Dimanche 2 novembre 2008 -- Habib Draoua est décédé le mercredi 29 octobre 2008 à l’âge de 94 ans. Ce technicien exilé en Tunisie était le doyen des footballeurs algériens qui se sont illustrés durant les décennies 1930- 40. De son vrai nom Hadj Habib Derbouz Draoua, au quartier d’El-Hamri, il vivait en reclus chez lui après être tombé malade. Le regretté Draoua a eu une grande carrière footballistique et politique durant la période d’avant la Révolution. On ne peut s’empêcher d’évoquer sa carrière sportive, des ses qualités humaines. Son parcours fut très riche en événements marquants. Très jeune, Habib, très doué, s’est fait remarquer par l'homme à tout faire, véritable tête pensante de l'USMO, à savoir Sadek Boumaza. C’est dans le terrain vague Dara, à Medina J’dida, actuellement Palais des expositions et des sports, où se sont épanouis tant de joueurs, que Draoua a tapé pour la première dans un ballon. Son passage dans les différentes catégories s'effectuera sans anicroche jusqu'en seniors parmi lesquels il est titularisé à l'âge de 20 ans. L'environnement était des plus favorable. Il y avait le grand keeper Aboukebir Baghdad, Kader Firoud (Nîmes) et autres Gnaoui, ses coéquipiers du club, l’USMO, qui s'est affirmé comme le meilleur de l'Ouest algérien de l'Afrique du Nord par rapport aux SCBA, le CDJ, le CALO, le GCO, l'AGSM, l'ISM et l'AS Marine Oran mais aussi OHD ASSE.

Animé par une volonté farouche, Draoua progressa très vite et sa renommée dépassera les frontières. Aussi, des dirigeants du Havre l’ont rencontré et engagé dans leur effectif mais ses parents, trop protecteurs, ne voulaient pas à se séparer de leur enfant. Le jeune Habib a dû batailler pour obtenir le feu vert de ses géniteurs. En retour, avec l’argent de la prime de signature, il leur acheta une grande maison où il résida jusqu’à son décès. Habib Draoua débarqua au Havre où l'entraîneur le titularise au poste de demi. Il a eu à côtoyer plusieurs internationaux européens, comme Jasseron (France), Vita (Autriche), Schelgel et Tiguéro (Suisse) qui assureront l’accession à l’équipe où Draoua joua un rôle déterminant. Arrive la fin de la guerre en 1945, habitant en Tunisie où il exercera la fonction d’entraîneur joueur, il sera mobilisé et affecté à Bizerte (Tunisie). Les dirigeants de l'ES Tunis l’engageront, ce qui leur permit de ravir le titre en 1939 avant d'être concurrencé par les ténors tels le CA Bizertin, Club africain et CS Hammam-Lif. Agé de 32 ans (en 1946), alors qu’il était au Stade tunisien comme entraîneur, il fait accéder le club et restera cinq ans avant de passer au CS Hammam-Lif où il connaîtra d’autres succès (doublé coupe-championnat). Ainsi bardé de titres, il fut nommé coach de l'Equipe nationale de Tunisie et restera pendant quinze ans à ce poste. Il avait eu sous sa coupe les Manoubi, Kanoun, Chetali, Brahim Kerrit, Henia, Habacha, Sassi, Attouga et même Zerga (qui a rejoint le MCA après 1962). Un beau parcours en vérité.

En Algérie, il entraîna les deux clubs phare d’Oran, ASMO et MCO, durant les décennies 60-70. Il vivra en ermite suite à une maladie, telle une caricature encadrée d’un dessinateur de talent calqué sous la silhouette de Charlie Chaplin. Il était du genre fataliste et préférait se taire, quitte à perdre ses intérêts comme s’il était le roi des muets ! Saïd Amara, le connaissait plus que tout le monde, dira de lui : «Hadj Habib a toujours été victime de sa modestie et de l'oubli des grands actes qui marquent l'Histoire. L'équipe du FLN se demandait ce qu'elle allait devenir. Il a fallu l'intervention de Hadj Draoua auprès des hauts responsables tunisiens, notamment le président Bourguiba, pour expliciter l'utilité des matches opposant les clubs tunisiens à l'Equipe FLN. Sensibiliser les Tunisiens en leur faisant prendre des risques d’engagement politique et moral en restant en rupture avec la FIFA.». En avril 1957, il était l’entraîneur de la première équipe algérienne amateurs, avant d'être le directeur technique de l'équipe de l'ALN avec Benelfoul (un gars de Médéa), alors que son apport à l'équipe du FLN est attesté par de nombreux témoignages. C'est lui qui a porté le drapeau algérien aux Jeux panarabes de 1957 à Beyrouth au prix d'une saga trop longue à raconter. C'est un événement historique attesté par des documents et des photos. Il a toujours été en paix avec lui-même, laissant aux autres le soin de reconnaître tous ses actes que lui dictait sa conscience d'homme d'une probité absolue.

L’oublié des jubilés

En Algérie, nombre de footballeurs ont eu leurs jubilés alors que beaucoup d'anciennes gloires comme lui ont été oubliées. Ainsi, il a fallu qu’il ait 94 ans, en janvier 2008, pour que l’association El-Badissia d’El- Hamri organise un jubilé à son nom où tous ses amis et connaissances étaient venus pour l’honorer de leur présence. Les Tunisiens, eux, n'ont pas commis cet impair malgré les années et l'éloignement et l’ont invité plusieurs fois chez eux.