Samedi 24 Juillet 2010 -- Les Touaregs du Tassili N’Ajjer s’attachent de plus en plus à leurs traditions ancestrales, à travers le raffermissement des liens sociaux dont le mariage est considéré ici comme le plus sacré. Bien que les cérémonials diffèrent d’une tribu à l’autre, ou d’un groupement rural à l’autre, les festivités nuptiales sont soumises aux mêmes rituels puisés du patrimoine culturel ancestral encore préservé par la société du Tassili N’Ajjer, constate le président de l’association Lien conjugal d’Illizi. Expliquant la force de cette relation, Hadj Moulay Djeriri, notable de la région, qualifie cette union de pratiquement communautaire, dans le sens où elle lie des tribus de la même société targuie qui s’attelle à sacraliser cette union, selon un rite maintenu intact par la population touareg et transmis de génération en génération. Cette relation se manifeste en premier lieu par un rapprochement des deux familles des fiancés qui œuvrent à dégager un terrain d’accord pour tisser un nouveau lien tribal, avec l’aval des chefs de tribu. Il convient de préciser que le droit coutumier confère à ces derniers la possibilité d’approuver ou de désapprouver, après consultations, cette future union. En décideurs incontestés, ils s’associent à la décision quant à ce rapprochement familial par la fixation du montant de la dot et l’établissement des conditions d’organisation de la cérémonie nuptiale, en prenant en considération les moyens dont disposent les tribus. Selon le président de l’association Emni, une fois la demande d’alliance formulée, la famille du futur époux s’emploie à remplir les obligations, dont l’offre du kaya, partie des charges à fournir par l’époux consistant en un écrin de bijoux d’argent. Les cérémonies officielles du mariage se poursuivent durant une semaine par des festivités riches en couleurs ou s’exécutent des chants et des danses au rythme du tindi, de l’imzad et d’autres instruments de musique du terroir. Accompagnée d’une dauphine appelée Ouazira, la mariée est coiffée par un groupe de femmes vêtues de leurs plus belles robes. Les cheveux de l’heureuse élue sont tressés selon une forme rituelle nommée imissi.

Chants, danses et méhari

Hadj Moulay Djeriri fait savoir que la mariée doit être fardée de produits d’un «make up» local et parée de bijoux d’or et d’argent assortis des plus belles confections. La cérémonie nuptiale, où dominent chants et danses, donne lieu également à l’organisation de courses de dromadaires au rythme des tambours, dans des joutes auxquelles prennent part toutes les tribus invitées. Comme à l’accoutumée, le repas Talebdjat servi aux convives est composé de viande cameline hachée, suivi du thé préparé au feu de braise. À ce plat s’ajoute de la viande de caprins sacrifiés dans la liesse générale, et que l’on propose durant les sept jours de fête, en plus de la distribution d’un autre mets composé d’un extrait de dattes et de lait. Ces festivités non-stop se déroulent au rythme de chants et danses aliouane, en signe d’accueil de la mariée dans sa nouvelle famille, avant de laisser place à une fête nocturne, suivie de la lecture du saint Coran, en présence des parents des nouveaux époux. Entre autres traditions, le marié doit, comme l’ont fait ceux qui l’ont précédé, remettre à sa nouvelle épouse une paire de chaussures en cuir véritable appelées Agatimène ainsi qu’une somme symbolique d’argent. Cette fête est animée par un grand nombre de femmes parées, à l’occasion, de leurs plus beaux atours et d’un voile noir couvrant la tête et que les cavaliers en mouvement autour du groupe de chanteuses s’efforceront d’arracher entrant ainsi dans une compétition que couronnera une fête appelée tihamet, en guise d’hommage au premier cavalier qui aura pu récupérer cette étoffe.