Lundi 10 Mai 2010 -- Les années passent et les travaux de réaménagement du stade des Martyrs d’Akbou s’éternisent. Considéré comme un symbole pour les générations anciennes, il ne reste aujourd’hui de ce stade, que le nom. il est devenu un terrain en jachère à cause du laisser-aller. Lancés en 2004 par l’agence foncière locale, les travaux du terrain de football de la ville stagnent. Des générations grandissent en voyant le chantier sans pouvoir l’utiliser. Initialement, le devis de l’aménagement du stade était estimé à 54 milliards de centimes. Aujourd’hui, la réévaluation de son enveloppe a atteint au moins 50 % de son budget initial. Une partie des travaux (tribunes Sud, Ouest, la moitié Nord et la totalité Est) ont été réalisés. Seulement, les travaux effectués jusque-là sont une superposition d’erreurs techniques et un gaspillage d’argent, selon les experts. En effet, le bloc multifonction doit être détruit en grande partie, voire dans sa totalité, selon les conclusions des services techniques qui n’ont pas encore délivré le certificat de conformité au maître d’ouvrage. Autrement dit, le bloc qui devait contenir cinq étages à l’origine a été réduit à trois niveaux à cause de plusieurs anomalies techniques, avant que d’autres réserves ne soient encore émises sur le reste du bloc, sur le plan notamment des normes antisismiques. Sa destruction est imminente, nous dit-on, car le bloc en question ne pourra pas supporter les contrecoups.

Les travaux à l’arrêt depuis plus de 2 mois

Un gardien du chantier que nous avons approché nous a confirmé l’arrêt des travaux. «Les travaux sont suspendus depuis plus de deux mois et je ne sais pas s’ils vont reprendre ou non», nous a-t-il confié. Notons qu’une étude technique a été réalisée par l’APC, car cette institution veut prendre les choses en main. Cette étude a conclu que «l’édifice n’a pas été construit selon les normes et, pour être homologué, il faut raser ce qui a été déjà construit, ou tout au moins, une grande partie du bloc, car les règles en la matière ont été tout simplement ignorées», nous dit le vice-président de l’APC, M. Mourad Béchir. Notre interlocuteur a ajouté que le wali avait été saisi pour que l’APC prenne en charge les travaux et «il a été sensible à notre souhait de prendre les choses en main et de refaire les travaux pour faire bénéficier les nombreux clubs sportifs de la commune et de la région». S’agissant des travaux mal faits, une commission a été même dépêchée il y a un peu plus d’un mois par le wali afin de rédiger un rapport sur les travaux déjà effectués. La commission a émis les mêmes conclusions que celles des services techniques de l’APC. Après cela, le wali, M. Bedrici, a ordonné l’arrêt des travaux du bloc multifonctionnel et le projet est transféré à l’APC comme prévu avec la promesse que l’aménagement de la pelouse sera pris en charge par la wilaya avec son inscription en 2011 avec une enveloppe de 7,5 milliards de centimes. «Le wali a soutenu notre APC», a dit notre interlocuteur qui a affirmé que «l’APC a déjà débloqué 5 milliards de centimes pour ces travaux en 2008 et cette somme est toujours disponible pour relancer les travaux en attendant la fin de l’étude qui va nous fixer définitivement sur la question».

Où est l’argent de la vente des locaux commerciaux du stade ?

Cela n’est que la partie visible de l’iceberg : les locaux à usage commercial vendus sur plans sont déjà utilisés par leurs propriétaires, ce qui soulève des interrogations légitimes de la vox populi à Akbou. «Comment se fait-il que les locaux sont déjà achevés et livrés sans qu’on ne trouve à redire sur les normes de leur construction alors que le reste des infrastructures est toujours en souffrance ?», s’interroge la rue akboucienne. À la base, les locaux ont été cédés par l’agence foncière locale à environ 200 millions de centimes ou un peu plus l’unité. Des gens ont réalisé des affaires en les revendant entre 700 et 800 millions de centimes pour ceux situés au rez-de-chaussée et entre 350 et 400 millions pour ceux du 1er étage, nous a déclaré un commerçant tenant un magasin au rez-de-chaussée. Pour M. Béchir, «le problème ne se pose pas de cette façon, car l’agence foncière est un organisme commercial et l’argent des locaux devait servir à la réalisation des autres parties du projet». À propos justement de l’argent de la vente de ces locaux, notre interlocuteur a dit que l’APC a saisi l’agence foncière et que celle-ci n’a pas encore répondu. Où est donc l’argent collecté des ventes des locaux ? Quelle est la somme collectée de ces ventes et à quoi a-t-elle servi ? Si toute la cagnotte a servi à la réalisation du bloc multifonctionnel, pourquoi l’agence foncière refuse-t-elle toujours de répondre à l’APC sur la question ? Veut-on cacher un trou financier ? Une foule de questions que se pose le commun des citoyens et auxquelles devraient faire face l’APC qui va reprendre les travaux en déboursant plus de 25 milliards de centimes pour les mener à terme. Or, l’APC refuse de payer les travaux de réaménagement du bloc multifonctionnel sans être fixée sur l’argent récolté des ventes des locaux. D’autant plus que cette infrastructure, qui devrait abriter des vestiaires, une cafétéria et d’autres services, ne répond nullement aux normes de construction et avait été réalisée à moindre coût.

À côté de tous ces problèmes qui ont empêché le réaménagement du stade des Martyrs d’Akbou, des rumeurs font état de convoitises sur l’assiette foncière de ce terrain. On susurre que la ville d’Akbou, le deuxième grand centre urbain de la wilaya de Béjaïa et qui pourrait être élevé au rang de wilaya déléguée, pourrait utiliser le terrain en question pour y bâtir l’édifice devant accueillir la nouvelle administration. «Les Akbouciens sont partagés sur cette option», dit-on. «Nous avons eu vent de cette rumeur qui a circulé plusieurs mois», nous a déclaré un citoyen d’Akbou à qui nous avons posé la question. D’autres, comme les habitants du voisinage du stade, sont favorables à la construction d’une administration. Car, à leurs yeux, un stade à cet endroit gênerait beaucoup les habitants. «Des supporters lancent des obscénités et nous refusons que notre quartier soit transformé en un endroit où se côtoient les voyous», a-t-on entendu dire des personnes habitant en face dudit stade. Et ces derniers d’ajouter : «Le stade de Guedouza est opérationnel depuis longtemps et les sportifs ne se bousculent pas au portillon». En attendant, le terrain est transformé en vespasiennes et en un lieu pour des bandes de délinquants qui viennent fumer du kif et boire des cannettes de bière comme en témoignent les bouteilles vides jetées un peu partout. À titre d’information, le terrain sur lequel est bâti le stade des Martyrs d’Akbou appartenait dans le temps à la famille Akkouche, qui l’a remis à l’Etat quelques mois après l’indépendance. Le terrain peut témoigner de l’histoire du football dans cette deuxième grande ville de la wilaya. Son équipe légendaire, l’ancien Olympique d’Akbou, naquit en 1934, soit deux ans avant la JSM Béjaïa, selon M. Akkouche. Cependant, le club avait été lancé en 1936, a-t-il précisé pour mémoire.