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  1. #1
    Al-khiyal is online now Super Moderator
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    Femmes, taisez-vous !


    Mardi 19 février 2008 -- Comment s’est déroulée cette émission ? L’animatrice N. annonce, en introduction que, pour des prétextes superflus, le nombre de divorces augmentait. Parfois, pour un café mal dosé. Elle ne déplore pas la violence démesurée de la réaction du mari violent. Par contre, elle regrette que les parents n’éduquent plus, correctement, comme avant, leurs filles. Une heure durant, elle n’a cessé de se lamenter sur les parents qui écoutent les plaintes de leurs filles et parfois les soutiennent ! Elle entrecoupait les insultes, dont elle nous abreuvait, de soupirs sur : «Ya hasrah ya z’man.»

    Les appels des auditeurs étaient des occasions, pour elle, de donner des leçons d’éducation aux parents, des cours d’humiliation aux femmes et des encouragements à la violence aux hommes.

    Le débat aurait pu être intéressant si l’unique auditrice qui a tenté de donner un point de vue contradictoire n’avait subi les aléas du direct. Sa communication s’est coupée. Mais son intervention a servi d’exemple à ne pas suivre. Et l’insulte suprême qu’elle lui a assenée, c’est d’espérer, pour elle, de trouver un mari afin de retrouver le droit chemin et changer d’opinion. Parmi les insanités, que le monopole du micro lui a permis de nous imposer, il faut retenir que

    1 - Les parents n’éduquent plus correctement leurs filles.

    2 - Les femmes doivent accepter les humiliations sans se plaindre et sans réagir.

    3 - Les parents ne devraient pas écouter leurs filles.

    4 - Les femmes divorcées ne peuvent pas assurer l’éducation des enfants.

    5 - Avant, toutes les femmes acceptaient les misères du mari sans broncher.

    6 - Le mariage est idéalisé, c’est une fin en soi.

    7 - Le mariage est sacré.

    8 - La vie commune est normale, même dans la violence.

    9 - L’intérêt des enfants est de vivre dans un milieu de violence plutôt qu’avec une mère divorcée.

    10 - Les hommes sont naturellement violents.

    Si la liberté de ton et d’expression est à encourager, les dérapages des animateurs des radios publiques sont à contrôler. Il ne s’agit pas de critiquer les auditeurs dont le point de vue, même discutable, est personnel et respectable. Il s’agit, par contre, de rappeler aux responsables de l’institution, qui emploient cette animatrice, de veiller à l’orientation des messages diffusés sur les ondes.

    Cette émission a été réalisée avec une désinvolture déconcertante, une absence totale de sérieux ou de minimum de professionnalisme. Comment ose-t- on parler d’un sujet aussi grave que le divorce et les relations de couples sans faire appel à des spécialistes ?

    Cette émission aurait dû rassembler des psychologues, des sociologues, des pédopsychiatres, des médecins, des juristes, des militantes, etc. Je doute que même un parterre de spécialistes aurait osé affirmer, avec autant d’aplomb et d’impudence, ce genre d’allégations. Un animateur, aussi engagé soit-il, peut-il imposer son point de vue ? Ne doit-il pas respecter la neutralité de l’institution en écoutant les avis des intervenants, sans partipris ? Il est temps que les responsables exigent un minimum de culture et de connaissances de la part du personnel. Dans mes recherches, sur les luttes des Algériennes, je n’ai rencontré que des femmes dignes et révoltées. La soumission ne fait pas partie de notre culture. Elle est héritée de la tradition judéochrétienne, généralisée par les théories des officiers de l’occupation qui se sont érigés en ethnologues pour l’Algérie. Les relations de couples relèvent de la sphère privée et ne concernent que les époux. Nul ne peut, ni ne doit, conseiller à une femme ou à un homme de divorcer ou supporter la mésentente permanente. Cependant, une femme qui décide de divorcer ne doit pas être stigmatisée ni dévalorisée par une animatrice de radio...

  2. #2
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    continued.....

    Aussi, je me permets de rectifier les fausses vérités que cette animatrice a érigées en règles universelles et qui dénotent son ignorance totale de l’histoire, de la culture et des règle de la société. Car son : «Ya hasrah ya z’man» ne correspond pas au mien, ni à celui des Algériennes.

    1 - Les parents n’éduquent plus correctement leurs filles

    Je lui laisse l’exclusivité de l’insulte ; personne ne devrait, et surtout pas un animateur de radio, porter un jugement de valeur sur les femmes et leurs parents.

    2 - Les femmes doivent accepter les humiliations sans se plaindre et sans réagir

    FAUX. Une femme habituée, depuis son plus jeune âge, à recevoir des coups, des insultes et des humiliations diverses ne saura jamais ce que signifie la dignité. Une fille terrorisée par les hommes, habituée à subir les agressions multiformes, sera une femme qui acceptera les agressions, même sexuelles, sans broncher. Le combat des femmes pour pénaliser le harcèlement sexuel sera vain. La dignité n’est pas un discours creux, elle s’acquiert durant toute une vie. Même en réagissant, constamment, la dignité des femmes n’est pas encore acquise et respectée. La reconnaissance de cette dignité est un combat permanent.

    3 - Les parents ne devraient pas écouter leurs filles

    FAUX. Si les parents n’écoutent pas leurs filles où iraient-elles chercher secours, aide, amour et réconfort ? Une fille, que les parents n’écoutent pas, va droit vers le désespoir et la délinquance. Une fille qui n’a pas été écoutée par ses parents devrait consulter un psy. Par contre, on devrait retirer les enfants à une femme qui refuse de les écouter. Quant à celle qui donne ce genre de recommandations aux parents...

    4 - Les femmes divorcées ne peuvent pas assurer l’éducation des enfants

    FAUX. Je laisse l’appréciation de cette insulte. Je ne démontrerai pas que des femmes divorcées, sans ressources, ont pu élever seules, dans la misère, le dénuement total et la dignité des enfants qui ont réussi leur vie. Par contre, les enfants vivant dans la violence présentent plus de risques de déséquilibres affectifs et sont, plus souvent, candidats à la délinquance. Car, quelle image offre-t-on à des enfants si le milieu familial est violent ? Il arrive que les enfants soient plus équilibrés et mieux aimés par des parents séparés que réunis dans la violence et la haine. Car ces enfants seront des adultes violents, reproduisant la violence connue comme seul modèle relationnel. Un garçon habitué à voir son père battre sa mère, battra sa femme. La violence pour lui devient «normale».

    5 - Avant, toutes les femmes acceptaient les misères du mari sans broncher

    FAUX. Le divorce a existé depuis plusieurs siècles. l’Islam l’a préconisé dans les cas de mésentente conjugale. Sur quelle base peut-on affirmer que les femmes acceptaient ? Dans toutes les familles, il existe des divorcés, depuis plusieurs générations. Faut-il les nier ?

    6 - Le mariage est idéalisé, c’est une fin en soi

    FAUX. Socialement, c’est une tranche de vie qu’on partage à deux, avec ses bons et ses mauvais côtés. Si l’un des deux partenaires ne trouve plus son bonheur, la relation est rompue. Considérer le mariage comme l’unique voie d’épanouissement de l’individu est synonyme d’exclusion de ceux qui ne sont pas (ou plus) mariés. L’idéaliser, c’est tromper les célibataires sur la signification de la vie en couple.

    7 - Le mariage est sacré

    FAUX. La sacralité du mariage est un concept propre à l’Eglise catholique. La preuve, le divorce dans plusieurs pays occidentaux est récent. L’Islam n’a jamais sacralisé le mariage. Au contraire, c’est la première religion à l’avoir considéré comme un contrat, établi en bonne et due forme entre deux individus. Le mariage est un contrat passé dressé par un homme de loi, devant témoins avec un montant (la dot). Le juge veillera, en cas de divorce, au respect des clauses du contrat de mariage. Aucun acte de mariage, établi dans le cadre de la religion musulmane, ne stipule que «deux personnes sont liées par les liens sacrés du mariage, jusqu’à ce que la mort les sépare». Il ne faut pas attribuer à la société algérienne les mœurs des sociétés catholiques.

    8 - La vie commune est normale, même dans la violence

    FAUX. Je dirai même pervers. Si des personnes trouvent du plaisir dans la violence, il faut qu’elles se soignent. Même un objet qui reçoit des coups finit par se casser. Comment concevoir qu’une femme, que j’ose considérer comme un être humain, puisse recevoir des coups sans ressentir de la haine ? La violence subie ne peut engendrer de l’amour et du plaisir dans un couple. Alors, au lieu de conseiller aux femmes de supporter les coups, il aurait été plus soin et plus judicieux d’appeler les hommes à moins de violence.

    9 - L’intérêt des enfants est de vivre dans un milieu de violence plutôt qu’avec une mère divorcée

    FAUX. Seuls des spécialistes peuvent décider des intérêts des enfants. Il est clairement établi que les répercussions de la violence sur les enfants sont désastreuses. La violence engendre la haine et le mépris des enfants envers les parents. Les enfants supplient parfois leur mère de quitter le père, seule solution pour fuir cette ambiance. De plus, faut-il prouver qu’un mari violent envers sa femme, pratique cette violence, même indirectement sur les enfants ? Parmi les conseils, n’aurait-elle, pas dû appeler les maris à rouspéter sans violence contre un café mal dosé ? Plus sérieusement, les parents, dans l’intérêt des enfants, peuvent faire des efforts et régler leurs différends entre eux. Quelle que soit l’attitude de l’enfant, elle ne peut être que néfaste pour son équilibre, son épanouissement et son avenir. Aucun enfant n’est né pour supporter la violence. Alors, de quel droit une animatrice radio oserait-elle décider pour les couples et leurs enfants ?

    10 - Les hommes sont naturellement violents

    FAUX. Aucune étude n’a prouvé que la nature a créé des monstres humains représentant la moitié masculine des habitants de la terre. Bien au contraire, on a démontré que les êtres naissent identiques et sont formés selon les rôles que leur imposent les rapports sociaux. Un homme élevé dans le respect de son entourage, et dans la dignité, respectera les femmes qui l’entourent quels que soient les rapports qu’il entretient avec elles. Donc, les hommes ont, également, reçu leur part d’insultes. Cette animatrice considère que la nature les a créés violents, durs, féroces, dépourvus d’amour, de réflexion, de discernement et de douceur. Que face à ces sauvages, les femmes doivent faire preuve de soumission totale pour les supporter et les amadouer...

  3. #3
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    continued.....

    La société, pour elle, est composée de créatures féroces et d’objets sans âme à leur disposition. Quelle place a-t-elle réservée aux hommes pacifiques, tendres, gentils, aimants, réfléchis, qui aiment, aident, écoutent, soutiennent les femmes ? Ces hommes n’existent tout simplement pas ou sont, peut-être, des créatures contre nature. Quant à mon : «Ya hasrah ya z’man», il y avait dans mon Algérie, des femmes qui :

    1 - ont toujours été rebelles. Lalla Fatma N’soumer, fille de zaouïa, a refusé le mariage avec son cousin. Elle a constitué une armée, avec l’aide de son compagnon, Boubeghla. Elle a été déléguée par les djemaâs des villages de Kabylie, durant les batailles qu’elle a dirigées, entre 1851 et 1857 ;

    2 - étaient révoltées, car habituées au respect. Elles se sont engagées dans les luttes et les partis politiques depuis les années 1930 ;

    3 - ont rejoint les maquis dans les années 1950, alors que dans le monde, les femmes n’avaient pas de droits et étaient, encore, cloîtrées ;

    4 - ont lutté contre le code de la famille car elles considéraient que leur citoyenneté était remise en cause ;

    5 - se sont battues contre la remise en cause de leur droit de vote en 1990 ;

    6 - ont, parmi leurs aïeules, des Tin Hinan, Kahina, et même Séléné à qui on a offert comme cadeau de mariage le royaume de Maurétanie. On lui a édifié un mausolée sur les hauteurs de Tipasa ;

    7 - ont connu une Fadéla M’Rabet qui animait des émissions à la radio. Elle écoutait les opprimées et les victimes des violences ;

    8 - ont connu des pères qui s’intéressaient à elles, les écoutaient et les ont scolarisées depuis le début du siècle dernier ;

    9 - sont respectées par des hommes normaux, qui ne correspondent pas au profil-type défini par cette animatrice.

    Je ne citerai pas, afin de ne pas instrumentaliser la religion musulmane, les épouses du Prophète qui avaient du caractère et lui tenaient tête. Aucun hadith, même non authentifié, ne nous rapporte les insultes ou les coups qu’elles auraient reçus de sa part. Par contre, il nous a été rapporté leurs contestations.

    Dans le «ya hasrah ya z’man», des femmes ont occupé les locaux de l’ORTF. C’est grâce à leur combat et à leur résistance qu’une animatrice se permet d’insulter les femmes. Sans le combat de ces femmes (parfois divorcées ou célibataires) le recrutement des animatrices n’aurait peut-être pas été possible.

    N. B. Elle conclut son émission avec des paroles généreuses, elle reconnaît que parfois les hommes battaient leurs femmes sans raison. Elle espère, toutefois, avoir comblé les lacunes découlant de la mauvaise éducation des parents.

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