Mardi 26 Août 2008 -- Ils sont en première ligne sur les dossiers les plus sensibles : la sécurité, les réformes et le pétrole. Au sein du gouvernement, Yazid Zerhouni, Hamid Temmar et Chakib Khelil ont un statut particulier. Ils sont les seuls à voir réellement l’oreille du président et ils sont reçus presque à chaque fois qu’ils le demandent. Leur influence est totale. Ils sont consultés sur tous les dossiers, y compris ceux liés à la défense ou à l’utilisation de l’argent du pétrole. En Algérie, comme à l’étranger, on les appelle « les hommes du président ».

Durant son premier mandat, et encore plus depuis sa réélection en 2004, le chef de l’Etat s’est appuyé sur ces trois hommes auxquels il a accordé sa confiance. Mais à quelques mois des présidentielles de 2009, le bilan de ces hommes, décrits comme compétents, est plus proche de l’échec que des performances promises.

Depuis plus d’un an, le ministre de l’Intérieur Yazid Zerhouni est confronté à un retour en force des groupes armés islamistes. Le GSPC multiplie les attentats suicide et les embuscades contre les forces de sécurité, faisant de nombreuses victimes parmi les civils. Parties de Kabylie, où l’implantation des terroristes a été largement facilitée par la décision du gouvernement de retirer les gendarmes pour satisfaire le mouvement des Aorouch – curieusement, le retrait des gendarmes est le seul point de la Plate-forme d’El-Kseur auquel le gouvernement a répondu favorablement - les actions terroristes se sont étendues vers d’autres régions du pays. Le GSPC a ainsi commis ses derniers des attentats à Jijel, Skikda et des terroristes ont été abattus par l’armée à Aïn Defla. L’année dernière, à deux reprises, en avril puis en décembre, les terroristes avaient réussi à commettre des attaques suicide au cœur de la capitale et contre des cibles de choix : le Palais du gouvernement, l’ONU et le siège du Conseil constitutionnel.

Dans ses délations après chaque attentat, Yazid Zerhouni a souvent donné l’impression d’un homme peu informé aussi bien sur les bilans que sur la stratégie des groupes armés. Il a ainsi promis à maintes la reprises la fin du GSPC, avant d’être démenti sur le terrain par des attaques plus spectaculaires et plus meurtrières les unes que les autres. Une détérioration de la situation sécuritaire pourrait conduire l’armée à reprendre les choses en main et gérer directement la lutte antiterroriste.

Autre dossier prioritaire, autre homme du président : les privatisations et les réformes, gérées par Hamid Temmar. Le bilan du ministre est tellement désastreux que c’est le résident de la République en personne qui s’est chargé de le critiquer publiquement, le 23 juillet dernier devant les maires. «Nous nous sommes trompés», avait expliqué M. Bouteflika à la Nation en citant les nombreux ratés de la politique menée par son protégé. Seules quelques entreprises ont été privatisées, souvent bradées à des partenaires étrangers. Les facilités accordées aux investisseurs étrangers ont surtout profité aux spéculateurs et l’Algérie a été incapable d’attirer des investisseurs de qualité comme les fonds souverains du Golfe ou des entreprises européennes. Par ailleurs, le projet de relance économique, largement inspirée par M. Temmar, a provoqué l’effet redouté. En confiant à l’administration 200 milliards de dollars, l’Etat a alimenté la redoutable machine à corrompre.

Enfin, le vrai désastre pourrait venir de Chakib Khelil, le ministre de l’Energie. Véritable patron de la Sonatrach, il mène une stratégie qui pourrait s’avérer couteuse pour l’Algérie. Il s’est notamment lancé dans un conflit incertain avec les groupes espagnols Repsol et Gas Natural dans le dossier Gassi Touil, qui commence à se transformer en un véritable gouffre financier pour la société nationale des hydrocarbures. M. Khelil peine également à tenir les objectifs annoncés en matière de production de pétrole et d’exportation de gaz (2 millions de barils et 85 milliards de M3). Son projet coûteux (estimé à près d’un milliard de dollars) destiné à doter Oran d’infrastructures – un centre de conférence, des hôtels cinq étoiles… - pour accueillir en 2010 le congrès LNG16 alors qu’une telle manifestation aurait pu être accueillie par Alger est également très critiqué…Dernière la réussite de façade, maquillée par les prix élevés des hydrocarbures sur les marchés internationaux, Sonatrach est en réalité une entreprise déstructurée et mal gérée. Même la réalisation des « slides » du rapport annuel 2007 de l’entreprise a été confiée à une agence de communication basée à Paris, alors que Sonatrach emploie des centaines de «communicants». Tout un symbole !