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  1. #71
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    Ali Idir :


    Samedi 13 Février 2010 -- Les groupes français Bouygues, égyptien Orascom Construction et canadien SNC Lavalin devraient être candidats à la réalisation de la grande mosquée d’Alger, a appris samedi TSA de source proche du projet. La liste des entreprises présélectionnées pour prendre part à un appel d’offres pour la construction de cette mosquée sera dévoilée le 23 février, selon la même source. L'Agence nationale de la réalisation et de gestion de Djamâa El Djazaïr (Anargema) avait lancé le 27 octobre 2009, un avis à manifestation d'intérêt national et international pour la présélection d'entreprises de réalisation de la grande mosquée d’Alger. Seules les entreprises de construction dont le chiffre d’affaires annuel est supérieur au milliard d’euros sont autorisées à participer à ce concours. L’Anagerma veut constituer une « short list » d’entreprises de taille mondiale capables de construire cette grande mosquée. Mais le gouvernement souhaite aussi la participation d’une entreprise algérienne au projet dans le cadre d’un consortium avec des étrangers. Une telle participation permettra de réduire la part en devises dans le projet en donnant l’occasion à l’entreprise algérienne d’acquérir un savoir-faire en matière de construction d’édifices importants. Le futur édifice religieux pourra accueillir jusqu’à 36.000 fidèles. Il sera construit sur une superficie de 21.025 m2 et se distinguera avec son minaret haut de 270 m, selon Anargema. La réalisation de cette mosquée pourrait coûter plus d'un milliard d'euros, selon les prévisions initiales du gouvernement.

  2. #72
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    Lamia Tagzout :


    Vendredi 19 Février 2010 -- Opacité autour du concours, débat sur la nature du sol, interventions politiques… Alors que l’avis à manifestation pour la réalisation de la mosquée d’Alger, prévu ce mardi 23, vient d’être reporté au 24 mars prochain, El Watan Week-end a enquêté sur le très controversé dossier de Djamaâ El Djazaïr. Halim Faïdi, architecte, et Mohamed Lakhdar Aloui, directeur général de l’Agence nationale de réalisation et de gestion de la mosquée d’Alger, expriment leurs points de vue. La polémique n’est pas finie…

    Les Algériens ont-ils été écartés du projet ?


    Halim Faïdi : « On ne voulait pas de projet national sur ce dossier »

    Un bureau germano-tunisien s’est vu attribuer le projet à la suite d’un concours. C’est son offre qui en principe sera strictement exécutée. Mais c’est là que le bât blesse, on installe un comité composé d’« experts », nous dit-on, pour « algérianiser » le projet. Bizarre. Sur quels critères aurait-on alors sélectionné ce projet ? Les experts ont donc sensiblement modifié l’objet même du marché sans engager leur responsabilité. Cela n’est pas très logique et, je pense, pas très légal. On peut au moins dire que le projet a été corrompu. Et puis, pourquoi avoir organisé une consultation internationale ? Il aurait suffi aux organisateurs de convoquer leurs 40 experts à la place des hommes de l’art. Tout ça est contraire à l’esprit même du concours. Je me réfère à l’esprit du code des marchés publics en général. Les architectes algériens n’auraient pas pu être éligibles selon les critères du concours qui exigent un chiffre d’affaires irréalisable en Algérie et des moyens humains quasiment inexistants dans les bureaux d’études nationaux. On ne voulait pas de projet national sur ce dossier.

    Mohamed Lakhdar Aloui : « Les entreprises algériennes pourront se constituer en groupement »

    Tout au début, nous avons commencé avec le lancement d’un concours national et international afin de sélectionner un bureau d’études qui a les compétences pour diriger l’aspect technique d’un projet d’une telle valeur, à savoir la durabilité et l’authenticité. Les différents soumissionnaires étaient tenus de proposer des planches et une maquette. Dix-sept entreprises ont été retenues dont quatre algériennes. Et c’est le bureau germano-tunisien Kiefef Ste Krebs Und qui s’est vu attribuer cette mission. Un groupe de plus de 30 experts ont évalué les candidatures en toute transparence et dans l’anonymat le plus strict. En novembre 2009, nous avons lancé un avis à manifestation d’intérêt national et international qui a été reporté au 24 mars prochain afin de permettre aux entreprises locales d’y participer en constituant des groupements avec les entreprises étrangères pour qu’elles puissent remplir les conditions d’éligibilité. C’est pour cette raison que l’avis à manifestation a été reporté d’un mois. Parmi les critères d’éligibilité, je dirai que l’entreprise doit avoir un effectif permanent en cadres, ingénieurs, experts et techniciens, supérieur à 2000 agents et doit avoir réalisé un chiffre d’affaires annuel moyen des trois dernières années 2006, 2007 et 2008 supérieur ou égal à un milliard d’euros.

  3. #73
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    Lamia Tagzout, Vendredi 19 Février 2010 :


    Les spécialistes : « Le sol de Mohammadia est l’un des plus mauvais »

    Il y a de fortes chances pour que la faille du Sahel débouche sur ce site, a expliqué une source officielle à El Watan Week-end, il y a quelques mois. Si la faille du Sahel débouche sur cet endroit, le mouvement vertical du sol sera très important en cas de séisme et les appuis antisismiques ne protègeront pas l’ouvrage. Les études sismiques du sol effectuées suite au tremblement de terre de 2003 ou celles d’avant ont relevé que le sol de Mohammadia est l’un des plus mauvais qui puisse exister dans la zone d’Alger.

    M. L. Aloui : « Nous avons prévu des amortisseurs antisismiques »

    Les clauses du concours basé sur des normes internationales, qui autorisent d’apporter des améliorations à la maquette initiale, ont permis de pallier le risque sismique. Par exemple, la salle de prière, qui est de 145 m/145m, est protégée par des amortisseurs antisismiques qui réduisent l’intensité du séisme de 70%. Le sol convient tout à fait. Le site se situe aussi sur une nappe d’eau qui provient des plateaux blidéens. Ce qui est un avantage, car ces eaux sont douces et non salées, donc non nuisibles à la nature du sol. Autre chose, les eaux se jettent à la mer et non le contraire, donc, il n y a pas de risque que les eaux remontent en surface. D’ailleurs, nous n’aurions jamais pu opter pour un site sans avoir effectué une étude géotechnique au préalable. Nous avons rendu publics, lors du concours, le levé topographique et l’étude géotechnique élaborée par le laboratoire national.

  4. #74
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    Lamia Tagzout, Vendredi 19 Février 2010 :


    H. Faïdi : « Si une offre est validée par un jury, il n’est plus question de modifier quoi que ce soit »

    Entre le projet lauréat et celui qui a été développé pour servir de marche de travaux, il y a des différences importantes, au-delà de ce que peut tolérer la pratique. Le président de la République a émis un vœu et probablement choisi un projet. Mais ce qui est certain c’est que la nouvelle version, car il y a nouvelle version, présente autre chose. Si une offre est validée par un jury, il n’est plus question de modifier quoi que ce soit, sauf si ce sont des adaptations mineures. Un projet d’architecture est une œuvre complète, indivisible, ce n’est pas un montage, alors on valide tout ou on ne valide rien. Dans ce cas, il aurait été judicieux, puisque le projet manque d’algérianité, de refaire le concours, d’ouvrir les conditions d’éligibilité afin d’évaluer d’autres propositions, meilleures. Mais les organisateurs ont tenu à garder le même groupement, en l’occurrence le germano-tunisien Kiefef Ste Krebs Und même si sa réponse s’est finalement avérée partielle. C’est contraire au code des marchés publics et à la pratique. J’y vois une opération de construction et pas une commande d’architecture. Le marché ayant été attribué au mieux-disant, ça laisse quelques doutes et un goût déjà amer.

    M. L. Aloui : « Pas de modifications, mais des améliorations »

    Ce projet modulable est susceptible d’être amélioré. Nous n’avons pas apporté des modifications importantes, mais plutôt des améliorations recommandées par une commission composée d’architectes de renommée, afin que la mosquée représente l’architecture des mosquées maghrébines, elles-mêmes inspirées des mosquées algériennes. Les améliorations n’ont pas changé le délai ni le coût objectif du projet.

  5. #75
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    Lamia Tagzout, Vendredi 19 Février 2010 :


    H. Faïdi : « Beaucoup d’intérêts se croisent autour de ce programme »

    On m’a souvent dit qu’il y avait plus d’incompétence que de mauvaise volonté. Je n’y crois plus. Ceux qui tirent les ficelles sont terriblement compétents et tout ce qu’ils font, ils le font exprès. Il semble que notre président tient tellement à ce projet, que je me demande si on ne lui ment pas systématiquement en affichant autre chose que la réalité. De plus, beaucoup d’intérêts se croisent autour de ce programme. L’Islam officiel, l’Islam plus neutre des zawiyas, probablement des mouvances cachées, un projet immobilier, certainement des carrières, et peut-être, de l’argent. Les compétences sont encore là, mais il est certainement plus facile de commercer plus cher. Ni les professionnels, ni les médias, ni la population n’ont accès à l’information sur ce projet. Il y a dans ce dossier un monopole plein et une opacité totale. Cela pousse à se poser des questions, et celles-ci ne sont pas mystiques.

    M. L. Aloui : « Le budget est un paramètre de concurrence »

    Selon les normes internationales, le délai de réalisation correspond au tiers de la durée du projet. Et la période d’étude prend les deux autres tiers. Mais nous ne pouvons divulguer ni le délai ni le coût objectif, car en plus de la qualité, ils représentent les paramètres de concurrence. Donc, tous les chiffres et délais de réalisation annoncés par la presse ne sont pas exacts, puisque nous-mêmes, responsables de la gestion de ce projet, n’avons jamais avancé de détails sur cette question. Cette polémique autour du projet de la mosquée d’Alger n’est fondée sur aucune réalité, car rien ne peut échapper aux responsables. C’est un projet suivi par tous ! Le conseil d’administration est constitué, entre autres, de quatorze ministères dont le ministère des Affaires religieuses, des Transports et de la Défense nationale.

  6. #76
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    Lamia Tagzout, Vendredi 19 Février 2010 :


    Vous qui aviez proposé une maquette qui n’a pas été retenue, que pensez-vous des nouvelles modifications ?

    Avant d’organiser le concours d’architecture national et international, l’agence qui chapeaute ce projet a fait le tour de quelques bureaux d’architectes. Etant donné que les propositions n’ont pas été satisfaisantes, on a fait appel à moi pour proposer une maquette répondant à la volonté du président de la République qui voulait une mosquée authentique. Je me suis attelé à faire une étude. J’ai voulu rompre avec les stéréotypes sur la mosquée pour quelque chose d’authentique représentatif du XXIe siècle et pas une répétition à l’infini d’une typologie qui ne devait son existence que parce que les techniques qui existaient à l’époque ne permettaient de franchir les distances qu’avec des arcades, des coupoles et autres techniques vétustes. Les seules armes alors à la disposition des constructeurs parce qu’il n’y avait pas encore eu l’avènement du béton armé.

    Voulez-vous dire que le projet n’est pas le meilleur de ce qu’on attendait ?

    Quand j’ai proposé mon projet, j ai tenu à préserver les fondamentaux. Par exemple : la salle de prière qui doit être la plus grande pouvait bien se passer d’obstacles visuels entre les prieurs et l’imam, sur un plateau de prière de 120 m de diamètre. J’ai présenté mon plan au président Bouteflika et cela a provoqué chez lui un assentiment, sa réponse était : « Vous m’avez convaincu, quand est-ce qu’on inaugure la mosquée ? »

    Puisque vous avez eu l’approbation du Président lui-même, pourquoi le projet n’a-t-il pas été concrétisé ? D’autant plus que vous prévoyiez de le faire gratuitement…

    Pour un architecte, construire un ouvrage d’une telle envergure à lui seul représentait déjà une récompense. Il existe certainement une partie qui s’est interposée entre le Président et moi afin d’imposer ce concours et opter pour des étrangers. Au final, un concours international a été organisé avec des exigences pour le moins sévères en matière de chiffre d’affaires, expérience, etc.

    Des architectes ont dénoncé l’opacité autour du projet, de sa gestion. Etes-vous du même avis ?

    Non, je ne peux pas m’avancer à dire cela, mais le fait que l’on ait gardé le même bureau d’études en dépit des modifications qui ont été apportées à la maquette, cela pousse à se poser des questions.

    Des spécialistes avancent que le terrain de Mohammadia n’est pas conforme…

    Au début, les décideurs prétendaient vouloir construire une mosquée accessible aux Algérois, alors que l’une des raisons qui ont compromis mon projet – selon les concernés – était son emplacement sur le terrain de l’hippodrome du Caroubier, considéré comme trop éloigné ! Le terrain de Mohammadia non plus ce n’est pas la porte à côté ! Le changement du terrain a été la conséquence d’un consensus qui a été à l’initiative du ministère des Affaires religieuses et des Wakfs et de quelques personnalités constituant l’agence qui chapeaute ce projet. Ces derniers ont rejoint l’idée du ministère selon laquelle un autre terrain serait plus approprié. Le terrain choisi pose problème pour l’acheminement de milliers de prieurs qui convergeront tous au même endroit en même temps. Par ailleurs, on veut greffer à la mosquée un musée, un centre culturel, une école d’enseignement, tout ça sur un minaret dit « dynamique ». Cette conception me semble risquée sur une zone sismique se trouvant, de surcroît, sur la côte. Il risque d’y avoir affaissement progressif.

    Pensez-vous que l’Etat a les moyens d’entretenir cette mosquée ?

    Il suffit de regarder les constructions autour de nous pour constater que l’entretien n’est pas une priorité. Donc, si l’Etat algérien a les moyens de réaliser cette mosquée, il n’a certainement pas les moyens de l’entretenir au regard des édifices que l’on prévoit d’insérer. La réalisation de la mosquée et son entretien contraindront l’Algérie à couvrir des dépenses extrêmement onéreuses.

  7. #77
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    Lamia Tagzout :


    Vendredi 19 Février 2010 -- Les Algériens devraient-ils se réjouir d’avoir bientôt une mégamosquée ? Pour répondre à cette question, le parallèle avec le roi Hassan II, qui avait pris la même décision en 1986, est incontournable. À l’époque, le Maroc était trop endetté pour réaliser un tel projet puisqu’il suivait, sous l’égide du FMI et de la Banque mondiale, un plan d’ajustement structurel dont le but était d’assainir ses finances publiques. Ainsi, on a invité dans un premier temps les Marocains à contribuer selon leurs moyens au financement de la mosquée. Mais rapidement, les responsables se sont aperçus qu’ils étaient très loin du compte, ce qui les a poussés à passer du mode don au mode souscription obligatoire. Désormais, on n’est plus dans le financement d’un édifice religieux, mais dans le financement d’un projet public. Du point de vue économique, la mosquée Hassan II était, et est toujours, un boulet pour les Marocains. Elle coûte cher au contribuable : plus de 45 millions de dirhams en 2007 prélevés sur le budget de l’Agence urbaine de Casablanca. Elle est aussi déficitaire depuis son inauguration. En principe, l’histoire sert à apprendre des erreurs des autres. Mais le président Bouteflika semble ignorer les leçons de l’histoire. En effet, le moment est vraiment mal choisi, car les finances algériennes ne sont pas au beau fixe. La construction de la mosquée intervient dans un contexte de crise financière et économique où, au premier semestre 2009, les revenus ont baissé de 21% et les quantités exportées ont reculé de 52,6%. Une catastrophe lorsque l’on connaît la dépendance de l’économie algérienne aux recettes pétrolières surtout que dans le même temps, les dépenses budgétaires globales ont connu une hausse estimée à 9,5% durant le premier semestre, ce qui creusera davantage le déficit budgétaire de l’Etat.

    Rappelons que lorsque l’Algérie avait subi le contre-choc pétrolier de 1986, elle a été obligée de s’endetter afin de terminer la réalisation des projets choisis à un moment où les cours étaient élevés. L’histoire se reproduirait-elle ? Deux scénarios sont possibles suite à une baisse prolongée des cours pétroliers : soit le gouvernement algérien s’endettera ou puisera dans ses réserves de change pour achever les projets déjà commencés, soit il renoncera à certains projets pour financer les plus prioritaires. Dans les deux cas, le projet de mosquée mérite-t-il d’être retenu ? Certains répondront qu’il permettra de créer des emplois. Certes, mais ces emplois que l’on voit sont éphémères puisqu’ils disparaîtront à la fin du chantier. En revanche, ce que l’on ne voit pas, ce sont toutes les autres opportunités sacrifiées : les lits d’hôpitaux, les écoles, les usines… prioritaires pour les Algériens. D’autres diront que ça permettra de stimuler le tourisme. Pas autant qu’on le croit, car il faudrait savoir que la tendance actuelle est au tourisme culturel où les touristes ne se contentent pas de visiter les monuments, mais exigent une animation culturelle (festivals, manifestations culturelles et sportives). Si la mosquée ne se justifie ni sur le plan économique ni sur le plan social et encore moins sur le plan religieux (l’Islam ne tolérant pas le faste), reste une seule hypothèse : Bouteflika voudrait-il sa mégamosquée pour être cité dans les manuels d’histoire et puis au passage avoir un leadership symbolique au Maghreb en ayant la plus grande mosquée ? Triste leadership alors que nos citoyens attendent de leurs dirigeants de rivaliser d’ingéniosité, au lieu de gigantisme, afin de les sortir de l’immobilisme intellectuel, politique, économique et social dans lequel ils se sentent englués.

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