejoignent le christianisme». Et d’avertir : «Nous sommes menacés dans notre propre religion !» Cheïkh Abderrahmane Chibane est également revenu sur la question des terroristes, les appelant à retrouver le droit chemin.
Les travaux de cette assemblée générale porteront également, selon le porte-parole de l’assemblée générale, M. Abdelhamid Abdous, sur l’élection du bureau national et du conseil national. Durant cette rencontre placée, cette année, sous le signe de «l’union fait la force et la force fait la dignité», le bilan moral et financier de l’association sera présenté.
Enfin, il convient de noter que deux anciens présidents de la République, en l’occurrence Ben Bella et Chadli Bendjedid, étaient présents à cette assemblée générale, ainsi que d’anciens chefs de gouvernement et ministres.
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9th May 2008 22:06 #4
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Jeudi 8 Mai 2008 -- Il y avait du beau monde hier matin au Centre de la mutuelle des travailleurs à Zéralda pour l’ouverture de la troisième assemblée générale de l’Association des ulémas musulmans algériens (AUMA). Une matinée qui avait tout l’air d’une rencontre messianique où on pouvait distinguer presque toutes les figures emblématiques qui ont gouverné le pays depuis les années… 70. La star incontestée était l’ex-président de la République, Chadli Bendjedid (1979-1992) qui paraissait le plus en forme parmi la “jet-set” présente sur les lieux. Pendant plus de deux heures, il était sollicité de toutes parts et n’arrêtait pas de saluer les participants. Sur la même table, on pouvait remarquer aux côtés de Chadli une autre figure du “pouvoir suprême”, Ali Kafi, l’ex-président du Haut Comité d'État (de juillet 1992 à juin 1994).
Ce duo avait pour voisins le Premier ministre actuel, Abdelaziz Belkhadem, deux ex-Premiers ministres ; Mouloud Hamrouche (1989-1991) et Belaïd Abdesselam (1992-1993), un ex-ministre des Affaires étrangères (du temps de Chadli) Taleb Ibrahimi, l’actuel ministre des Affaires religieuses, Bouabdallah Ghoulamallah, et bien sûr le président de l’Association des ulémas, Abderahmane Chibane. Le seul qui paraissait détonner dans cette galerie au parfum de nostalgie était le bouillant maître Ali Yahia Abdennour qui était hier bien calme et même effacé. Toutefois, sa présence ne surprendra pas ceux qui ont suivi son parcours depuis plus de 40 ans. C’est qu’avant d’être connu comme président de la LADDH (dont il est président d’honneur depuis quelque mois), ou encore comme l’avocat des dirigeants de l’ex-FIS, l’auteur de La dignité humaine (son dernier ouvrage édité en 2007) était ministre de l’Agriculture de 1963 à 1965. On n’omettra pas de noter qu’hier matin, il paraissait plus “proche” de Taleb Ibrahimi que des autres (d’ailleurs, ils ont quitté la salle ensemble).
Autour des tables, à côté d’autres personnes ayant eu des postes de responsabilité au sein du gouvernement (anciens et actuels) étaient présents l’ex-ministre de la Jeunesse et des Sports (du temps de Chadli) et membre influent du bureau politique du FLN, Kamel Bouchama, ou encore l’ex-ministre de l’Enseignement supérieur, Mustapha Cherif. Autre personnage médiatique présent sur les lieux : Ahmed Benmohamed, cet islamiste pur et dur qui “sévit” sur les chaînes de télévision arabes (surtout Al-Jazeera) était assis dans un coin bien isolé des autres. Interpellé sur sa présence, il s’est contenter de faire cette déclaration : “Beaucoup pensent qu’avec mes critiques acerbes contre le pouvoir sur les plateaux de chaînes TV, je vis à l’étranger. Pas du tout ! J’habite à El-Djorf, Bab-Ezzouar.”
Parmi cette pléthore de personnages, on ne pouvait s’empêcher de parler des deux entrées, pourtant loin d’être théâtrales mais qui ont été bien remarquées, des dernières “personnalités” à arriver dans la salle, en l’occurrence les deux protagonistes du dernier congrès du MSP, Abou Djerra Soltani et Abdelmadjid Menasra. Comme pour dire que la rivalité pour la présidence du MSP est déjà oubliée. Cette assemblée générale aura surtout valu par ce côté “people” ; en tout cas, plus que le discours d’ouverture de Abderahmane Chibane où il a été question de beaucoup de sujets. Il a ainsi harangué pêle-mêle “certains” chrétiens, les soufis, les zaouïas et même… les harragas.
Concernant le sujet d’actualité de l’évangélisation sur lequel semble se spécialiser l’AUMA, M. Chibane parlera de “certaines catégories de chrétiens malhonnêtes qui, sous le couvert de la liberté du culte et avec de l’argent, veulent diviser notre société pour créer une partie qui combat nos valeurs”. Il dénoncera ainsi à certaines “chaînes de télévisions, presse et films, qui trompe notre jeunesse” tout en s’attaquant aux “chrétiens ou ceux qui ne comprennent pas l’islam dans sa vérité”.
Le président de l’association rappellera à l’assistance ce qu’avait affirmé Ibn Badis “du temps du colonialisme” pour défendre l’Algérie : “Pas de religion pour l’Algérien si ce n’est l’Islam, pas de langue si ce n’est l’arabe, et l’Algérie aux Algériens.” Continuant sur sa lancée (même s’il n’a pas fait de parallèle), M. Chibane a évoqué la question identitaire en rappelant des “vérités” sur ce qu’il a nommé les “Arabes” et les “Amazighes”. Il a ainsi insisté sur le fait que “l’islam nous a uni depuis 14 siècles (…) et au bout, un élément a été créé, l’Algérien, dont la mère est l’Algérie et le père l’Islam”.
Du haut de ses 91 ans, le président de l’AUMA énumérera aussi ce qu’il considère comme fléaux sociaux sévissant dans la société en mettant dans le même “paquet” l’alcool, les jeux illicites, la corruption et… les harragas. Un amalgame qu’il n’expliquera pas et sur lequel il ne s’étalera pas. Il épinglera aussi le soufisme “sauf le vrai qui se base sur le Livre saint et la sunna” et les zaouïas.
Abderahmane Chibane annoncera d’ailleurs la signature, “il y a quelque jours de cela”, d’un accord avec une association islamique suédoise (“qui a plus de 20 000 membres et qui représente plus de 200 000 musulmans”, a-t-il précisé). Il affirmera, avec une fierté non dissimulée, la création d’un centre européen pour la défense du Prophète Mohamed (QSSL) et la construction d’une mosquée à Stockholm qui portera le nom d’Ibn Badis.
Aussi, cette troisième assemblée générale (pour les 77 ans d’existence !) de l’Association des ulémas musulmans algériens devrait se terminer aujourd’hui avec au bout l’élection du bureau national, du conseil national et du président. Concernant ce dernier point, il semblerait que la réélection de Abderahmane Chibane n’est pas aussi sûre, vu son âge. On parle ainsi d’un candidat en force, en l’occurrence Mohamed El-Hadi Hosni, démissionnaire depuis deux ans et qui était d’ailleurs hier dans la salle.




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