Lundi 24 Mai 2010 -- Gérer le budget de la famille est une mission qui demande des acrobaties mathématiques. Cette tâche est généralement confiée à la mère de famille. De l’aveu des hommes qui préfèrent se décharger de cette lourde responsabilité pécuniaire, la femme est incontestablement la mieux placée pour gérer le budget familial. Elle est économe et prévoyante. Mais cela ne lui fait pas pour autant éviter des disputes fréquentes et autres scènes de ménage. «Une résultante indéniable et une conséquence inévitable des fins de mois de plus en plus difficiles», estime un sociologue. Souvent le mari donne une partie du revenu à sa femme qui est censée «fractionner» ce budget en plusieurs parts afin d’allouer ces dernières aux différentes charges domestiques et aux interminables dépenses quotidiennes. Les frais imprévus et inopinés (santé, entretien véhicule, etc.) sont non compris, bien entendu. Farida, 38 ans, mère de quatre enfants nous a confié à ce sujet : «Mon mari me donne 4.000 DA par semaine ce qui me fait un budget de 16.000 DA par mois. J’arrive à peine à nourrir ma famille. Pour le reste, je suis obligée de faire la nounou. Depuis quelques mois je me suis mise à garder les enfants des voisins pour pouvoir m’en sortir. Entre autres pour payer les cours de mon aîné qui passe son bac cette année». Et d’ajouter timidement : «Ce n’est pas facile pour moi ; souvent je me dispute avec mon mari qui se montre totalement absent dans cette pénible responsabilité. Le comble est que je ne sais même pas combien il touche par mois !»

Autre confidence, autre budget. Louisa est maman de cinq enfants. Son mari occupe un poste de gardien de nuit et gagne un peu plus de 15.000 DA par mois, soit le salaire national minimum garanti. Louisa vit avec sa belle-mère et une belle-sœur. Elle nous raconte anxieusement comment elle gère un budget pour deux familles : «Ma belle-mère et ma belle-sœur sont âgées et malades et ne bougent pas beaucoup, donc je ne suis pas aidée dans les tâches ménagères. Mais je dois avouer que la maigre pension de ma belle-mère nous aide à boucler tant bien que mal le mois. Elle prend en charge les factures. Quant à l’alimentation, c’est tout le salaire de mon mari qui y passe. Je ne dois pas dépenser plus de 500 dinars par jour, ce qui me pousse, avec la complicité de ma belle-mère à faire des mehadjeb et de la galette pour les vendre à l’épicier du quartier. Mon mari rentre tôt le matin et ça lui fait plaisir de trouver de la galette chaude pour son café. J’ai un mari au caractère difficile. Mais il travaille durement pour nourrir sa famille.» Les prix des fruits et légumes flambent déjà. Signe qui ne trompe pas : le mois de ramadan est à nos portes. Sous pression permanente, Farida, Louisa et tant d’autres appréhendent dès maintenant une rentrée sociale pénible, avec des budgets aléatoires et des calculs incertains.