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    Le besoin manifeste d’objectifs clairs et assumés, de politiques cohérentes

    et d’une volonté résolue au service des uns et des autres



    Par Mohamed Nabi



    Aux empoignades de la plupart pour faire entendre leur soutien sans condition «au programme du Président Bouteflika», avant même qu’il ne le fasse connaître, s’ajoute, dans ce qu’on appelle la classe politique, le désarroi muet et sans perspectives de l’opposition. Le tout entretient la désaffection populaire ancienne ?* l’égard de la chose publique et de ses acteurs.

    Le scepticisme profond sur la possibilité d’un vrai changement renforce par ailleurs l’illusion répandue qu’il n’y a d’issue que personnelle. Aussi l’image d’un Président seul maître ?* bord du système politique repris en mains, la sécurité publique, relative mais appréciée, les prix du pétrole ?* des niveaux peut-être durables, les pénuries d’eau éloignées pour un temps, tout concourt ?* asseoir la conviction d’un pouvoir désormais stable, peu contesté et sans alternative. Un troisième mandat présidentiel semble déj?* acquis. Pourtant, plus qu’il n’y paraît, l’édifice reste fragile et la situation précaire. Les raisons en sont évidentes mais de préférence occultées.

    Les défis pressants de la modernisation de l’économie et des institutions du pays ne sont ni de solution facile ni ne datent de 1999. Mais il est patent que, depuis lors, ils en sont restés au même point, sans objectifs clairs et assumés au sommet de l’Etat, sans politiques cohérentes de mise en oeuvre et sans la volonté soutenue de les prendre en charge. Invoquées il y a déj?* vingt ans, inévitables après Octobre 88, relancées depuis 1999, les ‘Réformes’ n’en finissent toujours pas d’être lancées. Le but, rappelait le chef de l’Etat en l’an 2000, est d’assurer «le basculement de l’Algérie dans l’économie de marché, dans les six mois».

    Le changement voulu avec, semble-t-il, l’assentiment de la majorité, appelle ?* une économie fondée sur la propriété privée, la liberté d’entreprendre, la concurrence et un Etat qui en assure le fonctionnement dans la transparence. Rien ne s’y oppose ?* l’entreprise publique, dès qu’il n’y a plus de monopole, public ou privé. Rappeler ces bases de la mutation annoncée, c’est ?* la fois établir un bilan et prendre la mesure du chemin ?* parcourir. Ni les bases d’une économie de marché ni son environnement n’ont été mis en place, qu’il s’agisse du système financier et bancaire, de la réforme de la justice, de la fiscalité, de l’école, de l’enseignement supérieur ou encore de l’enchevêtrement des multiples services ‘compétents’. La création d’une entreprise reste un long parcours du combattant et coûteux. La corruption en constitue un trait majeur. Selon un récent rapport de la Banque mondiale sur le développement, elle «reste un grand obstacle en Algérie», les 3/4 des entreprises déclarant «payer des pots de vin» (1). En dépit d’une situation dénoncée par de multiples rapports algériens et internationaux, le discours attend tout de l’investissement étranger, «espoir suprême et suprême pensée». Les intéressés s’en tiennent aux propos courtois et aux visites sans suite. L’étonnant est l’étonnement des milieux officiels devant les réserves répétées des investisseurs étrangers et nationaux. Ces derniers, ?* la fois sollicités et accusés de tous les péchés d’Israël, attendent, pour leur part, plus d’écoute, les maux qu’on leur prête étant la chose du monde la mieux partagée dans le pays. L’économie de marché, incontournable, n’est pas une fin en soi. Ses objectifs restent ?* définir. En attendant nul fil directeur ne donne quelque cohérence aux mesures prises et envisagées. La plupart des problèmes sont connus, les solutions aussi. Il y manque une politique. Le pays tourne donc en rond, hésitant entre des ‘réformes libérales’ partielles et les réflexes d’un ‘socialisme’ autoritaire de rente pétrolière. Ce piétinement sans fin alimente notamment un chômage de masse. Celui-ci hypothèque l’avenir de centaines de milliers de jeunes gens qui entrent, chaque année, avec ou sans diplômes, sur le marché du travail. Ce problème, gros de tous les dangers, mérite un traitement plus avisé. 716.753 emplois auraient été créés en 2004 dont 405.883 par le ministère de la Solidarité. Le taux de chômage serait de 13% en février 2005. Cinq mois auparavant, le ministre des Finances l’estimait ?* 23%. Il aurait donc été réduit de 23 ?* 10% en 150 jours. Il est prévu que le nombre d’emplois créés en 2004 sera «revu ?* la hausse» et que le ministre compétent table sur un taux de chômage de 10% «voire même moins en 2008» (1). La création d’emplois serait donc très supérieure et le chômage bientôt inférieur ?* ceux de l’Allemagne et de la France. Ces chiffres officiels et néanmoins fantaisistes ne peuvent cacher le fossé qui s’élargit entre l’Algérie des plus en plus riches et une Algérie des pauvres, de plus en plus large. L’OIT indique que la part «de l’économie informelle dans l’emploi est de 42% en Algérie, hors agriculture». Elle est de même ordre au Maroc (1). Même en laissant de côté le monde rural, soit près de 50% de la population, près d’un Algérien ‘qui travaille’ sur deux se débrouille comme il peut. Remettre en cause, en même temps, des allocations familiales dérisoires, déj?* financées par les employeurs pour l’essentiel et qui ne coûtent pas un centime ?* l’Etat ne mène ?* rien. La sécurité sociale n’a jamais rien coûté au Trésor public. C’est l’inverse qui est vrai et de multiples façons. Ce système de protection basique de populations démunies, plus indispensable que jamais, connaît certes de vrais problèmes de financement. Sans y apporter de solution, les mesures prises n’ont d’autre effet que d’inquiéter davantage les plus fragiles. «Le Président ayant décidé de mettre 55 milliards de dollars sur la table», le souci d’améliorer les conditions de vie des populations se traduit par une avalanche de chiffres et de projets. Nul n’ignore cependant que ces objectifs, dont un million de logements ?* livrer en quatre ans en même temps que tout le reste, ne peuvent en aucun cas être atteints. Ils dépassent de beaucoup les capacités de réalisation du pays, même avec le concours d’entreprises étrangères. Aucun objectif précis ni priorité cohérente ne structure ces projets, pas plus que le reste du mandat présidentiel. La hâte ?* imposer ?* une Assemblée passive l’accord avec l’UE et celle d’accéder ?* l’OMC, «plus que 2 rounds !», confirme l’absence de toute stratégie. Car, en dehors du pétrole, le pays n’a rien de plus ?* exporter que par le passé. Il doit en revanche importer la quasi-totalité de ce qu’il utilise et consomme y compris en services ?* haute valeur ajoutée. Le cadre des ‘négociations’ n’y change rien. L’Algérie se paie de mots pour confirmer ce qu’elle est, un comptoir commercial.

    L’obstacle majeur ?* toute réforme reste toutefois la pérennité d’un système politique verrouillé. L’hyper concentration ancienne de tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme réduit des millions d’hommes et de femmes au rôle de spectateurs impuissants de leur propre destin et de celui de leur pays. Dans le vieux théâtre d’ombres des institutions et de la vie politique nationale, il n’y a pas de décision, quelle qu’en soit la nature, prise par quelque ‘autorité’ que ce soit, ‘élue’ ou non, qui ne puisse être remise en cause, de proche en proche, jusque par «le premier magistrat du pays». L’idée reste impensable d’un contre-pouvoir légal, aussi modeste soit-il. Le pluripartisme d’emblée subventionné se limite aux partis «agréés». La pluralité syndicale, reconnue, attendra. Le Président ne «connaît que l’UGTA». La création d’un club local de joueurs d’échecs est soumise, tout comme celle d’un parti politique, ?* l’appréciation de services qui n’ont de comptes ?* rendre qu’?* eux-mêmes. Les libertés d’expression et de la presse sont ce qu’elles sont. Il y a bien pire et celui-ci reste possible. Ainsi que le dit le Premier ministre: «la Constitution n’est pas le Coran». Certes pas, puisqu’un chef de gouvernement peut s’autoriser un discours de négation de toute loi fondamentale pour la conduite des affaires de son pays. L’infantilisation du peuple, sans protection légale contre l’arbitraire et l’arrogance, est ancienne. Elle ne laisse d’autre issue que la résignation, l’exil ou les formes multiples du suicide et de la violence. A cette situation, il n’y a pour le moment pas d’alternative en vue. Dressant son bilan, le Premier ministre l’assure. «L’Algérie, dit-il, n’a plus besoin de longs exposés sur sa situation politique, économique et sociale, car tout va bien».

    Il est loin d’être vrai que tous «les Algériens sont des citoyens gâtés», comme le croit le ministre des Finances. Exclure l’hypothèse qu’une situation sociale sérieuse débouche un jour sur une crise politique grave serait ignorer la situation de larges pans de la société. Le décor institutionnel du pays et sa classe politique serait de nouveau mis ?* l’épreuve. Qui pourrait faire face ?* des foules en colère ?* travers le pays: l’UGTA ou tel ou tel des partis de la ‘coalition au pouvoir’ (1)? Cela revient ?* se demander qui du pouvoir et de sa coalition interchangeable soutient l’autre. Les plus lucides au sein du sérail ne se font guère d’illusions. La tentation sera alors grande de recourir aux méthodes et moyens traditionnels. Est-ce encore possible dans le contexte intérieur et international de demain et cela aboutirait ?* quoi ?

    Ces interrogations nécessaires, tout comme les réformes en panne, posent avec acuité le problème du système politique. Sa réforme s’impose désormais comme la condition préalable du succès de toutes les autres. Aussi la question est-elle de savoir si ce système peut évoluer au cours des quatre prochaines années vers une démocratisation réelle, sans désordres nouveaux et sans tragédies recommencées. Ce n’est pas du tout évident. Il n’y a seulement pas d’autre voie plus sûre. La répression des émeutes populaires d’Octobre 88 n’a rien réglé, au contraire. Une réédition de ce scénario serait suicidaire. Par ailleurs la sédition meurtrière et stérile de mouvances politico-religieuses n’a abouti qu’?* reconduire, sous des formes nouvelles et sur des bases plus assurées, le système politique de toujours. Les incantations démocrates de ruptures radicales autant qu’insaisissables n’ont débouché pour leur part que sur des impasses. Mais que le système se démocratise ou au contraire accentue ses traits dominants, l’important est aussi ailleurs. Il concerne la capacité des courants démocratiques ?* travers le pays ?* concevoir enfin un projet politique ?* la mesure des exigences du développement de l’économie, de la justice sociale et de la modernisation des institutions. Nous essaierons de revenir sur cette tâche.

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