Vendredi 14 Mai 2010 -- Si l'affaire des détenus algériens dans les prisons libyennes a trouvé son épilogue grâce à une décision politique prise par le président libyen Mâamar El Kadaffi, lequel a décidé de les gracier à l'occasion de la fête nationale de son pays, le feuilleton des prisonniers algériens qui se trouvent dans les autres régions du monde continue de susciter moult interrogations. Outre les affaires de terrorisme, ces Algériens sont condamnés pour plusieurs autres motifs relevant du droit commun. Mais il se trouve que les cas diffèrent d'un pays à l'autre. Si certains détenus ont été jugés et condamnés pour des actes précis qu'ils ont commis, d'autres croupissent dans les prisons sans pouvoir se défendre. L'absence de données précises sur la situation des Algériens se trouvant dans les prisons partout dans le monde nous laisse perplexes devant un problème aussi crucial.

La presse algérienne relate quotidiennement des chiffres sur la présence d'un nombre non négligeable de citoyens algériens dans les centres de détention. Un seul constat peut être relevé : ils sont partout dans le monde. Outre les prisonniers se trouvant en Libye ayant été transférés il y a quelques mois en Algérie, il existe aussi ceux de Guantanamo. Beaucoup d'encre a coulé sur la situation dramatique que vivent ces Algériens particulièrement et les prisonniers de façon générale dans cette prison cubaine. Mais à ce jour, aucun chiffre officiel n'a été communiqué pour arrêter leur nombre et les démarches entreprises pour les prendre en charge. Ailleurs, des algériens sont incarcérés dans les centres de détention espagnols, tunisiens, marocains, en Grande-Bretagne, et même en Irak et dans d'autres coins du globe, mais peu de données sont communiquées sur leur situation. Le président de la ligue algérienne de protection et de promotion des droits de l'homme, Me Farouk Ksentini, évoque l'existence de près de 300 Algériens emprisonnés. Un chiffre qui n'a pas beaucoup changé depuis plusieurs années.

«Leur nombre est estimé à quelque 300. Ils se trouvent dans plusieurs pays en Europe, en Amérique, en Asie et même en Océanie. Beaucoup sont condamnés pour des affaires de droit commun : homicide, vol, et autres. Il y a aussi ceux qui sont arrêtés pour des affaires de terrorisme», a indiqué Me Farouk Ksentini, président de la LAPPDH. Notre interlocuteur revient sur la responsabilité des autorités algériennes, lesquelles sont tenues de prêter aide et assistance à ces citoyens se trouvant, pour la majorité d'entre eux, dans des situations difficiles. «L'Etat doit leur prêter assistance et aide. Beaucoup de cas nécessitent cette intervention. Il est malheureux de constater que la prise en charge qui leur est consacrée reste insuffisante», a encore ajouté Me Ksentini. Le même responsable évoque le problème de l'absence de conventions d'échange de prisonniers avec plusieurs pays. «Il existe des conventions d'extradition et d'échange de prisonniers avec plusieurs pays d'Europe, notamment avec la France, l'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie, et bien d'autres pays», précisera-t-il.

Situation ambiguë

«Mais la situation est un peu plus compliquée avec les autres pays dont ceux du sud de l'Amérique et l'Océanie, avec qui l'Algérie n'a ni accord ni relations juridiques de ce genre», précise encore Me Ksentini, qui souligne la difficulté qui découle de l'absence de ce type d'accord. Pour Me Ksentini, la création d'un conseil consultatif pour la communauté algérienne établie à l'étranger n'est pas un instrument juridique permettant à l'Etat d'intervenir pour les cas des prisonniers algériens. «Ce n'est pas encore suffisant pour traiter ce genre de questions délicates. Ce n'est pas le type d'organisme qui puisse intervenir dans ce sens», a-t-il expliqué. Me Ksentini plaide en faveur d'une politique plus rigoureuse et plus transparente pour la protection des Algériens se trouvant dans les prisons étrangères. «Il faut mettre en place une législation claire et rigoureuse qui soit appliquée par tous les acteurs concernés», a-t-il ajouté.