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les explosions de colère continuent chez nous

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  • les explosions de colère continuent chez nous

    Les émeutes en dernier recours

    Une question de culture politique ?

    Il ne suffit plus, aujourd’hui, de se limiter aux raisons traditionnellement évoquées par les observateurs politiques ou les universitaires pour comprendre et qualifier ce mal tournant que sont les émeutes.

    On ne peut, à l’évidence, nier que les soulèvements populaires touchent ou ont touché la quasi-totalité des wilayas du pays. Depuis quelques années, elles ont aussi dépassé le caractère strictement urbain et, maintenant, la vieille particularité nordiste. Pour autant, ce n’est pas à une réédition d’octobre 1988 que l’on assiste, mais à un tout autre phénomène, non pas par ses symptômes, mais par ses causes. Si à la veille de l’ouverture pluraliste, la population avait en face d’elle un seul bloc au pouvoir, dont la traduction formelle était le FLN, un parti unique, sans espace d’opposition légale, aujourd’hui s’est imposée la dilution de ce que les Algériens considèrent comme les sources de leurs problèmes. Cette évolution participe à ce que le scénario de 1988 ne puisse certainement pas se répéter sous la même forme.

    Mais les explosions de colère continuent tout de même. On peut même dire qu’il n’y a eu que la présence du terrorisme pour prendre le dessus sur le phénomène, ce qui est tout à fait normal du moment que la sécurité est toujours prioritaire par rapport à tout autre souci.

    Ce contexte nouveau, celui qu’on ose qualifier d’”après-terrorisme”, soulève cependant des interrogations sur la nouvelle motivation des émeutiers. Si en 1988, la thèse partagée était celle du défouloir et du mécontentement grandissant pour déchiffrer le moteur des émeutes que le pouvoir – ou une partie du pouvoir – a provoquées, canalisées et calmées en un seul mouvement, on en retient surtout qu’elles n’avaient aucun mot d’ordre précis et que leurs animateurs n’étaient pas des militants politiques, puisque la majorité des militants clandestins étaient déjà sous les verrous quelques semaines avant les manifestations. Les émeutes d’aujourd’hui, en dépit du pluralisme, ne sont déclenchées ouvertement par aucune organisation, même si, par la suite, les cadres d’un parti ou d’un syndicat se voient en faire les frais, qu’ils soient dans le coup ou non. Elles ont par contre une revendication et, parfois même, des plateformes de revendications. Ces dernières sont généralement d’ordre socio-économique, très rarement politique, encore qu’il faut se garder d’observer une dissociation totale entre ces deux natures.

    Dans les différentes interventions sur la question, les sociologues expliquent l’émeute par l’absence de canaux d’expression et de dialogue face à des institutions qui leur tournent le dos. Cela est parfaitement vrai. Les concepts d’exclusion et de précarité sont systématiquement ressortis, mais comme si la réalité de la population algérienne était une, ne différant en rien dans ses aspects

    culturels.

    Les émeutes en Kabylie, à Ghardaïa, à Labiodh Sidi Cheikh ou à Tamanrasset n’ont pourtant pas les mêmes motifs, ne sont pas déclenchées par les mêmes processus et ne débouchent pas sur les mêmes capacités de “récidive”. Le déterminant indubitablement commun, en revanche, reste la cible de ces émeutes, c’est-à-dire tout ce qui personnifie ou symbolise l’autorité. L’adversaire n’est pas l’Etat ni telle ou telle institution, mais tout simplement l’autorité, parce que celle-ci s’exerce sans la population. On a beau dire qu’il n’est dans l’intérêt d’aucun pouvoir de rechercher l’instabilité. Bien au contraire – et cela est encore plus valable pour ceux qui aiment gouverner dans le silence – la stabilité étant la garantie de l’apaisement des contradictions du système politique lui-même.

    Dans le cas de l’Algérie, la multiplication des émeutes et la croissance de leur étendue – sans pour autant prendre un caractère national – démontrent toute la faillite du système politique. Il reste sans réponse face à la demande sociale, il est tout aussi incapable d’en absorber la montée. C’est ce qui se traduit, au moment de la gestion des troubles, par un déséquilibre patent qui se cristallise par la différence d’efficacité entre les institutions chargées du service public et celles en charge de la répression qui, par définition, sont une somme d’actes illégaux de nuisible à la population elle-même avant toute chose.

    L’autre élément constitutif de ces émeutes intervient quant à lui de manière nettement plus subtile. Il n’est pas à leur origine, mais semble décider dans une large mesure de leur aboutissement.

    L’on sait, maintenant que le fait est confirmé par un haut responsable de l’Etat intervenant directement dans la gestion des émeutes, que le gouvernement est parfaitement en mesure de les prévoir. La question se pose, telle un réflexe, de savoir pourquoi donc rien n’est fait pour les empêcher. L’émeute est-elle une fatalité ? N’est-ce pas là une contradiction pour qui cherche la stabilité ?

    En guise de réponse, l’on peut avancer deux opinions. La première, qui semble quelque peu hâtive parce que reposant sur une méconnaissance du régime, peut se fonder sur l’existence de forces qui trouvent tout intérêt à perpétuer l’émeute et pousser les masses à la casse. On peut dire aussi, par ce raisonnement, que ces mêmes forces utilisent les émeutes à des fins politiques, qu’il s’agisse d’opaques négociations en haut lieu ou de message destiné à des épreuves de force, etc. Pareille explication aurait parfaitement sa place dans le contexte d’octobre 1988, mais l’a-t-elle aujourd’hui ?

    La seconde lecture veut que ces émeutes soient tout bonnement provoquées, non pas par une force politique contre une autre, mais tout simplement par le régime dans le cadre d’une gestion globale de la société. Cela veut dire que, dans des situations où le choix est possible, l’on préfère canaliser le mécontentement en le transformant en émeutes stériles qui sont traumatisantes pour la population qui peine à se redéployer par la suite, y compris si le problème qu’elle cherchait à résoudre ne l’a pas été. Elles sont surtout stériles parce qu’elles empêchent, mieux que tout autre biais, la population de s’organiser, de se structurer. Dans ce cas de figure, les émeutes auxquelles l’on assiste ne seraient pas des explosions populaires, mais des implosions sciemment provoquées. Et dans un cas comme dans l’autre, il ne faut pas s’attendre à ce que la tendance aille se renversant.

    A government that robs Peter to pay Paul can always depend on the support of Paul.
    By: George Bernard Shaw

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