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  1. #1
    Al-khiyal is online now Super Moderator
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    Samia Amine :


    Samedi 5 Février 2011 -- L’Alliance nationale pour le changement (ANC) en Algérie est née. Elle a été lancée samedi 5 février par l’ancien chef du gouvernement Ahmed Benbitour et des représentants du mouvement El Islah, du parti du renouveau algérien, du mouvement de la jeunesse pour le développement (MJD), du mouvement El Infitah, de l'Association des oulémas algériens et d'organisations syndicales , qui ont annoncé samedi 5 février, la création d’une «Alliance nationale pour le changement» en Algérie. Parmi les objectifs de l’ANC figurent l’organisation d’une conférence nationale pour le changement, l’élaboration d'une charte d'honneur de l'opposition et d'une plate‑forme de revendications politiques. Une coordination nationale constituée de représentants de l'ensemble des organisations ayant pris part à cette initiative a été installée à l’occasion. Au cours de son intervention, Ahmed Benbitour, qui a déjà lancé l’initiative des forces du changement, a demandé des mesures assurant «un minimum de conditions susceptibles de garantir les libertés individuelles et collectives». Le secrétaire général du mouvement El Islah, Djamel Ben Abdeslam, a appelé de son côté à la tenue d’une rencontre entre le pouvoir et l'opposition pour une «refondation de l'État».

  2. #2
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    Hamid Guemache, Lundi 7 Février 2011 :


    Vous avez constitué une alliance appelée ANC (Alliance nationale pour le changement). S’agit‑il d’un clin d’œil à Nelson Mandela et à son combat ?

    Notre choix n’est pas fortuit. Nelson Mandela est un homme de paix, nous l’avons pris pour exemple. Pour revenir à l’ANC algérienne, elle est composée de plusieurs partis politiques comme El Islah, PRA, RPR de Merbah, Daâwa oua Taghier de Mustapha Belmehdi (ex‑MSP), de syndicats, d’une organisation de défense des droits de l’homme, de l’association des ex‑détenus du Sud. Elle regroupe des partis islamistes, nationalistes et laïcs. Il y a également des personnalités politiques comme l’ancien chef du gouvernement Ahmed Benbitour, l’ancien secrétaire général du RND, Tahar Benbaibeche, des intellectuels, des universitaires et une quinzaine de députés.

    Quel est l’objectif de l’ANC ?

    Le changement pacifique démocratique réel et global en Algérie. Nous sommes pour l’instauration d’un état de droit, le respect des libertés, la justice sociale et l’élaboration d’une stratégie nationale de développement économique. Nous allons commencer par l’adoption d’une forme de revendications politiques lors d’une conférence nationale. Cette plate‑forme sera transmise ensuite au président de la République pour l’ouverture un dialogue politique, avec comme objectif le changement pacifique.

    L’ANC va-t-elle demander le départ du président Bouteflika, comme le font les Égyptiens avec Moubarak et avant eux les Tunisiens avec Ben Ali ?

    Pour le moment, cette question n’est pas posée. Mais nous estimons qu’une nouvelle révision de la constitution est indiscutable pour rétablir l’équilibre entre l’exécutif et le législatif. Le dernier référendum de 2008 a placé l’exécutif au‑dessus du législatif. L’APN ne peut plus contrôler le gouvernement et le président de la République. Le chef de l’État légifère par ordonnance. L’APN peut contrôler le gouvernement, mais ce dernier applique le programme du président qui ne peut pas être surveillé par les députés. Dans ce système, le premier ministre n’a aucun sens et l’APN non plus. Nous demandons des législatives anticipées.

    L’ANC est-elle une réponse à l’initiative des partis dits démocratiques de créer la CNCD ?

    Non. L’ANC est constituée de partis islamistes, démocratiques et laïcs. Lors de sa création, il n’y avait aucune banderole, ni slogan. Seul le drapeau algérien était accroché dans la salle. On a décidé de se réunir en tant qu’Algériens, avec toutes nos différences. D’ailleurs, nous sommes en contact avec la CNCD, nous allons tenir des rencontres ensemble et discuter de la situation du pays.

    Est-ce que vous allez participer à la marche de la CNCD le 12 février ?

    On ne participera pas à cette marche, mais on a demandé aux autorités de l’autoriser et de protéger les manifestants. On soutient toutes les initiatives politiques pour un changement pacifique en Algérie.

    Est-ce que l’ANC prévoit d’organiser des marches populaires ?

    Pas dans l’immédiat. Mais les marches ne sont pas exclues. Tout dépendra de la réponse du président à notre plate‑forme de revendications. Nous devons d’abord expliquer aux Algériens notre démarche et nos objectifs.

    Le président Abdelaziz Bouteflika a annoncé jeudi 3 février plusieurs mesures dont la levée prochaine de l’état d’urgence. C’est une réponse favorable à une demande ancienne de l’opposition. Quel est votre avis ?

    Le président a affiché une volonté de lever l’état d’urgence, mais il ne l’a pas fait. On demande sa levée durant ce mois de février, sans aucune exception pour des villes ou des régions. On ne comprend pas le maintien de l’interdiction de manifester à Alger alors que le terrorisme est quasi inexistant dans la capitale. Le terrorisme frappe encore à Boumerdes, Bouira et Tizi Ouzou. C’est une discrimination entre les Algériens. Les mesures de Bouteflika sont insuffisantes. Ce qu’il donne d’une main, il va le reprendre de l’autre.

    Selon vous, pourquoi le pouvoir interdit‑il les marches populaires à Alger ?

    Parce que les autorités ne veulent pas entendre les cris de détresse des Algériens. C’est la seule explication à cette décision. Les responsables ne veulent pas écouter le peuple.

    Le président Bouteflika a également annoncé l’ouverture des médias lourds à l’opposition. Êtes‑vous satisfait ?

    Pas entièrement. On ne peut pas se contenter d’une minute ou deux au journal télévisé. Nous demandons l’ouverture des médias lourds aux débats politiques contradictoires. La télévision doit organiser ces débats, avec la présence des représentants de l’opposition que ces derniers puissent expliquer aux citoyens leurs programmes et visions de la société. Et aussi, faire connaître leurs partis. Les médias lourds doivent permettre à l’opposition de s’exprimer. Aujourd’hui, seuls les 3+1 sont autorisés à s’exprimer à la télévision. Les partis de l’Alliance présidentielle et le PT qui fait de la propagande au nom de l’opposition au service du pouvoir. Nous demandons une vraie ouverture des champs politique et médiatique. Il faut donner la possibilité aux Algériens de créer de nouveaux partis politiques et des journaux. Le peuple doit être le seul juge. L’État ne doit pas favoriser un parti politique donné. Jusqu’à aujourd’hui, El Islah n’a pas de siège alors que d’autres partis ont bénéficié gracieusement de locaux de la part de l’État.

  3. #3
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    Samia Amine :


    Samedi 5 Mars 2011 -- L’Alliance nationale pour le changement (ANC) organisera le 18 mars son premier meeting à la salle Atlas de Bab El Oued à Alger à partir de 15 heures. C’est ce qu’ont annoncé, ce samedi 5 mars, les représentants de cette organisation dans une conférence tenue à la maison de presse Tahar Djaout. L’ANC a été lancée le 5 février par l’ancien chef du gouvernement Ahmed Benbitour et des représentants du mouvement El Islah, du parti du renouveau algérien, du mouvement de la jeunesse pour le développement (MJD), du mouvement El Infitah, de l'Association des oulémas algériens et d'organisations syndicales. Le meeting populaire du 18 mars sera la première action initiée par l’ANC, avec comme objectif d’organiser un congrès national des forces de l’opposition, élaborer une charte des droits et des libertés et une plate‑forme de revendications politiques. «Dans un premier temps, on a voulu organiser le meeting à la Coupole, on nous a demandé quelque 90 millions de centimes. Pour la salle de Bab ElOued, on nous a demandé 23 millions de centimes», s'est plaint Djamel Ben Abdeslam représentant du parti El Islah. Ce dernier a tenu en ce sens à rappeler que les autorités avaient précisé auparavant que ces salles allaient être gracieusement mises à la disposition des partis politiques et des associations dans une tentative de les dissuader de descendre dans la rue. Ces tarifs excessivement élevés pour la location des salles de conférences sont perçus comme de nouveaux obstacles mis en place par le pouvoir. Pour M. Ben Abdeslam, la levée de l’état d’urgence n’a rien changé à l’équation. Et d’assurer : «Il n’y a pas eu de levée de l’état d’urgence mais une affirmation de cet état d’urgence et d’une manière encore plus dangereuse». Au cours de son intervention, Ahmed Benbitour a expliqué encore une fois que l’ANC, «s’ouvre à toutes les tendances politiques pour arriver à provoquer le changement». «Il ne s’agit pas d’une union ou d’une fusion mais bien d’une alliance où toute organisation ou parti pourra conserver son programme, son autonomie. Chose qui ne les empêcherait pas de travailler ensemble pour amorcer le changement», a‑t‑il précisé.

  4. #4
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    Samia Amine :


    Vendredi 18 Mars 2011 -- Quelques extraits du Coran en guise d’introduction, des références à l’islam et au Prophète (QSSL) dans les différentes interventions et des «Allah akbar» qui fusent de temps à autre dans la salle. Le meeting organisé ce vendredi 18 mars par la toute nouvelle Alliance nationale pour le changement (ANC) avait comme un parfum des rencontres populistes des leaders islamistes des années quatre‑ving dix. Seule différence, et elle est de taille : la capacité de mobiliser les foules.

    À 15 h passées, la mythique salle Atlas du quartier populaire de Bab El Oueds était toujours à moitié vide. Le meeting prévu initialement à 15 h commence avec une demi‑heure de retard. Après avoir félicité les organisateurs du choix des extraits du Coran diffusés aux présents, Ahmed Benbitour, l’un des initiateurs de l’ANC et premier intervenant à la rencontre indique d’emblée : «notre objectif est le changement du système tout entier et non le changement des personnes qui le symbolisent ». Ahmed Benbitour explique en trois points les étapes qu’il faut suivre pour amorcer le changement en Algérie. D’abord, «il faut créer les conditions capables de garantir les libertés, la levée effective de l’état d’urgence est essentielle dans ce sens», dit‑il. Le deuxième point évoqué par M. Benbitour est la nécessité d’encourager «des jeunes compétences» qui devraient, selon lui, «occuper des postes clés dans le pouvoir». Enfin, il insiste sur «la sauvegarde de nos ressources».

    Citant les expériences tunisienne et égyptienne, l’ex‑chef du gouvernement, souligne que l’Algérie pourrait en tirer quatre leçons : «la capacité des peuples à pousser les régimes sinon leurs symboles au départ, les pressions intérieures et extérieures exercées sur les tenants de ces régimes, le rôle qu’a joué Internet et particulièrement les réseaux sociaux dans les révoltes arabes et les armées qui prennent toujours le parti des populations». «On a marre de cette démocratie de façade et de ces réformes esthétiques qui visent à satisfaire les occidentaux», lance‑t‑il. Entre une intervention et une autre, une personne se lève et tente vainement de galvaniser la «foule». Elle scande, seule, «echaab yourid iskat ennidam» (le peuple réclame la chute du régime). Jusqu’à l’arrivée inattendue à 16 heures d’Ali Benhadj, l’ex‑numéro 2 du Front islamique du salut (FIS). L'assistance réagit. Seule vedette de ce rendez‑vous, il s’est fait chaleureusement applaudir. Certains présents insisteront même pour qu’il intervienne. En vain.

    Outre Ahmed Benbitour, l’ex‑secrétaire général du RND, Tahar Benbaachiche, l’actuel patron du Rassemblement patriotique républicain (RPR), Abdelkader Merbeh, le dissident du Mouvement de la société pour la paix (MSP) Menassra et le secrétaire général du mouvement El Islah Djamel Benabdesselam, qui ont pris la parole. Au cours de son intervention, Benabdeslam lance plusieurs messages au cours de son discours dont un a été adressé aux laïcs algériens. «On ne voit en vous que des frères, rassure‑t‑il, on vous invite à transcender ces différences politiques et idéologiques» pour concrétiser le changement, dit‑il. Dans un message adressé aux fidèles partisans d’une société islamique il insiste : «retournez sur le terrain… aucun autre courant (idéologique) n’aurait pu subir ce que vous avez enduré».

  5. #5
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    Sonia Lyes :


    Vendredi 18 Mars 2011 -- Ali Benhadj a ravi la vedette ce vendredi 18 mars aux animateurs du meeting organisé à la salle Atlas à Alger par l’Alliance nationale pour le changement (ANC). Dès son apparition dans la salle, une demi‑heure après le début du meeting, l’ex‑numéro deux du FIS, a été longuement ovationné par de nombreuses personnes parmi le millier de présents dans la salle. Une autre figure de l’ex‑FIS était également présente dans la salle mais quelque peu discrète : Kamel Guemazi. Dans la salle, les deux anciens responsables du FIS n’ont pas dérogé à leurs habitudes : lors de l’exécution de l’hymne national, ils ne se sont pas levés de leur siège. Mieux encore, après la prière d’Al Asr, Ali Benhadj est sorti de la salle pour revenir quelques minutes plus tard accompagné de plusieurs islamistes en Qamis qui scandaient son nom et demandaient à ce qu’il intervienne à la tribune. Un vœu qui n’a pas été satisfait. L’insistance de quelques partisans d’Ali Benhadj afin qu’il intervienne ont contraint les organisateurs à écourter le meeting. Certains convives comme Mohamed Saïd ne sont pas intervenus à la tribune. Mais c’est la première fois depuis la dissolution du FIS que Ali Benhadj participe quasi‑officiellement à un meeting agréé par les autorités. Dans leurs interventions, les animateurs de l’ANC ont tous appelé au changement de régime. À l’adresse des «laïcs», Djamel Benabdeslam a appelé au dépassement des divergences idéologiques. Et à l’adresse des islamistes, il les a appelés à réinvestir le terrain. Car, selon lui, leur force est intacte. Le responsable d’Al Islah n’a pas manqué de rappeler les «souffrances» des islamistes lors de leur cantonnement dans les camps à Reggane, au début des années 90. Une évocation suffisante pour arracher à la salle des «Allah Akbar». Pour sa part, Abdelmadjid Menasra, meneur de la fronde contre Bouguerra Soltani au sein du MSP, a eu droit à une standing‑ovation. «Les ingrédients de l’explosion sont là. Le changement est inévitable», a‑t‑il décrété.

    ***


  6. #6
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    Zineb Benzita et Mohamed Belalia, Jeudi 24 Mars 2011 :


    Quel est votre constat sur la situation actuelle de l’économie algérienne ?

    L’Algérie est dans une situation financière très confortable, mais son économie s’est complètement effondrée. C’est paradoxal. Nous avons une économie incapable de produire des richesses en raison de sa forte dépendance vis‑à‑vis des hydrocarbures. L’Algérie dépend de l’étranger pour se nourrir. Le budget de l’État est financé à 70% par les recettes pétrolières. L’économie nationale est dangereusement exposée aux fluctuations du prix du baril. Les budgets d’équipement sont financés à 100% par les recettes provenant de la vente d’hydrocarbures. Durant les années 1970, les recettes provenant de la fiscalité locale permettaient de financer les dépenses courantes de l’État alors que les recettes pétrolières étaient réservées à l’épargne et à financer des investissements. Malgré cette situation, le pouvoir continue de produire un discours triomphaliste en mettant en avant les réserves de change du pays qui s’élèvent à 150 milliards de dollars. Ces réserves ne profitent pas à l’économie nationale. Le gouvernement est en train de transformer des richesses naturelles non renouvelables en réserves de change susceptibles de s’évaporer à tout moment. Il puise le pétrole dans notre sous*‑sol, le vend et laisse l’argent à l’étranger, ce qui profite davantage aux étrangers qu’aux Algériens.

    Le président Bouteflika a lancé en 2010 un nouveau plan de relance économique de 286 milliards de dollars, financé par l’argent du pétrole. Ce plan est‑il bon ou mauvais pour l’économie nationale ?

    Le plan d’investissement de 286 milliards de dollars est financé entièrement par la fiscalité pétrolière. Si on prend un prix du baril à 70 dollars l’unité, cela signifie qu’il faudrait 4 milliards de barils pour financer ce plan. Ces quatre milliards de barils représentent la moitié de nos réserves de pétrole connues qui sont de huit milliards de barils. Nous allons employer tout cet argent pour construire des infrastructures et créer un environnement favorable à l’investissement. Ces projets vont certes faciliter les déplacements des populations, mais ne créeront pas de richesses pour le pays. Nous allons donc consommer la moitié de nos réserves pétrolières prouvées, sans produire de richesses. Cette politique participe à l’appauvrissement du pays. Ce plan d’investissement va appauvrir l’Algérie. Le développement ne peut être obtenu qu’avec l’implication du secteur privé, comme cela s’est produit en Corée du sud, en Malaisie et en Turquie. Le gouvernement fixe une feuille de route et le secteur privé l’applique. Sinon, il n’y aura pas de développement.

    Le gouvernement affirme qu’il peut créer des centaines de milliers d’emplois par an. Qu’en pensez-vous ? Peut‑il le faire réellement ?

    Trois ministres ont déclaré qu’ils vont créer 500.000 emplois dans le bâtiment, 1,5 million d’emplois dans l’agriculture et 750.000 emplois dans les travaux publics d’ici à 2014. En additionnant ces chiffres, on trouvera que l’Algérie pourra créer 180.000 emplois par an dans trois secteurs seulement. Un autre ministre dit que le taux de chômage est de 10 %. La population active en Algérie est de 10,8 millions de personnes. C'est‑à‑dire que le nombre de demandeurs d’emplois est de 1,8 million personnes. D’après les promesses des trois ministres quant à la création d’emplois, l’Algérie va devoir importer de la main‑d’œuvre à partir de l’année prochaine. L’économie nationale est dans une situation extrêmement dangereuse, mais les ministres continuent de tenir des discours triomphalistes.

    Vous affirmez que les ministres tiennent des discours qui ne reflètent pas la réalité du pays…

    Ce sont des discours triomphalistes. Même les grandes puissances économiques du monde ne parviennent pas à créer ce nombre important d’emplois par an. Les chiffres officiels sur la création d’emplois et le taux de chômage de 10% ne sont pas objectifs et manquent de précision.

    Comment expliquez-vous la montée en puissance des revendications sociales en Algérie ?

    D’abord le peule revendique des droits et non des privilèges. Aujourd’hui, on constate que les avantages bénéficient aux responsables, leurs familles, leurs proches et les personnes influentes et ceux qui ne dénoncent pas l’injustice. Les avantages et les privilèges ne vont pas au peuple. Les Algériens ont fait la guerre de libération nationale pour obtenir des droits et des libertés. Cinquante ans après l’indépendance, il n’y a pas de libertés. Aujourd’hui, les gens disent qu’il n’est plus possible de se taire sur cette situation, ce qui explique la montée des revendications sociales pour obtenir et avoir des libertés. C’est d’ailleurs ce qui se passe dans tous les pays arabes. Les Algériens ont combattu le colonialisme pour obtenir leurs droits et aujourd’hui ils veulent les avoir. Les grandes puissances ont compris que leurs intérêts sont liés aux populations et non aux régimes. Il y a une administration qui travaille pour ses intérêts et le régime se trompe en pensant qu’elle est à son service. Les intérêts des deux parties sont divergents.

  7. #7
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    continued.....

    À votre avis, le vent de révolte qui souffle depuis plusieurs mois sur le monde arabe va‑t‑il atteindre l’Algérie ? Le pouvoir algérien peut‑il faire face à un éventuel soulèvement populaire ?

    Le régime ne peut faire face à une révolte populaire. Il y a quatre conclusions à tirer des révoltes en Tunisie et en Égypte. La première : un certain nombre de citoyens qui manifestent dans un lieu donné, même s’ils n’ont pas de programme politique clair, ni de leader, sont capables de provoquer le départ des symboles du régime et surtout du numéro un du pouvoir, quelle que soit la mobilisation des forces de répression. La deuxième : les responsables pensaient qu’ils ont de l’argent à l’étranger et qu’ils peuvent en cas de problèmes quitter leur pays et s’en servir. Ce qui n’est plus possible maintenant même pour leurs familles et leurs proches. Les grandes puissances ont compris que leur intérêt réside dans un soutien à la population et non au régime. La troisième conclusion : l’informatique et les communications, même si le régime tente de les interdire, constituent des moyens efficaces pour mobiliser les jeunes pour le changement. La quatrième conclusion : l’armée et la police, quels que soient les privilèges qu’elles ont obtenu du régime, se rallient au final aux populations. En Algérie, la problématique est la suivante. Le changement sera‑t‑il pacifique et profitera‑t‑il à tous, ou bien va‑t‑on laisser la situation se détériorer jusqu’à ce qu’elle échappe au contrôle ? L’expérience libyenne est à nos portes. Personne n’a prévu les changements en Tunisie, en Égypte et en Libye. Nous avons donc deux modèles de changement et nous devons en titrer des leçons, sachant que le changement est inévitable en Algérie.

    La Coordination nationale pour le changement et la démocratie n’a pas réussi à mobiliser la foule lors de ses tentatives d’organiser des marches populaires à Alger. Pourquoi ?

    Les raisons sont nombreuses. Pour organiser une marche, il faut se préparer à affronter les forces de répression. J’ai soutenu l’initiative, mais je pense que l’erreur était le choix du lieu du démarrage de la marche qui a facilité le travail des forces de sécurité. Plusieurs personnes ont été empêchées d’atteindre cet endroit pour marcher. La deuxième tentative d’organiser une marche a échoué en raison des divisions au sein de la CNCD, ce qui signifie que la préparation n’a pas été bonne.

    Ne pensez-vous pas que le peuple n’a plus confiance dans les partis politiques ? Cela ne risque‑t‑il pas de compromettre votre initiative pour le changement dans le cadre de l’Alliance nationale pour le changement ?

    D’abord, je dois clarifier le projet de l’Alliance pour le changement. Cette alliance est composée d’un groupe de personnes qui revendiquent un changement auquel elles croient dans un cadre démocratique, dans le respect des libertés, civiles, individuelles et collectives. La citoyenneté, c’est de permettre aux citoyens d’exprimer leurs idées, de contrôler les décisions prises et de demander des comptes à tous les responsables quand ils veulent, et là où ils le souhaitent. Pour l’idéologie, chacun est libre de choisir la sienne. Les partis politiques réunis au sein de l’ANC sont composés de compétences ayant des diplômes supérieurs. Il ne faut pas non plus confondre les islamistes et les fondamentalistes. Nous sommes contre les extrémistes, mais l’ANC est ouverte à tous les Algériens, qu’ils soient islamistes ou laïcs. Nous préparons un congrès qui est ouvert à toutes les sensibilités politiques, sans exclusion.

    Lors du meeting de l’ANC à la salle Atlas à Alger, vous avez quand même accueilli chaleureusement Ali Benhadj. Comment expliquez‑vous la présence de cet ancien responsable du FIS dissous ?

    Non, il n’y a pas eu d’accueil chaleureux pour Ali Benhadj. Aucune invitation n’a été envoyée à cette personne. Certains participants lui ont demandé de faire une intervention, mais nous avons refusé. Seuls les membres de l’ANC étaient autorisés à le faire. Pour ce qui est des applaudissements, nous avons trouvé cela normal. Vous savez que la salle Atlas se trouve à Bab El Oued. Pour la précision, nous avons voulu organiser le meeting à la coupole du 5 juillet, mais il fallait payer 900.000 dinars. Pour la salle Atlas, nous avons payé 230 000 dinars. Pourtant, elles (les autorités, NDR) ont dit que les salles étaient gratuites pour les meetings populaires.

    Depuis le début des contestations sociales, le président et le premier ministre n’ont rien dit. Comment expliquez‑vous ce silence ?

    Ils n’ont aucune stratégie pour gérer les évènements en cours. Ils n’accordent pas au peuple l’importance nécessaire. Dans d’autres pays où les évènements sont moins importants qu’en Algérie, nous avons vu, à chaque fois, les interventions du premier responsable qui s’adresse directement à la population. Je pense que nos dirigeants n’ont aucune stratégie pour qu’ils puissent parler directement au peuple. En plus, ils ne sont pas sensibles aux préoccupations des populations. La bonne gouvernance est basée sur une règle simple : «dire ce que tu vas faire et faire ce que tu as dis».

    Est-ce que le président Bouteflika a tenté de vous convaincre de revenir au gouvernement ?

    Non, jamais ! Je n’ai de contacts avec aucune partie du pouvoir. Je n’ai été contacté par aucun parti de l’Alliance présidentielle. J’avais quitté le gouvernement (en 2001, ndlr) par conviction parce que le régime n’est pas sur la bonne voie. Je suis convaincu qu’il faudrait un changement total du système et pas un changement des hommes.

    Benbitour sera-t-il candidat à la présidentielle de 2014 ?

    Je pense qu’il n’y aura pas de présidentielles en 2014. Je ne milite pas pour devenir président, mais pour obtenir un changement total du régime. J’ai donné une feuille de route pour arriver à ce changement qui ne peut pas venir de l’intérieur du système. Ce changement peut être obtenu si les trois facteurs suivant sont réunis : une pression forte et durable de la société civile pour exiger un changement total du régime ; la présence d’une alliance des forces favorables au changement capable de représenter une force de négociation et une étincelle.

    Comment arriver à ce changement total du régime ?

    Il faut une volonté de changement à l’intérieur du régime et à l’extérieur, au sein des forces de l’opposition réunies au sein d’une alliance. Lorsque les deux parties sont convaincues d’aller au changement qui est inévitable, le changement se produira. Par exemple, six personnalités nationales crédibles et compétentes sont capables de mener et de concrétiser ce changement, via deux étapes. La première étape peut s’étaler sur trois mois durant lesquels un programme médiatique sera élaboré pour convaincre les Algériens que nous sommes entrés dans la phase du changement. Ce programme ne sera efficace que s’il y a une véritable liberté d’expression qui comprend la présence de télévisions et de radios, non contrôlées par le régime. La réussite de ce programme dépend aussi de l’ouverture du champ politique, de l’autorisation de nouveaux partis politiques et de la levée réelle de l’état d’urgence. Durant cette étape, un nouveau gouvernement sera choisi et une feuille de route sera définie pour la seconde étape. Cette dernière comprend la désignation d’un gouvernement de transition pour une période de 12 mois avec comme objectifs la préparation d’élections présidentielles anticipées et de législatives ainsi qu’un référendum pour une nouvelle constitution. Le groupe des six aura la charge de contrôler le gouvernement et d’ouvrir le débat avec la société civile pour la révision de la Constitution.

    Si on vous propose de diriger la période de transition, allez-vous accepter ?

    Peu importe celui qui dirigera la transition. Je peux mener la transition et gérer l’après‑transition. Mes idées sont claires. Mais aujourd’hui, je ne travaille pas pour des postes. Mon but est de contribuer au changement.

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