Beaucoup d’entre elles en sont victimes chaque année :
Les étudiantes face au harcèlement sexuel
par Zineb A. Maiche
Jeudi 14 février 2008 -- Tout juste sorties de l’adolescence, fraîchement diplômées, les jeunes filles entrent à l’université à l’âge où l’insouciance stigmatise le visage d’une béatitude légendaire. Avoir 20 ans sur les bancs de l’université, refaire le monde entre deux cours, planifier son avenir qu’aucun voile ne saurait assombrir, sont le lot de milliers de jeunes filles et de jeunes hommes empressés d’obtenir leur diplôme. Les jeunes filles partent confiantes et décidées à en découdre une bonne fois pour toutes avec le sacro-saint cliché culturel qui les gratifie derrière un fourneau. Certaines ressortiront de ces années d’assouvissement intellectuel avec un sentiment de grandeur et l’intime conviction que tout reste encore à entreprendre. D’autres auront trébuché maladroitement sur ce qu’elles nommeront un accident de parcours, une parenthèse. Au cours de ces quatre années d’intense combat, elles seront confrontées à l’idée pernicieuse qu’avant d’être des étudiantes, des cervelles en jachère prêtes à absorber quantité de données, elles sont avant tout des femmes que leur discours matheux ou philosophe n’aura pas su cacher. Jeunes, étourdies et insouciantes, elles seront l’objet de convoitise, de désir de la part de leurs camarades, mais également de leurs enseignants. Certains, peu scrupuleux, useront de leurs positions pour assouvir leur instinct de domination, allant jusqu’à demander des faveurs en échange d’une bonne note.
Vulnérables victimes
« Il était réputé pour draguer les filles, tout le monde savait qu’il s’intéressait aux étudiantes. J’ai pris le parti de suivre mes cours chez lui sans porter grande attention à ce qui se disait à son propos », raconte Nora. Les yeux hagards, elle se souvient de cette mésaventure qui lui aura tout de même coûté une année de sa vie. Aujourd’hui, Nora est resplendissante. Active dans le secteur de la communication dans une entreprise de renommée internationale, elle n’a plus rien à voir avec cette jeune fille frêle et naïve. Le monde du travail l’a rodée aux entourloupes et manigances, mais cette année, où son enseignant lui avait fait comprendre qu’une bonne note était si facilement obtenue, aura donné un goût amer et âpre à ses études. « C’était mon professeur de civilisation et sciences…Tandis que la plupart des autres cours étaient suivis par environ une trentaine d’élève, le sien n’avait pas un grand nombre d’assidus. Tout au plus une dizaine. Je me dis, avec le recul, qu’il existait des signes précurseurs dont je n’ai pas tenu compte, mais qui étaient révélateurs... En effet, il n’hésitait pas à dire des grossièretés ou à parler d’érotisme. D’ailleurs, ses cours étaient boudés par les garçons », poursuit Nora. Ses longs cheveux, tombant sur ses épaules, accentuent l’innocence de son discours et cette plongée temporelle dans ce qui fut vécu par elle, comme une escarmouche du destin, courbe sa bouche dans un accent de mépris. Le recul et les années donnent de la hauteur à Nora et ses yeux, soulignés de k’hôl, se durcissent à l’évocation de certains détails sordides. « Il m’a appelé à la fin d’un cours et m’a félicitée pour ma note. Il m’a cependant reproché de ne pas savoir construire mon discours et m’a invité à m’en rendre compte chez lui à Sidi Fredj. Je n’ai rien répondu, je suis restée sans voix », hoquette Nora. Son enseignant avoisinait les 60 ans. Nora ne partira pas à Sidi Fredj au grand dam de son professeur qui aurait tant aimé lui enseigner l’art de construire une idée. Ecœurée et injustement honteuse, elle ne partira plus à ses cours, mais s’assurera de les rattraper avec l’aide de ses camarades. Elle obtiendra cependant une note éliminatoire qui la contraindra à refaire son année, elle qui n’avait jamais doublé. Elle n’aura pas été soutenue, parce qu’à l’époque, elle n’avait raconté cela à personne. D’ailleurs, l’idée ne lui serait pas venue, sachant à l’avance que la responsabilité lui aurait été imputée. « Elle l’a aguiché (…) elle l’a bien cherché avec ses tenues provocantes... », reproduit Nora mimant les mauvaises langues de la faculté de Bouzaréah.
Des sueurs froides
« C’est un problème de société qui n’est pas propre à l’université. Je ne peux que condamner », avance M. Boukaroura, ex-coordinateur national du CNES et enseignant en mathématiques à l’université de Sétif. Le professeur n’est pas surpris d’entendre parler de harcèlement sexuel et reconnaît qu’on lui en a fait part dans son cercle familial et à l’université. « Nous n’en parlons pas suffisamment, parce que cela est tabou au même titre que la pédophilie. Mais je constate que ce silence ne fait qu’enliser le problème au point où la femme doit affronter seule la pression sexuelle de l’homme. Je n’ai aucun problème pour en parler. Je trouve que l’université doit débattre du problème du harcèlement sexuel, mais il faut surtout redonner à la femme les moyens de se défendre », ajoute l’ex-coordinateur. La femme, dès le moment où elle sort du cercle familial, n’est, semble-t-il, plus protégée et les atteintes qui peuvent être portées à son intégrité morale ou physique sont autant de coups d’épée dans l’eau. A l’université où l’essentiel des étudiantes, qui ne sont pas conscientes des désirs qu’elles provoquent, mais également des droits que la loi leur confère, démarrent leurs études en étant particulièrement démunies.
Parfois, la solidarité qui pourrait servir d’étau à l’enseignant harceleur ne joue plus son rôle dès lors que les étudiantes harcelées sont lâchées par leur « consœurs », quand le dénigrement n’est pas totalement de mise. « J’ai tenté de joindre à ma cause des jeunes filles qui étudiaient avec moi et dont j’avais entendu parler de leurs mésaventures. On m’avait raconté qu’elles avaient été approchées par notre professeur de droit à Ben Aknoun, mais lorsque je les ai questionnées, elles ont toutes les deux démenti et m’ont complètement tourné le dos », argumente Nadjia qui a fini ses études et obtenu sa capacité en droit. Ses cheveux sont cachés par un foulard qu’elle a tressé autour de sa tête, version libanaise. Maquillée légèrement, ses yeux en amande vont de gauche à droite comme pour veiller à ne pas être entendu. Elle n’a pas trop mal vécu la tentative de son professeur au point où dans son esprit les choses ont été totalement banalisées. Elle récite ce passage de son existence comme s’il s’agissait uniquement d’une simple tentative de drague qui a tourné court. D’ailleurs, hormis le fait que son professeur ait été insistant, elle ne considère pas qu’elle ait été harcelée sexuellement. « Quand je lui est signifié que je n’étais pas intéressée, il ne s’est pas vengé sur ma note et j’ai poursuivi mes études le plus normalement du monde », explique-t-elle. Pourtant, elle reconnaît que cet épisode lui a donné des sueurs froides, qu’elle a longtemps hésité à lui donner une réponse définitive, préférant le laisser languir plutôt que de l’affronter et de se retrouver écartée du rang des élèves qui réussissent. Deux années après les faits, elle n’a ni rancœur ni haine vis-à-vis de celui qui lui a proposé de l’accompagner et de prendre des cours particuliers dans un appartement qu’il tenait de son frère à Tipaza. On pourrait presque penser qu’elle lui est reconnaissante de ne pas avoir mal réagi à son refus, comme les otages d’un hold-up remercient leur kidnappeur de leur avoir laissé la vie sauve. Syndrome de Stockholm ?
A. A. a bien tenté d’aider sa fille face à son enseignant, mais il a vite compris que c’était peine perdue. « La première fois, ma fille Houda n’a fait que demander sa copie. Je lui ai toujours appris à ne pas contester sa note mais à demander à voir sa copie. C’est exactement ce qu’elle a fait. Au début, on lui a signifié qu’elle n’avait pas composé. Elle a répliqué qu’elle avait émargé sur la feuille de présence et que tout ce qu’elle voulait savoir c’est où elle avait commis des fautes », raconte A. A. Son enseignant lui a assuré de ne pas s’en faire et qu’il y avait la séance de rattrapage de septembre. Mais en septembre, il lui donne une note éliminatoire et refuse toujours de lui remettre sa copie. Quand Houda insiste, il l’invite dans son bureau. Quand elle lui a signifié qu’elle viendrait plus tard avec sa copine, il lui a répondu « ce n’est pas la peine ». A.A. a téléphoné à un ami enseignant à l’université de Bab Ezzouar qui lui a déconseillé d’agir, car il serait confronté à l’esprit corporatiste. A.A. est père de trois jolies jeunes filles et a lui-même été enseignant un temps. Il se souvient que les confrères plus âgés formaient un groupe qui prodiguait aux nouveaux toutes les leçons d’éthique nécessaires pour enseigner. « Aujourd’hui, l’enseignement universitaire a beaucoup perdu entre l’émigration et le terrorisme. Ceux qui ont été recrutés proviennent d’autres secteurs et n’ont aucune idée des relations enseignants/étudiants ». Ce père de famille s’interroge sur le sort des jeunes filles venues de l’intérieur du pays pour étudier dans la capitale. Leur vulnérabilité est accentuée par l’éloignement et l’isolement. Conditions idoines pour le harceleur qui n’aura pas manqué de le constater.
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Thread: Harcèlement sexuel :
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15th February 2008 10:01 #1
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Harcèlement sexuel :
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15th February 2008 10:12 #2
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Zineb A. Maiche :
Jeudi 14 février 2008 -- Maître Hassen Djamel Belloula est avocat agréé près la Cour suprême et le Conseil d’Etat. Il nous éclaire juridiquement sur l’incrimination et apporte ses connaissances sur l’évolution du droit pour protéger les victimes de harcèlement sexuel.
Quelle est la définition du harcèlement sexuel dans le code pénal ?
Aux termes de l’article 341 bis du code pénal, « est réputé avoir commis l’infraction de harcèlement sexuel… toute personne qui abuse de l’autorité que lui confère sa fonction ou sa profession, en donnant à autrui des ordres, en proférant des menaces, en imposant des contraintes ou en exerçant des pressions, dans le but d’obtenir des faveurs de nature sexuelle ». Il faut tout d’abord préciser que cette disposition est récente. En effet, elle a été introduite par la loi du 20 décembre 2006, modifiant et complétant le code pénal. Concernant les éléments de l’infraction, le législateur étend le champ d’application à toute personne, et cette personne doit abuser de l’autorité que lui confère sa fonction ou sa profession. Au sujet de l’autorité : c’est le pouvoir de commander ou d’obliger à quelque chose. Exemple : le lien de subordination au sens hiérarchiquement inférieur. Mais c’est également l’influence et l’ascendant, comme par exemple l’enseignant sur son élève. Dans le premier cas, il est sous-entendu un lien entre le prévenu et sa victime, formalisé soit par un contrat, soit par un autre support écrit. Dans le deuxième cas, il n’est pas nécessaire d’avoir ce type de lien. Concernant la profession ou la fonction : la profession est une activité rémunératrice exercée habituellement par quelqu’un. La fonction est une activité imposée par un emploi ou une charge. Les derniers éléments constitutifs de l’infraction sont au choix : les ordres, menaces, contraintes ou pression dans le but d’obtenir des faveurs de nature sexuelle.
Le lien de subordination peut-il s’appliquer dans le cas où il s’agit d’une étudiante victime de son enseignant ?
La loi précise que l’auteur doit abuser de son autorité. L’autorité englobe le lien de subordination (au sens dépendance d’une personne à l’égard d’une autre ou au sens hiérarchiquement inférieur). Dans le cas d’une étudiante victime de son enseignant, on parlera d’autorité. Il s’agit, en effet, de l’autorité de l’enseignant sur son étudiante. L’enseignant abuse de son autorité, par exemple, en proférant des menaces (mauvaise note ou autres) en vue d’obtenir des faveurs de nature sexuelle.
Que doit faire une étudiante victime d’un harcèlement sexuel ?
Elle ne doit en aucun cas l’accepter, et ce, quel que soit le chantage exercé par l’enseignant. La première chose à faire est d’en parler avec une amie, parent, médecin ou autre. Le silence détruit plus que le harcèlement lui-même. Trop souvent, elle n’ose pas en parler. Elle peut déposer plainte. Comme pour toutes les infractions, il faut avoir des preuves à l’appui de sa plainte.
Il faut savoir qu’en matière délictuelle (comme c’est le cas pour le harcèlement sexuel), la personne poursuivie ne peut être condamnée que sur la base de preuves. (Témoin, écrit de l’auteur, enregistrement même si ce dernier n’est pas tout le temps admis comme mode de preuve, piéger l’enseignant, etc). Dans la pratique, l’étudiante peut se heurter à des difficultés, notamment en raison du contexte socioculturel de la société algérienne. Autrement dit, du regard de notre société sur la femme. Très souvent malheureusement, certains diront « que c’est de sa faute ou qu’elle l’a provoqué », les plus extrémistes « qu’elle devrait rester à la maison ». Cela ne constitue pas pour autant un motif pour ne pas porter plainte, car devant une juridiction, toute personne qui aura commis un tel délit sera condamnée, si les preuves sont indiscutables.
Que risque l’enseignant ?
Si l’enseignant est reconnu coupable sur la base de preuves, il peut être condamné à un emprisonnement de deux mois à un an et une amende de 50.000 à 200.000 DA.
Que peut faire un enseignant accusé de harcèlement sexuel ?
Normalement, l’accusation ne suffit pas à elle seule. Il faut des preuves. Mais il faut cependant attirer l’attention que, parfois, le principe de la « présomption d’innocence » est inversé et peut devenir « principe de culpabilité » et par conséquent risquer une condamnation. Autrement dit, il arrive souvent malheureusement que la personne poursuivie doit apporter la preuve de son innocence, alors que la charge de la culpabilité incombe aux autorités de poursuite. C’est pourquoi, pour ce type d’infraction sensible dans les deux sens, il faut privilégier la vigilance et la prudence. Mais dans tous les cas écouter une personne qui prétend être victime de harcèlement sexuel. Il faut l’entendre pour la protéger éventuellement et dans le même temps protéger la personne accusée, s’il ressort de la déclaration de la victime que ses accusations ne sont pas fondées. Il faut appliquer le principe ou la règle qui énonce « écouter, mais ne pas croire systématiquement ». Elle est souvent appliquée pour les enfants victimes de pédophilie. Autrement dit, on écoute, car la victime est vulnérable (enfant ou personne sous l’autorité de son agresseur), mais il faut examiner les preuves et non croire systématiquement, et ce, afin d’éviter des drames. Qu’il s’agisse de prendre ou de pas prendre au sérieux une accusation (victime) ou de ne pas apporter la preuve de cette dernière (personne accusée).
La définition juridique du harcèlement sexuel dans le code pénal n’a-t-elle pas un champ d’application restreint, compte tenu des réalités sociales ?
Je pense que le but poursuivi par le législateur à travers l’article 341 bis est de sanctionner l’abus d’autorité, en vue d’obtenir des faveurs sexuelles. Car, il faut avant toute chose, comme nous l’avons vu dans la définition ci-dessus, que la personne accusée ait abusé de son autorité. En droit, l’abus signifie outrepasser ses pouvoirs. Le législateur veut sanctionner toute personne qui abuse de son influence ou de son ascendant, sur une étudiante par exemple. En usant du terme « autorité » l’article 341 bis élargit le champ d’application. En effet, même en l’absence d’un lien de subordination (au sens hiérarchiquement inférieur), le délit de harcèlement sexuel peut être constitué. Il suffit d’avoir de l’autorité, de l’influence ou de l’ascendant. C’est ainsi qu’une étudiante peut déposer plainte contre son enseignant, alors qu’il n’existe pas de lien de subordination mais une autorité.
D’autre part, la loi précise que l’autorité est conférée soit par la profession, soit par la fonction. Là, également, le législateur a élargi le champ d’application, puisqu’il suffit d’avoir une charge et pas obligatoirement une profession (activité rémunératrice). Compte tenu du caractère récent de cette disposition, il n’existe pas de jurisprudence pour évaluer les limites éventuelles de celle-ci. C’est à travers le traitement de certains cas que la loi peut apparaître insuffisante ou limitée. D’autant qu’en matière pénale, l’interprétation du texte doit être stricte. Principe de droit pénal interdisant au juge pénal d’interpréter une disposition pénale de manière large. Ce qui garantit au prévenu une condamnation juste et équitable. Cependant, cette règle peut, en effet, entraîner des décisions inéquitables pour certaines victimes. C’est à ce moment-là que le législateur devra œuvrer pour compléter ou modifier un texte qui ne s’adapte plus ou pas suffisamment à la réalité sociale ou au contexte social.
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15th February 2008 10:20 #3
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Zineb A. Maiche :
Jeudi 14 Février 2008 -- « C’est un prédateur, il part à la chasse. Il est intelligent », expose le Dr Belhadj, médecin légal à l’hôpital Mustapha Bacha. Mais il faut savoir qu’il peut s’agir d’une personnalité normale. Mais s’il harcèle à répétition et que cela devienne un mode de fonctionnement récurrent, sa personnalité est alors pathologique, interprétera le Dr Benatmane Mohamed Tayeb, psychiatre au service de psychiatrie du C.H.U Mustapha Bacha. L’expert reconnaît également que le harceleur est parfaitement conscient de ce qu’il fait, même s’il use de subterfuges lorsqu’il est accusé. Auquel cas, il prétendra que c’est la victime qui le harcèle et le provoque. Imbu de lui-même et confiant dans la position qu’il exerce, le harceleur sait que sa position le conforte et que d’emblée c’est lui que l’on croira, plutôt que la victime pour peu qu’elle exerce un travail ingrat. Intelligent, il repère ses victimes, compte sur sa position dominante et commence déjà à la harceler avec le regard. « Puis, interviennent les attouchements et là, si la victime ne proteste pas, il poursuivra jusqu’à commission de l’acte sexuel. Il peut même faire intervenir ses comparses pour s’amuser. Là, il la jettera et passera à une autre proie », poursuit Dr Belhadj. Le harceleur n’est pas obligatoirement jeune. « Il peut s’agir d’un homme d’âge mûr, marié et père de famille. Aucune étude n’est venue établir si la dynamique familiale était perturbée pour expliquer ces déviances », explique le psychiatre, Dr Benatmane. L’essentiel est dans le pouvoir qu’il a et sa position dominante qui peut être confortée par la victime, si celle-ci est fragile et en manque de repères. Certaines jeunes filles idéalisent le professeur et s’il s’agit d’un harceleur, elles vont avoir du mal à s’extirper de son emprise. Dr Belhadj se souvient de deux cas où les jeunes filles, encore étudiantes au lycée, avaient été harcelées par leur enseignant. Dans les deux cas, il y avait eu passage à l’acte sexuel. Pour l’une d’entre elles, cela s’était produit chez elle, puisque son enseignant venait également lui donner des cours au domicile de ses parents. C’est dire le degré de confiance dans lequel était la victime. « Dans l’autre cas, le problème était que la victime n’avait porté plainte qu’une année après les faits. Il n’existait plus aucune trace ni preuves tangibles. Mais elle avait spécifié au procureur une malformation de l’organe génital de son agresseur et j’ai été désigné pour constater la malformation. Ce qui fut le cas et cela a permis à la lycéenne d’avoir gain de cause », poursuit Dr Belhadj.
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15th February 2008 10:23 #4
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Said Kaced :
Jeudi 14 Février 2008 -- Quand le professeur parle de l’avenir du pays, comme toujours, il sourit. Le devenir de l’Algérie, ses élites flamboyantes qu’il croit former lui aussi, est une manière d’être plus intelligent que les autres. Son rêve neutre alimente un élégant complexe de supériorité. L’amphithéâtre devient un espace de bonne compagnie, cette fiction calme au cœur d’un monde qui ne l’est pas, ne l’est plus. Un jeu de miroirs s’installe entre lui et son charmant auditoire : à la condescendance civilisée du prédateur répond le caprice d’orgueil d’étudiantes fraîches émoulues, promptes à saisir leur chance.
Ce sourire carnassier, c’est une cravate. Il est en soie, d’une fantaisie faussement discrète, pensé en Italie, sans doute fabriqué par une «petite main» en Inde. Toujours parfaitement noué, il est toujours là, prêt à se jeter sur sa proie «consentante». La violence est quelque part, mais où ? Dans l’oubli, peut-être, de toutes ses victimes par un système qui autorise, dans une oppressante promiscuité, la cohabitation du loup et de l’agneau. Entre révolte fourvoyée et résignation muette, la petite musique de la réussite sociale a tout endormi. Jusqu’aux gémissements des victimes abusées comme le rapporte, si justement notre confrère El Watan dans son édition du jour…
Le professeur, qui veille à ce que sa propre fille du même âge ne soit pas contrainte à vendre ses charmes contre l’obtention d’un module, a un sourire léger, condescendant pour les uns, amusé pour d’autres, involontaire pour la masse incrédule des campus. Laissons la psychologie à ceux qui en vivent et contentons-nous d’imaginer, comme celles qui en souffrent. Ce sourire donne le ton du personnage : c’est le sourire du professeur-prédateur. Il a tous les charmes de la bonne éducation et de la dépression. Il place ses mots à mi-chemin entre croyance et renoncement. Il ne croit presque plus à rien. Il est seulement mû par ses bas instincts.
Son sourire apparaît alors comme la pire des grimaces. Celles, parmi les étudiantes offertes pieds et poings liés aux petits plaisirs du maître, qui n’en comprennent pas le sens ont deux réactions possibles. Soit elles veulent comprendre, dans l’expression irraisonnée de la survie, ce qui leur échappe et qui les charme par son mystère et son ambiguïté. Soit elles se sentent prises au piège, sans possibilité de rémission ; ce qui leur arrive d’être le plus souvent.
Comme nombre de ses pairs, jouissant impunément du harem à ciel ouvert, le professeur a définitivement perdu son honneur et son âme. En attendant d’être rattrapé par la justice – si jugement des hommes il y a ! – il persistera à distribuer ses notes aux «plus méritantes»…
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15th February 2008 23:01 #5
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Rien n .a changé !
Friendship
[60:8] GOD does not enjoin you from befriending those who do not fight you because of religion, and do not evict you from your homes. You may befriend them and be equitable towards them. GOD loves the equitable.
[60:9] GOD enjoins you only from befriending those who fight you because of religion, evict you from your homes, and band together with others to banish you. You shall not befriend them. Those who befriend them are the transgressors
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11th March 2008 20:48 #6
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Le harcèlement sexuel et la violence sur les femmes restent des sujets tabous, du fait de la nature conservatrice de la société algérienne et du vide juridique qui caractérise notamment les violences morales sur les personnes :
Mardi 11 Mars 2008 -- Le harcèlement sexuel qui tend à devenir un phénomène des plus inquiétants a été, hier, l’objet d’une conférence débat animée par la présidente de SOS Femmes en détresse, à l’invitation de l’association estudiantine Tafsut qui siège à l’Institut de la planification et des statistiques. Cette action qui entre dans le cadre de la commémoration de la Journée internationale de la femme s’est voulue un moment de sensibilisation de la gent féminine, notamment les étudiantes qui sont confrontées à ce genre de pratiques.
La présidente de SOS Femmes en détresse, assistée par une juriste et une psychologue œuvrant au centre d’écoute de ladite association, a mis en exergue les séquelles psychologiques laissées sur la victime harcelée et les difficultés de prouver un tel acte. «La victime rencontre non seulement des difficultés pour dénoncer cet acte mais c’est un véritable défi de le prouver», a-t-elle dit en substance. Le harcèlement sexuel issu généralement d’une relation de dépendance professionnelle peut s’avérer fatal pour la victime, en l’absence de prise en charge, affirme la responsable de SOS Femmes en détresse.
C’est dans cet ordre, fait-elle savoir, qu’un centre d’écoute doté de psychologues et de juristes a été installé, en vue de prendre en charge la victime et de l’orienter au cas où elle désire poursuivre en justice son auteur, explique-t-elle. Cela dit, ce n’est qu’en 2004 qu’une loi portant sur l’acte de harcèlement sexuel a été élaborée, a déclaré pour sa part la juriste qui a mis en avant les différentes dispositions de la loi et les droits de la victime.
La psychologue du centre d’écoute a expliqué, quant à elle, les différentes étapes du harcèlement et ses conséquences, en précisant que l’âge ou la situation sociale ne sont d’aucun secours, au regard des cas enregistrés. «N’importe quelle personne peut être victime d’un harcèlement sexuel puisqu’il s’agit d’un phénomène pas du tout concentré sur une frange sociale bien définie», a-t-elle expliqué.
Enfin, SOS Femmes en détresse a appelé à l’abrogation du code de la famille et à criminaliser les violences morales sur la personne. En outre, la présidente de l’association a exhorté l’assistance à engager un débat plus large au sein de l’université en encourageant les victimes harcelées à poursuivre en justice leurs agresseurs.
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3rd April 2008 06:30 #7
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Jeudi 3 avril 2008 -- Dans l’affaire des menaces, des pressions morales et des harcèlements sexuels, qui a scandalisé, en 2006, la famille éducative de la wilaya de Boumerdès, les cinq enseignantes victimes du CEM Rahil écrivent au chef de l’Etat.
«Dès l’arrivée de ce directeur, notre vie est devenue un véritable cauchemar. Il a attenté à notre honneur en exerçant des pressions et des menaces intolérables sur nous. Devant l’impunité dont il jouit, il est allé dans son escalade jusqu’à nous harceler sexuellement et ce, au vu et au su de ses responsables hiérarchiques. Ces derniers, et nous en avons la certitude au constat des événements de cette pénible affaire, se sont comportés d’une façon qui n’honore pas leurs responsabilités dans les institutions officielles qu’ils sont censés défendre de manière équitable. Pire, nous avons relevé un parti-pris et une protection en faveur de notre agresseur», lit-on dans la missive adressée au président de la République.
Elles demandent ensuite d’être rétablies dans leur dignité et leurs droits et sollicitent, par ailleurs, l’intervention du premier magistrat du pays pour diligenter une enquête en vue de tirer au clair cette cabale qu’elles supportent depuis de longs mois. Pour rappel, le mis en cause a été condamné par le tribunal correctionnel de la cour de Boumerdès, siégeant dans un procès en appel, à 12 mois de prison avec sursis, 5 000 DA d’amende et un dinar symbolique à chacune des cinq victimes. En première instance, le prévenu, qui a été jugé par le tribunal correctionnel de Boumerdès avait fait l’objet d’une peine de 18 mois de prison ferme et 5 000 DA d’amende. Le second juge lui a accordé des circonstances atténuantes.
«Seule l’institution judiciaire nous a confortées dans ce que nous avons enduré comme préjudice moral et professionnel», disent ces mères de famille. Plus grave, au constat fait et selon diverses sources, ces enseignantes ont enduré des représailles qui seraient venues de l’entourage immédiat du ministre de l’Education nationale, parce qu’elles ont osé dénoncer un protégé du système en place dans l’éducation nationale. «Pour avoir défendu notre dignité de mères de famille, nos droits d’éducatrices et de fonctionnaires de l’Etat algérien, on nous punit», dira l’une d’elles.
Il est indéniable que les cinq enseignantes ont subi un abus de pouvoir depuis des mois et les faits sont connus de tous les responsables de la wilaya à tous les niveaux, mais aucune réaction n’a été enregistrée. Nous n’avons eu vent d’aucune association féministe qui se serait manifestée pour soutenir ces femmes non pas parce qu’elles le méritent plus que d’autres, mais pour la gravité de l’acte que subissent d’autres femmes dans le silence qu’impose notre société dans pareilles circonstances. Les syndicats du secteur éducatif (UNPEF, SNTE, SATEF) et les élus (APW, APN et Sénat), censés protéger les citoyens contre les abus, se sont murés dans un silence sidéral.
Comme à son habitude, l’UGTA, qui a des intérêts financiers auprès du ministère de l’Education nationale, avait, par le biais d’une obscure responsable, chargée, disait-on, des questions féminines, tenté vainement de juguler, à sa naissance, cette affaire au profit du secteur éducatif. «Les responsables de l’UGTA ont fait semblant d’intervenir mais c’était juste pour nous mettre des entraves dans toutes nos démarches», pouvait-on lire dans l’une des lettres adressées aux autorités par les victimes.
Cette pénible affaire jette un lourd discrédit sur l’administration qui a laissé faire et met à nu un système répressif. «Je sais tout, j’ai tout vu concernant vos problèmes mais je ne viendrais jamais témoigner», a avoué un collègue des cinq enseignantes. Est-ce de la résignation ou de la lucidité pour éviter des représailles ?
L’agresseur récompensé, les victimes réprimées
Dans cette pénible affaire, le ministère observe une attitude sectaire. C’est le moins que l’on puisse dire au vu du déroulement des événements. L’agresseur est, en effet, récompensé, par contre, les enseignantes victimes ont été réprimées. Cela s’est passé parce que des hauts responsables d’un ministère, censé dispenser le savoir et la tolérance, ont piétiné les lois pour protéger un des leurs. Ces enseignantes l’ont malheureusement vérifié à leur détriment. En plus de ce qu’elles ont supporté comme outrage sur leur lieu de travail, comble d’injustice et sous le fallacieux «pour nécessité de service», trois d’entre elles ont été mutées de Boumerdès vers des établissements à plusieurs dizaines de kilomètres de leur domicile. «En réalité, ce sont des sanctions décidées par la direction de l’éducation, sans nous donner l’occasion de nous défendre et sans l’aval de la commission paritaire, et ce, pour avoir déposé plainte», nous a déclaré, dépitée, une des victimes.
Il semblerait, selon nos investigations, que dès que la plainte ait été déposée au commissariat, le dossier a été pris en main par le ministère de tutelle. L’entourage du ministre dictait la conduite à tenir pour châtier ces femmes. Cette décision de mutation a été prise à la suite d’un rapport établi par une commission d’enquête envoyée par le ministère. Deux remarques méritent d’être soulignées au sujet de cette commission : un membre avait séjourné durant plusieurs saisons estivales, affirment unanimement ces enseignantes, au domicile du prévenu au CEM Rahil avant cette affaire. Les enseignantes nous ont déclaré que l’ancien directeur, afin de plaider sa cause, avait remis au juge de la cour de Boumerdès une copie du fameux compte rendu. A priori, ce document lui était favorable. Un fonctionnaire de l’éducation lui aurait remis une copie, affirme une source crédible. Ce qui constitue sûrement une violation du secret professionnel.
Même la justice aurait, de son côté, commis un impair puisqu’elle a reçu un élément constitutif du dossier sans remettre une copie à la partie adverse. Plus grave, au lieu de prendre une mesure conservatoire comme l’exige la loi, notamment l’article 131 du décret n°85/59, contre ce directeur qui faisait l’objet de poursuites judiciaires, ce dernier, sur injonction du ministère de l’Education nationale, a été muté le 25 juin 2006 dans la commune de Boghni (wilaya de Tizi-Ouzou). Vingt-quatre heures plus tard, il a été rappelé pour être placé à la tête d’un CEM dans la commune de Réghaïa (w. d’Alger) où il exerce toujours, avec en prime un logement d’astreinte (F5). Pour le commun des enseignants des autres wilayas, c’est l’équivalent d’une promotion.
Par ailleurs, l’article 31 du même décret impose la révocation de tout fonctionnaire faisant l’objet d’une condamnation définitive infamante. L’une des enseignantes, accusée d’être la tête forte du groupe, nous a énuméré les nombreuses sanctions prises contre elle. En plus de sa mutation de Boumerdès vers une autre ville, à une trentaine de kilomètres de son domicile, elle fait l’objet d’une retenue sur salaire de l’équivalent de 15 jours, d’un blâme, d’une rétrogradation de la catégorie 14/3 à la 14/1 et d’autres sanctions encore. «Ce ne sont plus des punitions administratives mais un traitement haineux qui m’a été réservé», dit-elle.







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