Dimanche 29 Mai 2011 -- Des mesures en faveur des entreprises algériennes et aucune concession pour les groupes étrangers ou sur le patriotisme économique – même le rachat de Djezzy a été réaffirmé. Un mea culpa sur la politique menée jusqu’à présent et une disposition inhabituelle au dialogue social. Fermeté à l’égard du Maroc, accusé de chercher à impliquer l’Algérie dans le dossier libyen. Une prise de distance nette sur la question de l’amnistie en faveur des islamistes. Ahmed Ouyahia est‑il déjà dans les bottes du futur candidat à l'élection présidentielle ? Si l'éventualité est dans les esprits des observateurs de la vie politique depuis longtemps, la sortie médiatique du premier ministre ce dimanche 29 mai nous donne de nouvelles bonnes raisons de l'envisager. À l'issue d'une Tripartite marathon avec l'UGTA et les représentants du patronat, Ahmed Ouyahia a sans aucun doute endossé le costume de présidentiable. D'une manière assez nouvelle, il a évoqué les réformes politiques en cours dans le pays, en sortant de son rôle de Premier ministre pour se positionner sur les grands équilibres. Répondant à ceux qui souhaitent faire de l'armée la garante de la démocratie, il a affirmé que «nous n'avons nul besoin d'une démocratie des blindés». En démentant une libération prochaine de détenus islamistes, il s'est clairement prononcé contre l'amnistie générale, voulue par le président Bouteflika mais rejetée par une partie du pouvoir. Ahmed Ouyahia n'a pas non plus hésité à s'exprimer sur la politique étrangère de l'Algérie et notamment sur l'ouverture des frontières avec le Maroc. «Ce n'est pas à l'ordre du jour», a‑t‑il affirmé. Une ligne volontairement dure, qui reste celle des militaires. Dans sa stratégie, il ne manque pas enfin de ménager les militaires, alliés de poids nécessaires. Il a d'ailleurs une nouvelle fois salué leur rôle dans la lutte contre le terrorisme.
Autre opération séduction : celle en faveur des acteurs économiques. En revenant sur des mesures impopulaires comme le Credoc ou en donnant un coup de pouce aux PME avec la bonification des crédits d'investissement, il confirme son image de libéral et rassure les chefs d'entreprises. «Vous faites face à des obstacles dans les domaines foncier et bancaire et même pour vous raccorder au réseau électrique... ce sont des vérités», a ainsi lancé le Premier ministre aux organisations patronales. «J'ai décidé d'évoquer publiquement cette question pour vous assurer que le gouvernement ne s'est pas enfermé dans une position de vainqueur. Il y a des réalisations dans le secteur économique qui doivent être signalées comme il y a des insuffisances qu'il faudra pallier», a‑t‑il ajouté. Il a ainsi admis des améliorations nécessaires en matière de cadre aux investissements. Une manière – assez nouvelle dans la bouche du premier ministre – de relever les lacunes ou les manquements de sa politique, qui veut donner le sentiment d'un homme tourné vers l'avenir, vers la préparation d'une stratégie pour le développement du pays.
Mais si Ouyahia a annoncé une série de mesures pour les entreprises algériennes, il n’a fait aucun geste en direction des groupes étrangers. Bien au contraire : la loi 51/49 n’a pas été abrogée et il a saisi l’occasion de sa conférence de presse pour réaffirmer le principe de patriotisme économique à travers le maintien de l’option de rachat de l’opérateur Djezzy. Comprendre : Ouyahia ne sera pas celui qui va brader l’Algérie aux groupes étrangers. Avec ces prises de position, le Premier ministre prend également clairement ses distances avec un autre candidat potentiel à la succession d'Abdelaziz Bouteflika, son représentant personnel Abdelaziz Belkhadem, qui lui non plus n'a pas caché ses ambitions. Face à celui qui apparaît comme plus conservateur – islamiste ? – et plus proche de la vieille garde politique, Ouyahia veut afficher une image plus ouverte, plus libérale, qui ne peut que rassurer aussi les partenaires étrangers, notamment la France. Belkhadem est ainsi favorable à l'intransigeance face à l'ancienne puissance coloniale, notamment en soutenant la loi sur la criminalisation du colonialisme, un dossier sur lequel Ouyahia est peu bavard. Avec les réformes politiques en marche, Ahmed Ouyahia sait que son avenir à la tête du gouvernement est compté. Il semble donc vouloir poser d'ores et déjà ses pions dans l'optique des prochaines échéances électorales.
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29th May 2011 17:36 #1
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Yazid Slimani :







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