Lundi 3 Mai 2010 -- Le gouvernement, coordonné par le Premier ministre Ahmed Ouyahia, serait-il devenu encombrant pour le président Bouteflika qui, samedi, à l’occasion de la finale de la Coupe d’Algérie de football, a préféré plutôt se distinguer dans une proximité exclusive avec l’armée ? À ce niveau de responsabilité politique, le geste et le comportement, nécessairement éloignés de l’attitude dilettante, sont forcément significatifs. Accomplis publiquement et face aux caméras, ils se veulent messages. À décoder, bien entendu. Alors quel message le président Bouteflika a-t-il voulu délivrer ce samedi, depuis l’arène olympique du 5-Juillet où les préposés à l’accueil, à son arrivée, étaient les hauts galonnés de l’Armée nationale populaire, à l’exclusion des membres du gouvernement ? À l’évidence, le président Bouteflika, de moins en moins visible publiquement, voudrait attester que, contrairement à ce que la vox populi a dû colporter, sa présidence ne souffre aucune mésentente avec l’institution militaire. Soit, mais pourquoi ce rappel, s’il en est, de ce que les amours avec l’armée n’ont pas subi d’altération au fil des onze années de règne se trouvet- il accompagné d’une démarcation, au demeurant fortement suggérée, du staff gouvernemental ? Car, il faut le dire, le président Bouteflika a, ce samedi, tordu le coup à la tradition. Des us, disons protocolaires, qui veulent qu’à l’occasion, le ministre à charge du secteur des sports ou, à tout le moins, le président de la fédération, soit aux côtés du président à qui échoit l’honneur de remettre le trophée à l’équipe victorieuse. Or, ni Hachemi Djiar, ni Mohamed Raouraoua, respectivement ministre de la Jeunesse et des Sports et président de la Fédération nationale de football (FAF), n’ont joui samedi de l’insigne honneur de se tenir aux côtés du président Bouteflika. Le reste du gouvernement, à sa tête le Premier ministre Ahmed Ouyahia, a été pareillement tenu à bonne distance du président.
Pour d’aucuns, le protocole ainsi marqué souligne une bouderie présidentielle à l’endroit du gouvernement. En droite ligne de cette assertion intervient, on l’aura deviné, cette extrapolation qui propose un remaniement gouvernemental auquel Bouteflika réfléchirait très sérieusement. Les mémoires retiennent encore que le président Bouteflika avait déjà eu par le passé à adopter un comportement similaire à l’encontre de l’exécutif. Un comportement qui devait se solder, on se rappelle, par le débarquement d’Ahmed Ouyahia alors chef du gouvernement et la promotion de Abdelaziz Belkhadem. Le Premier ministre ou, à tout le moins, certains ministres, doivent-ils déjà préparer leurs valises ? On ne saurait s’autoriser une quelconque affirmation, même si la rumeur à propos de remaniement ministériel s’est déjà fait vieille.
Depuis quasiment décembre 2009, période à la quelle le président Bouteflika présidait le dernier conseil des ministres. Bientôt un semestre que ce conclave au sommet ne s’est pas tenu, et cela, inéluctablement, n’est pas resté sans susciter le commentaire et la conjecture. La plus répandue des supputations a consisté à convaincre de ce que le président Bouteflika, faute de pouvoir agir, étant donné des rapports de force qui lui étaient défavorables, s’obligeait à garder le gouvernement. Mais, ce samedi, le président Bouteflika a travaillé à donner un coup de balai à ces supputations. Nulle partie, a-t-il voulu montrer, n’entravait son action. Autrement dit, c’est un acte délibéré que d’avoir gardé le gouvernement inchangé. Auquel cas, on serait tenté de comprendre qu’il tenait la perspective éloignée en raison des séparations douloureuses que cela supposait. À prendre en compte ce que l’actualité consigne comme scandales économiques et affaires scabreuses, ce seraient des ministres se recrutant dans le cercle de ses amis proches qui feraient les frais du remaniement gouvernemental. Cependant, en différant sa décision, le président accumule le temps perdu. Une année après sa réélection pour un troisième mandat consécutif, le président Bouteflika reste toujours peu entreprenant, laissant grossir l’image d’un pays à l’arrêt.
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3rd May 2010 00:43 #1
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8th May 2010 13:59 #2
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Sonia Lyes :
Samedi 8 Mai 2010 -- C’est une nouvelle confirmation que le président Bouteflika boude de plus en plus son gouvernement, y compris les ministres réputés proches de lui comme Hamid Temmar. Mercredi, le chef de l’Etat reçevait à Alger le ministre du Développement économique du gouvernement de l'émirat d'Abou Dhabi (Emirats arabes unis), Nacer Ben Ahmed Al-Souidi. Et contrairement aux usages, aucun ministre du gouvernement Ouyahia n’a assisté à la rencontre. Pourtant, M. Al-Souidi était venu en Algérie à la tête d'une importante délégation pour étudier des opportunités d’investissements notamment avec son homologue Hamid Temmar.
Ce nouveau message du président Bouteflika intervient cinq jours après avoir boudé le premier ministre Ahmed Ouyahia et plusieurs membres du gouvernement au stade du 5 juillet, lors de la finale de la Coupe d’Algérie. Le 1er mai, M. Bouteflika avait regardé seul le match, à l’écart de son premier ministre. À son arrivée au stade du 5 juillet, le président Bouteflika a été accueilli par un comité composé exclusivement de responsables militaires : le général-major Abdelmalek Guenaizia, ministre délégué auprès du ministre de la Défense, et plusieurs généraux et colonels de l'armée nationale. Aucun responsable du gouvernement ne figurait dans le comité d'accueil.
En Algérie, tout le monde le sait : personne ne peut prétendre connaître les intentions du président. Le remaniement ministériel, annoncé à plusieurs reprises par la presse depuis plus d’un an, n’est toujours pas intervenu. Mais c’est la première fois depuis 1999 que le chef de l’Etat boude aussi clairement son gouvernement. Le dernier Conseil des ministres remonte au 30 décembre dernier. Depuis, il a réduit ses rencontres avec les membres de son gouvernement, y compris les ministres considérés comme proches du chef de l’Etat.
Mais cette bouderie est-elle conjoncturelle ou débouchera-t-elle sur un changement dans les prochains jours ? Une chose est sûre : un remaniement ministériel apparait de plus en plus compliqué dans le contexte actuel. Plusieurs ministres sont directement liés à des scandales de corruption. Et les possibilités d’ouverture en direction de personnalités restées en dehors des commandes restent faibles. Quand on voit que la désignation d’un nouveau PDG à la tête d’une entreprise publique ou du futur DGSN peut prendre plusieurs mois, on peut déduire qu’un changement profond dans le gouvernement va nécessiter des mois de tractations. Des tractations qui n’ont pas encore commencé.
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10th May 2010 12:15 #3
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Samir Allam :
Lundi 10 Mai 2010 -- Le détail a échappé à tous les observateurs. Pourtant, il est révélateur du malaise qui règne au sein du gouvernement. Lors du dernier GNL 16, aucun ministre n’a fait le déplacement à Oran pour s’afficher aux côtés de Chakib Khelil. Pourtant l’événement était important pour l’Algérie : 800 millions d’euros de dépenses, des invités de marque et un enjeu stratégique – l’énergie. Le président de la République lui-même n’a pas fait le déplacement. Il n’a même pas envoyé un mot aux participants. Et le premier ministre a ignoré l’événement. L’attitude des ministres est d’autant plus surprenante que leur collègue du gouvernement est en difficulté notamment après les scandales de corruption qui ont éclaboussé Sonatrach. En réalité, comme le président n’avait pas parlé, les ministres ne savaient pas quelle attitude adopter. Devaient-ils soutenir Khelil ou au contraire s’éloigner de ce ministre jadis puissant mais que le président ne reçoit plus depuis au moins cinq mois ?
Les mêmes hésitations de ministres ont été constatées dans de nombreux autres dossiers. Ainsi, le gouvernement a mis une semaine entre la diffusion d’informations faisant état de tractations entre Orascom Telecom et le sud-africain MTN avant de réagir, en rappelant que l’Algérie allait appliquer la loi lui donnant le droit de préemption. Mais le gouvernement, qui a publiquement invité Orascom Telecom à venir négocier, n’a toujours pas répondu à la demande d’audience formulée par le groupe égyptien. Car en réalité, tant que le président de la République ne s’est pas prononcé sur le dossier, le gouvernement se contentera de rappeler vaguement les lois.
Autre dossier, l’autoroute est-ouest. Depuis quelques semaines, les travaux sur des parties stratégiques des lots centre et ouest sont à l’arrêt. Les Chinois exigent le paiement de 400 millions de dollars sur une facture totale de 2 milliards de dollars de surcoûts liés à des travaux supplémentaires. L’arrêt des travaux a déjà provoqué un retard supplémentaire d’au moins neuf mois qui vient s’ajouter au retard initial déjà important. Mais Amar Ghoul, ministre des Travaux publics, ne veut pas prendre de décision concernant les surcoûts. Le président Bouteflika avait dit qu’il ne voulait entendre parler d’une hausse de l’enveloppe allouée au projet. Et il est le seul à décider d’un éventuel changement.
Sur le plan politique, le projet de loi sur la criminalisation du colonialisme offre un bel exemple d’un exécutif sans pouvoirs. Le délai de deux mois a expiré sans que le gouvernement ne donne de réponse précise sur le sort du projet. Là encore, le Premier ministre attendait une réponse ou une indication du chef de l’Etat qui n’est jamais venue. Aujourd’hui, personne ne sait si le projet a été abandonné et les dernières déclarations de Abdelaziz Belkhadem laissent entendre que les choses ne sont pas définitives sur ce sujet. Les dossiers dans lesquels le gouvernement donne l’impression d’être impuissant sont ainsi nombreux. Cette situation n'est pas nouvelle, mais elle est accentuée par la dernière révision de la Constitution qui concentre tous les pouvoirs entre les mains du chef de l’Etat. Le gouvernement, qui n’est même plus responsable devant le Parlement, est réduit à appliquer les directives de la présidence.
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19th May 2010 18:49 #4
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Sonia Lyes :
Mercredi 19 Mai 2010 -- Le président Abdelaziz Bouteflika a eu, mardi 18 mai, un nouveau geste de bouderie à l’égard de son gouvernement. À l’aéroport Houari Boumediene d’Alger, aucun membre du gouvernement n’était présent pour accueillir le chef de l’Etat de retour d’un voyage en Iran. Ce choix qui ne pouvait passé inaperçu du président Bouteflika intervient une semaine après le dernier Conseil des ministres. Il confirme que le chef de l’Etat est toujours en colère contre plusieurs membres de son gouvernement. C’est la troisième fois en vingt jours que le chef de l’Etat évite de s’afficher publiquement avec ses ministres. Le 1er mai, M. Bouteflika avait regardé seul la finale de la Coupe d’Algérie au stade du 5 juillet. Quelques jours plus tard, il recevait à Alger le ministre du Développement économique du gouvernement de l'émirat d'Abou Dhabi (Emirats arabes unis), Nacer Ben Ahmed Al-Souidi. Et contrairement aux usages, aucun ministre du gouvernement Ouyahia n’a assisté à la rencontre. En avril, il n’avait pas fait le déplacement à Oran où le ministre de l’Energie avait organisé le GNL16.
Selon nos informations, ce n’est pas le premier ministre Ahmed Ouyahia qui est visé par ces bouderies du président. Lors du prochain remaniement ministériel qui devrait intervenir incessamment, M. Ouyahia devrait garder son poste à la tête du gouvernement. La colère du président est plutôt dirigée contre les ministres dont les résultats sont jugés médiocres ou entachés par les scandales de corruption. « Le président sait tout. Il s’informe sur tout ce qui se passe et consulte beaucoup. Il a un plan en tête et il va l’annoncer prochainement », explique une source proche de la présidence de la République. Mais pour l’heure, seul son conseiller et homme de confiance, Mohamed Rougab, est en contact permanent avec le chef de l’Etat. Les autres ministres, y compris ceux réputés proches du président comme Yazid Zerhouni, attendent comme tout le monde l’annonce des changements.







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