Mercredi 10 Mars 2010 -- La Journée internationale de la femme a été mise à profit cette année par l’ambassade du Canada à Alger, pour prêcher à la femme musulmane en général, et algérienne en particulier, ce qu’elle qualifie d’«approche pluraliste» sur ce que doit être aujourd’hui la femme en islam. Une approche qui s’impose, du fait que, mondialisation oblige, «nous sommes aujourd’hui dans un monde d’interdépendance», selon le Pr Patrice Brodeur, qui a présenté à l’occasion une conférence ayant pour thème «femme et islam» en présence de plusieurs ambassadeurs européens à Alger, dont celui de Suisse et d’Angleterre. «Ma mission en Algérie a pour objectif d’expliquer la question du statut de la femme en islam dans une approche qui se veut pluraliste, de reconnaissance que nous sommes dans un monde d’interdépendance aujourd’hui, entre autres, à cause de la mondialisation», a souligné le Pr Brodeur, titulaire de la chaire de recherche «Islam, pluralisme et globalisation» à l’université de Montréal.

À ses yeux, «les regards externes sur la femme en islam sont importants à partager en milieu à majorité musulmane comme en Algérie, pour qu’il y ait un réel dialogue intercivilisationnel, désormais essentiel ». Mettant, de prime abord, en avant sa «subjectivité multiple, mais non orientaliste» dans le traitement de cette question importante, le Pr Brodeur ne peut nier cependant que «(ses) perspectives sont externes», et donc «limitées par définition». Mais, il estime toutefois qu’«il devrait y avoir une certaine complémentarité entre des perspectives internes et externes, un échange mutuel». À ce titre, le professeur recommande de «décrier toute forme de discours exclusif dont les discours intégristes de part et d’autre».

Le Pr Brodeur explique que de par ces discours, les Occidentaux et les musulmans «jouent au jeu de miroirs, les uns par rapport aux autres ; ils s’autojustifient». Selon lui, la présence d’un discours «laïc exclusif», donc islamophobe, est à décrier». Partant, il ne manque pas de dénoncer le dernier référendum des Suisses sur les minarets. «Dommage que la population ait voté pour, et ce, malgré que les grands partis politiques suisses s’y sont opposés». Pour le Pr Brodeur, le fossé qui sépare les politiques et la population suisses en général, «prouve le fait qu’on doit travailler à différents niveaux dans cette société, tant au niveau populaire que gouvernemental». Ce travail, enchaîne-t-il, doit s’effectuer avec des milliers de partisans, d’organisateurs. «Qu’on s’y mette ensemble, musulmans et non musulmans. Il est temps de changer les mentalités.»