Mercredi 4 juin 2008 -- Le chef du gouvernement ne devrait pas présenter sa déclaration de politique générale devant les deux chambres du Parlement. Ce refus constitue une grave violation de la Constitution. Belkhadem n’aurait pas l’intention de se soumettre à la Constitution. «Il n’envisage pas de présenter sa déclaration de politique générale devant les deux chambres du Parlement», a indiqué, hier, une source proche du chef du gouvernement. Notre interlocuteur, qui a requis l’anonymat, a expliqué que Abdelaziz Belkhadem a «d’autres préoccupations». Selon Layachi Dadouaâ, président du groupe parlementaire FLN à l’Assemblée, cette décision n’est pas encore définitive. «Rien n’a été encore tranché officiellement. Il est vrai que la présentation de la déclaration de politique générale est une obligation constitutionnelle. Mais il n’y a qu’un seul chef du gouvernement qui l’a appliquée, Ahmed Ouyahia en l’occurrence», a souligné Dadouaâ.

L’argument avancé par Dadouaâ faisant état de la non-application de cette disposition est sans fondement car la loi fondamentale est claire à ce sujet. «Le gouvernement présente annuellement à l’Assemblée populaire nationale une déclaration de politique générale. La déclaration de politique générale donne lieu à débat sur l’action du gouvernement. Ce débat peut s’achever par une résolution. Il peut également donner lieu au dépôt d’une motion de censure par l’Assemblée populaire nationale », peut-on lire dans l’article 84 de la Constitution. La loi organique fixant les relations fonctionnelles entre les chambres du Parlement et le gouvernement, en son article 50, est elle aussi très explicite. «A compter de la date d'adoption de son programme, le gouvernement présente annuellement à l'Assemblée populaire nationale une déclaration de politique générale conformément aux dispositions de l'article 84 de la Constitution. La déclaration de politique générale donne lieu à un débat sur l'action du gouvernement. Ce débat peut s'achever par une résolution. En se référant à cette loi, Belkhadem doit, théoriquement, se présenter devant les deux chambres du Parlement à partir du 23 juin prochain. Il avait en effet exposé le programme de son gouvernement l’an dernier à la même date.

Reste aujourd’hui à savoir pourquoi Belkhadem refuse de se conformer à cette disposition. Est-ce la crainte de faire face aux parlementaires et de devoir s’expliquer sur les multiples échecs de son gouvernement ? Ou alors appréhende- t-il d’être confronté à une motion de censure ? A ce titre, il est utile de rappeler que le chef de l’Exécutif se retrouve aujourd’hui dans une situation bien plus délicate que ne l’a été son prédécesseur Ahmed Ouyahia en 2006. A l’époque, le binôme Belkhadem-Saïdani avait menacé Ouyahia d’une motion de censure si ce dernier tentait de se présenter à l’Assemblée. Le bureau de l’APN avait même refusé la programmation d’une séance plénière. Le travail de sape du FLN avait été suivi d’une estocade portée par le chef de l’Etat en personne qui finira par signer le limogeage d’Ouyahia.