Samedi 18 Décembre 2010 -- À l’instar des pays musulmans, les Algériens ont célébré jeudi Achoura, correspondant au dixième jour de mouharam, premier mois de l’année hégirienne. Entre tradition prophétique et culture, le jour de l’Achoura est vécu différemment dans chaque coin de l’Algérie. Jeûne, fête ou commémoration, ce sont les points communs à toutes les régions. Achoura est en effet une occasion pour réunir toute la famille autour d’un repas après une journée de jeûne. Au centre du pays, notamment dans la capitale, la femme algéroise prépare la rechta (nouilles faites maison) accompagnée d’un poulet et assaisonnée d’une sauce blanche à la cannelle. Une recette typiquement algéroise préparée souvent pour certaines fêtes religieuses telles que Achoura. La table est aussi ornée de salades et de hors-d’œuvre, mais aussi de fruits et de limonade qui clôturent le repas. Après le ftour, la famille algéroise se réunit autour d’une table de sucreries : thé, gâteaux traditionnels, fruits secs, friandises, etc. «C’est une occasion de se réunir en famille et de partager des réjouissances gourmandes autour d’une table bien garnie», nous dit une femme au foyer, maman de deux bambins. À Constantine, la célébration de Achoura est marquée par la préparation de repas spéciaux qui réunissent tous les membres de la famille autour d’une meïda. En effet, Le charme de Achoura dans cette ville réside dans les préparatifs qui commencent quelques jours plus tôt, où une ambiance assez spéciale s’installe dans l’ensemble des marchés de la ville. La plupart des commerçants constantinois, notamment les vendeurs des fruits secs, réservent des étals entiers à la fameuse kachkcha, un mélange d’amandes, de noix, de dattes et de bonbons. La famille oranaise, quant à elle, fête traditionnellement cet événement religieux par la préparation du trid, un plat typiquement local préparé à base de pâte finement découpée puis noyée dans un bouillon de légumes et de viande généralement blanche. «Achoura est une occasion pour des retrouvailles familiales au-delà de son aspect religieux. Chaque année, toute la famille se réunit dans la maison de nos parents autour d’un plat de trid», raconte Hamid, père de trois enfants.

Il convient toutefois de préciser que ces traditions ont tendance à se perdre au fil des années, vidées de leur sens parfois par l’ignorance même de l’occasion célébrée. Ainsi, et pour quelques familles citadines, Achoura n’est que le prétexte pour préparer un plat traditionnel autour duquel se réuniront ses membres. Pour d’autres, ce n’est qu’un jour chômé et payé, idéal pour la grasse matinée et les sorties à l’air libre. «Je sais que Achoura est une fête religieuse où beaucoup de musulmans observent le jeûne. Mais j’ignore pourquoi elle est célébrée», nous avoue Amine, étudiant à l’UTSHB. Ce à quoi nous lui rétorquons : «Achoura nous fait rappeler le jour où sidna Moussa (Moïse) a délivré le peuple d’Israël du joug de Pharaon d’Egypte. C’est un jour sacré pour nous, les musulmans, car Moïse est aussi un des envoyés de Dieu.» Dans le Sud algérien, plus particulièrement chez les Touareg, cette fête est célébrée par des chants fredonnés à la gloire de Dieu et de son Prophète Mohamed (QSSSL). Des groupes de chanteurs retracent, à travers leurs danses et gestes, la fierté de leurs origines guerrières. La commémoration est aussi marquée par les costumes traditionnels que portent l’homme et la femme targuis ainsi que les bijoux qui ornent leurs costumes. «C’est une occasion unique et authentique pour découvrir le monde mystérieux des Touareg», nous dit Nacer, un étudiant du Sud algérien installé dans la capitale. En effet, cette fête se prolonge tard dans la soirée par des parades de danse où les hommes se livrent un combat en croisant leurs épées. «Ce spectacle attire de nombreuses personnes qui bravent le froid pour y assister», ajoute Nacer.

L’origine du jeûne de l’Achoura

Beaucoup d’Algériens observent le jeûne le jour de Achoura mais ignorent la cause qui a poussé les musulmans à jeûner. Par ailleurs Muslim relate dans son Sahih que lorsque le Prophète a dû fuir l’adversité des Arabes de la Mecque pour se réfugier à Médine en 622, il y trouva une communauté juive qui observait un jour de jeûne. Curieux de la pratique des autres croyants, le Prophète interrogea les Juifs. Ils lui expliquèrent que Dieu a prescrit un jour de jeûne à Moïse pour célébrer la libération de leur ennemi, Pharaon d’Egypte. Selon la tradition musulmane, la réponse du Prophète fut : «Nous avons plus de droits et sommes plus proches de Moïse que vous». À compter de ce jour-là, le Prophète Mohamed (QSSSL) observa ce jeûne prescrit aux Juifs. Sous le calife Oumar, lorsque le calendrier musulman fut instauré, ce jour de jeûne coïncida avec le dixième jour (Achoura) du premier mois (mouharam). Dans son recueil de hadiths, le célèbre Muslim mentionne une déclaration d’intention du Prophète à propos du mois de mouharam : «Si je vis jusqu’à l’année prochaine, j’observerai deux jours de jeûne, à savoir le neuvième et dixième jours». Le Prophète n’aura pas l’occasion de traduire son intention en pratique. Mais sa déclaration fait du neuvième jour de mouharam un jour de jeûne pour les musulmans. Certains commentateurs interprètent la décision du Prophète comme une volonté de laisser un culte pur et authentique. En effet, les débuts du jeûne de Achoura comportaient des risques de confusion entre les pratiques musulmane et juive dans la mesure où toutes les deux se réfèrent à un même événement. Par ailleurs, les musulmans du monde entier observent ce jeûne de début d’année dont les mérites sont grands. Muslim rapporte ainsi une prière du Prophète aâlay’hi essalem demandant à Dieu d’accepter son jeûne de Achoura pour expier les péchés de l’année qui vient de s’écouler.