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  1. #1
    Al-khiyal is online now Super Moderator
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    Larbi Beddar :


    Samedi 27 Février 2010 -- Ighil Ouantar, majestueux village d’un douar de la petite commune de M’cisna, dans la wilaya de Béjaïa, où vivent environ 5 000 âmes, est connu pour ses salines qui produisent du sel au profit de toute la région. Les habitants d’Ath Alloune, comme on les appelle ici, sont connus pour leur grande hospitalité et éprouvent un réel plaisir à vous parler de Thamallahth (les Salines). Le visiteur qui se rend pour la première fois dans ce village en plein hiver comprendra vite pourquoi des hommes et des femmes ont choisi de s’établir dans cette région aux panoramas splendides, reflet de toute la beauté de la Kabylie. Une nature toutefois altérée par la dureté de la vie dans ces collines oubliées, où les populations vivent dans un grand dénuement. Pour rejoindre ce hameau qui apparaît au loin comme une citadelle au milieu d’une enclave naturelle, le visiteur emprunte la route communale reliant Seddouk à M’cisna. Une route serpentée et très étroite, permettant difficilement à deux véhicules de se croiser. Néanmoins, la chaussée a été récemment rénovée. Les dernières maisons de la cité Bouhia de la ville de Seddouk franchies, apparaît un immense plateau composé de parcelles de terre bien travaillées, qui attire le regard de tout visiteur aimant la nature dans toute pleine dimension. Une nature qui offre aux yeux des paysages enchanteurs à couper le souffle, où la faune et la flore sont en parfaite harmonie. C’est déjà la fin du mois de février et le soleil doux de la journée fait déjà penser à l’arrivée avant terme du printemps. Une saison qui s’annonce belle cette année, avec une végétation généreuse. Déjà les jachères et les bourgeons de céréales à peine sortis de terre annoncent la traditionnelle couleur verte. Une surface verdâtre qui peut à tout instant devenir noire, lorsqu’elle est envahie par une nuée d’étourneaux cherchant nourriture, suite à la raréfaction des olives. Pourchassés par un épervier, ils montent prestement en fortes grappes dans le ciel et forment des taches noires. Un décor sur lequel il est difficile de détacher le regard. Et ce n’est pas fini ! La route qui continue est bordée tantôt par des haies de cactus, tantôt par des lignées d’amandiers en frondaison dont les couleurs multicolores sont agréables à contempler. Les feuilles vertes et les fleurs blanches en éclosion laissent jaillir un nectar marron qui attire des abeilles bourdonnantes sorties de leur hibernation hivernale pour butiner. À ce décor fabuleux et irrésistible s’ajoutent les mimosas qui font aussi leur apparition sous les figuiers, des arbres vénérés montrant des signes de frondaison précoce.

    C’est au piémont d’une colline que le plat cède la place au relief accidenté ou pas un pouce n’est laissé à l’état vierge. Toute la surface est plantée d’oliviers. Des jeunes sortent des oliveraies, avec dans les mains des étourneaux et des grives qu’ils récupèrent des pièges tendus sous des oliviers. Il faut dire aussi que les habitants vivant dans ces zones montagneuses tirent un maximum de nourriture de la flore et de la faune. Les passereaux migrateurs fuyant la rudesse de l’hiver d’Europe arrivent dans notre pays au mois d’octobre. Après s’être gavés d’olives noires durant les trois mois d’hiver, au printemps ils repartent chez eux. Chemin faisant, les yeux succombent au charme éblouissant d’une petite pinède en régénération qui s’étale sur toute la colline. «La neige de l’année 2005 a fait des ravages. Elle a endommagé la quasi-totalité des arbres. Il aurait fallu engager une entreprise, qui a tout nettoyé, pour voir la résurgence de jeunes arbustes. L’année dernière aussi, cette pinède a échappé de justesse à un incendie qui s’était déclaré tout en bas. Elle a dû son salut à la mobilisation des citoyens qui ont éteint le feu avant l’arrivée même des pompiers. Il faut dire aussi qu’elle mérite autant de soins car c’est un havre de paix prisé par les familles pour la détente. Elles viennent généralement les week-ends pour un pique-nique sous les arbres. On y est bercé par les chants des oiseaux. Nous surveillons les prédateurs qui volent le bois et les randonneurs qui polluent l’endroit en laissant les détritus une fois la villégiature terminée», nous a confié un garde forestier. On n’est pas loin du village sidi Saïd, un petit hameau qui n’a de chef-lieu que le nom. Deux ou trois magasins, un café et un siège de mairie portant encore les stigmates de la furie des jeunes qui l’ont incendié en août dernier. La route menant du chef lieu au village Ighil Ouantar n’a pas été rénovée depuis fort longtemps. Et Nabil, un transporteur de voyageurs assurant la desserte Seddouk-Ighil Ouantar de nous confier : «On a beau réclamé un projet d’aménagement de la route principale, nos doléances semblent toujours tomber dans l’oreille d’un sourd. Nous sommes 14 transporteurs de voyageurs à faire la navette sur cette route. C’est d’ailleurs tout le réseau routier de ce village qui est dans un mauvais état. Et même les pistes agricoles manquent d’entretien.» Au bord de cette route en pente est érigée la cabane de Sidi Oubenour, un saint local vénéré par la population, en témoigne les traces d’encens et de cire de bougie sur les murs. Bien que distant d’environ 5 kilomètres, le chef-lieu est rattachée à ce village par des résidences construites sur aux abords de la route. C’est au détour d’un virage anodin qu’apparaît, enfin, la forteresse avec le minaret de la mosquée, émergeant comme le donjon d’un château alsacien.

  2. #2
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    continued.....

    Le sel de Thamallahth

    Pour y parvenir une seule piste mène à l’endroit magique. En effet, de la route, on peut contempler sur le côté droit de la rivière une source jaillissant des entrailles de la terre. Une eau au goût salé. C’est Tamallahth, dont l’eau est canalisée jusqu’à grand bassin traditionnel. À coté de se grand bassin se trouve une baraque ancienne tenant encore le coup malgré les vicissitudes du temps. «Je me souviens jadis, de la légendaire fête traditionnelle qu’organisaient chaque année les villageois. On égorgeait un bœuf, on faisait du couscous servi sur place à tous les villageois», raconte riverain. Sur les mêmes lieux, sur un petit plateau de fortune, sont érigés une vingtaine de petits bassins de 30 cm de profondeur chacun. Des bassins faits sur la base d’une terre argileuse de couleur ocre qui les rend imperméables. Un vieillard, qui se souvient parfaitement du temps passé, raconte : «Thamalahth était autrefois la mamelle nourricière de toute la population du village. Elle est partagée entre des familles qui ont chacune 10 jours d’exploitation. La technique est simple. On déverse dans les bassins une eau qu’on laisse se reposer pendant 10 jours. Le temps que l’eau s’évapore et le sel se cristallise. Commence alors la récolte du sel formé. Comme premier choix, la première couche composée de sel fin est appelée «la fleur». La deuxième couche composée de sel de gros calibre constitue le second choix. Enfin la troisième couche, c’est-à-dire celle se trouvant au fond du bassin, mélangée à la vase, est généralement jetée. Le sel est produit en été mais vendu toute l’année. Une fois la récolte engrangée, arrivent des caravaniers qui négocient le prix avant de charger les mulets. En d’autres termes, beaucoup de villageois préfèrent écouler eux-mêmes leur production. Le sel était tronqué contre d’autres produits ou vendu. Ils chargent les mulets et sillonnent les villages de la région ou s’installent dans des marchés locaux. Aujourd’hui, il ne reste plus rien de tout cela. Concurrencé par le sel fabriqué à l’usine qui contient de l’iode, le nôtre, qui n’en contient pas, provoque le goitre. Voilà la raison qui a fait que les villageois ont abandonné Thamalahth pour aller monnayer leur force de travail ailleurs. Certains sont partis vers les grandes villes du pays et d’autres à l’étranger. Seuls quelques-uns restent encore attachés à ce produit millénaire et ancestral et continuent encore à faire revivre Thamalahth.»

    Là-haut sur la montagne, Ighil Ouantar

    Mais Ighil Ouantar demeure une région agricole par excellence. Outre les produits maraîchers cultivés sur une plaine irriguée, l’olivier et le figuier sont deux arbres fétiches qui occupent une place de choix. Ils occupent les terrains accidentés, constituant 80 % des terres agricoles. Erigé sur une colline, il domine toute la haute vallée de la Soummam et le plateau de Seddouk. Selon un vieillard, que nous avons rencontré, le village est doté de quelques infrastructures à même de répondre aux attentes des habitants, bien que cela soit insuffisant. «Deux écoles primaires fonctionnent encore mais nous souhaitons avoir notre CEM, ce qui éviterait à nos collégiens d’aller étudier au chef-lieu. Pour la couverture sanitaire, certes nous avons une infirmerie gérée par un infirmier et un médecin généraliste qui assure des consultations deux jours par semaine. Mais les autres jours, les malades doivent aller ailleurs pour se faire soigner. Pour cela, la présence du médecin durant les six jours ouvrables de la semaine est vivement souhaitée par la population. La poste, créée récemment, ne rend pas grand service à la population. L’absence de téléphone fixe entrave l’installation d’une visionneuse, ce qui fait que pour un avoir ou pour un retrait par chèque CCP, les usagers se rendent à la poste de Sidi Saïd. Et elle n’est pas approvisionnée régulièrement en argent. Quoi que l’on dise, ceux qui supportent le plus le fardeau du sous-développement ne sont autres que nos jeunes. Au chômage endémique s’ajoute le manque criant d’infrastructures de loisirs. Là aussi, nous voudrions avoir un terrain de sport pour voir nos enfants arpenter balle au pied une pelouse digne de ce nom, au lieu de continuer à jouer sur la chaussée. Comme nous voudrions aussi avoir une maison de jeunes pour leurs activités culturelles, une bibliothèque ou un cybercafé pour qu’ils développent davantage leur savoir», nous a fait remarquer le sexagénaire. La vie est belle dans ce village perdu en haut de la montagne et qui côtoie la modernité sans oublier son passé.

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