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Fatéma Bakhaï

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  • Fatéma Bakhaï

    “DOUNIA” DE FATIMA BAKHAI_Histoire, amour et rébellion


    Article publié par Amine IDJER _ liberte-algerie.com _01 Novembre 2011

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    1829, l’Algérie est encore sous la domination turque, avant de connaître un autre colonialisme, celui des Français en 1830. Dans ce roman, paru aux éditions Alpha, Fatima Bakhaï plante le décor dès les premières pages, pour situer le lecteur.

    On est dans l’Ouest algérien, plus précisément dans la vallée de Misserghin, dans l’Oranie. L’histoire a pour personnage principal Dounia, la fille de si Tayeb un riche commerçant, appartenant ?* la tribu des Zemalas. Orpheline de mère, Dounia, une belle fille de 16-17 ans – dont le charme ne laisse pas insensible – a été élevée par une nourrice, Mâ Lalia, qui a été pour elle plus qu’une mère de substitution.
    La jeune fille est le centre l’univers de sa famille. Son père malgré son aspect autoritaire et sévère, fond dès qu’il voit sa fille. Il en est de même pour la nourrice qui n’a d’yeux que pour elle, prête ?* donner sa vie pour sa protégée.
    Composé de deux parties, le roman est une succession de faits et d’intrigues.
    La première partie est en fait une mise en espace, voire un descriptif pointu, où le détail est très présent. En effet, l’auteure y dresse un tableau fort intéressant de la vie et du quotidien des Algériens ?* cette époque, un an avant l’invasion française de l’Algérie.
    Le lecteur suivra, dans cette partie l’évolution du personnage principal. Il y découvre une jeune femme passionnée, tendre, aimante, rêveuse, mais également ambitieuse. Malgré son jeune âge, Dounia a reçu une instruction solide : elle a fréquenté la médersa. “Elle y avait appris la lecture, l’écriture, le calcul, la géographie l’histoire, la poésie, un peu de droit, quand les jeunes filles de son âge, pour la plupart, lisaient tout juste quelques versets du Coran !” (page 19).
    Tout au long de cette partie, la vie de cette jeune fille est décrite au moindre détail. L’auteure, mot après mot, ligne après ligne, fait évoluer son héroïne, au point où le lecteur a cette impression de tout connaître d’elle. Il découvre les liens forts qui la lient ?* son père.
    Il partage tout avec elle, ses joies et ses peines. Il est triste que le père de Dounia convole en secondes noces. Il est entièrement d’accord que cette dernière voue une admiration quasi aveugle ?* Lalla Badra, la première épouse du Bey Hassan (qui a cassé les tabous n’ayant cure des traditions et des convenances : elle monte ?* cheval et porte un pistolet) au point où elle rêve de lui ressembler.
    Il est heureux quand la princesse invite la jeune fille ?* son palais… Devenu personnage pivot du roman, car introduite dans “la cours du bey”, Dounia intercèdera en faveur de Mustapha El- Koulougi, un ami ?* son père, pour qu’il puisse construire un hôpital…
    Quant ?* la seconde partie, elle débute avec le débarquement des Français, en 1830. Des intrigues, des déchirements, des départs précipités, des fuites. Toute la famille quitte la terre natale, Misserghin, pour s’installer ?* Oran. C’est également une histoire d’amour qui voit le jour. L’ennemi qui succombe aux charmes de la belle Dounia. Il est séduit par son tempérament, son caractère…
    Passionnant, le roman est une évasion livresque. Bien que l’histoire soit romancée, il n’en demeure pas moins qu’elle est truffée de repères historiques.
    À travers ce roman, Fatima Bakhaï revisite l’histoire de l’Algérie en général, et de sa région en particulier. Une écriture aérienne, captivante, elle arrive avec des mots simples ?* reconstituer un passé que beaucoup ne connaissent pas ou du moins juste les grandes lignes. Sans tournures détournées ou rocambolesques, ni fioritures, ce roman renseigne beaucoup sur le passé historique de l’Algérie. Pour rappel “Dounia” est parue la première fois en 1995 aux éditions l’Harmattan, Paris.
    Amine IDJER
    “Dounia” de Fatéma Bakhaï, roman, éditions Alpha, Alger, 2011.


  • #2
    Une conteuse ?* l'image de nos grands-mères


    Article publié par Kheira Attouche _ Le Temps d'Algérie : 26 - 11 - 2010



    Source


    Ecrivain prolifique, Fatima Bakhai s'attelle ?* conter la saga algérienne des origines ?* nos jours. Sans prétention aucune, loin d'être laudatrice et sans verser dans la glorification de l'histoire, elle a le don de narrer telle Shahrazade qui a su garder son souffle pour sauver sa vie. Fatima a cet esprit vif qui la caractérise. Volontaire, elle fait une incursion dans l'histoire de nos ancêtres.
    Toujours ?* la recherche d'innovation, elle ne tarit pas d'interroger la parole du terroir et de compulser les ouvrages anciens en quête de nouveautés. Se distinguant par sa volubilité et par son analyse pondérée, elle dit sans ambages sa passion de découverte, d'inventivité et de création. Dans cet entretien, c'est un écrivain enthousiasmé par l'histoire de l'humanité qui nous entraîne dans sa longue saga romancée.
    Le Temps d'Algérie : De formation juriste et ayant exercé comme avocate durant 20 ans, vous faites un saut dans la littérature, pourquoi ?
    Fatima Bakhai : En effet ! J'ai travaillé dans la justice pendant plus de vingt ans en qualité de magistrat puis d'avocate. Je n'avais plus rien ?* y découvrir, cela devenait une routine… J'aime la nouveauté, apprendre toujours. Les sciences humaines et la littérature m'ont toujours passionnée. J'ai tenté l'aventure !
    - Après vos premiers romans, vous vous attelez ?* l'histoire de l'Algérie avec cette trilogie, pourquoi cet intérêt pour l'histoire, est-ce pour rétablir des vérités historiques ?
    - Rétablir des vérités historiques ? Je n'ai pas cette prétention ! D'abord je n'en ai pas les compétences, je ne suis pas historienne ! Mais l'histoire de l'humanité me passionne dans tous ses aspects. Ce n'est que très tard que j'ai découvert l'histoire de mon propre pays. On ne me l'a pas apprise ?* l'école. Tous mes livres y font référence :
    La Scaléra, Dounia, Un oued pour la mémoire, La femme du Caïd, Raconte-moi Oran et puis j'ai entrepris l'écriture de la trilogie Izuran. C'était passionnant ! Les Algériens, en général, ne connaissent pas leur histoire. Quelques bribes parfois. C'est frustrant ! J'ai voulu la leur raconter non de manière scientifique, académique mais romancée. C'est plus facile et plus attachant je crois. Une saga qui débute au néolithique et s'achève ?* la veille de la colonisation française…
    Au fond, comme on me le dit parfois, je suis une «conteuse» ! Il n'y a donc aucune vérité ?* rétablir mais une histoire ?* raconter et que je raconte telle que je l'ai perçue après bien des recherches. Les historiens pourront me faire des reproches peut-être, je les accepte ! Je ne les trahis pas, je raconte des faits historiques établis mais tels que j'imagine que les ont vécus des personnages purement fictifs.
    - Peut-on connaître la thématique de ce dernier roman Au pas de la Sublime Porte ?
    C'est la suite d'Izuran I - Au pays des hommes libres et d'Izuran II - Les enfants d'Ayye. La saga continue. Les descendants vont vivre la période allant de la chute de Grenade au fameux coup d'éventail. La période ottomane ! Il y a tant de choses ?* y découvrir. C'est passionnant, en tout cas cela l'a été pour moi ! Ensuite, l'histoire est connue ! J'en parle dans mes premiers romans d'ailleurs.
    - Y aura-t-il une autre suite ?* Izuran ?
    Non, je ne crois pas. La suite ne pourrait être qu'une répétition de Dounia, de La femme du Caïd et de La Scaléra et je vous l'ai dit, j'aime la nouveauté ! (rires)
    - Quel est votre avis sur la littérature algérienne, a-t-elle amorcé un nouveau tournant avec des thématiques nouvelles ?
    Il semble que oui ! C'est tout ?* fait normal, les temps ont changé et les écrivains aussi. Je constate un regain d'intérêt pour l'histoire et surtout une nouvelle liberté de ton, mais je suis très mal placée pour juger de la littérature aujourd'hui.
    Ce qui importe c'est que des hommes et des femmes de plus en plus nombreux prennent la plume et que des hommes et des femmes lisent ce qui leur est proposé ! La décantation se fera d'elle-même. Mais la littérature algérienne pour exister vraiment a besoin d'entrer ?* l'école. La littérature a besoin de lecteurs, et les lecteurs se forment dès l'école primaire ! Chacun a besoin de la reconnaissance de l'autre !

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    • #3
      IZURAN AU PAYS DES HOMMES LIBRES DE FATÉMA BAKHAÏ

      À la recherche des racines perdues


      Article publié par Par Kaddour M´HAMSADJI - 14 Avril 2010




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      La chevauchée est longue (1000 ans!) entre les Mechtoïdes (et les Proto-Méditerranéens captiens) ?* Amzagh en passant par «Poil-Rouge»...
      ...C´est-?*-dire ?* ce retour au plus loin dans les origines, l?* où se retrouvent les racines les plus sûres, les plus authentiques d´une société. «Izuran» est le vocable berbère relatif ?* l´origine de la chose, comme «racine» ou plutôt comme «germe» qui précède «racine» et constitue le principe du commencement.
      Justement, Izuran au pays des hommes libres (*) de Fatéma Bakhaï est le roman de la recherche des ancêtres les plus lointains dans l´histoire de notre pays. Plus exactement, et au sens large, c´est une enquête sur l´Histoire ou, mieux, une «quête» d´éléments historiques montrant que «la berbérité en tant qu´identité et culture s´est forgée sur la terre d´Afrique du Nord et nulle part ailleurs», ainsi que l´a affirmé la spécialiste en préhistoire et protohistoire sahariennes, Malika Hachid dans Les Premiers Berbères, Entre Méditerranée, Tassili et Nil, Ina-Yas & Édisud, 2000.
      Née ?* Oran le 19 décembre 1949, Fatéma Bakhaï fait ses études primaires en France et après l´indépendance ses études secondaires au Lycée français d´Oran. Diplômée d´une licence en droit ?* l´université d´Oran, elle enseigne, un temps, le français et, ?* partir de 1981, elle exerce la fonction d´avocate. Bientôt elle s´intéresse ?* l´écriture (contes pour enfants et récits pour la jeunesse, études, articles,...) et, conjointement, ?* la recherche historique, spécialement un sujet très motivant pour une intellectuelle algérienne soucieuse de tenter de reconstituer son arbre généalogique, de remonter aux racines (Izuran) de son peuple.
      C´est ?* travers ses premiers romans qu´elle commence son expérience de chercheur de «l´identité algérienne». S´écartant de la voie littéraire prise par plusieurs auteurs des années 90, dont les oeuvres témoignent du drame de la «décennie rouge», créant ainsi ce qu´on a appelé «la littérature de l´urgence» formalisée par le «réel» ou l´«actualité», Fatéma Bakhaï se consacre ?* une oeuvre de longue haleine pour comprendre, analyser et redéfinir une émotion profonde ?* laquelle tout naturellement s´attachent les Algériens.
      Pour remonter jusqu´?* la source, Fatéma Bakhaï va nager, si j´ose dire, ?* contre courant. Elle commence sa «quête de l´authentique», en 1993, avec La Scalera (un roman montrant la lutte désespérée de Mimouna pour s´affirmer dans la société algérienne). Elle publiera d´autres ouvrages dont Un Oued pour la mémoire (1995, un roman où le patrimoine - l´Oued - est un repère important pour affirmer «une identité» ?* transmettre par Aïcha ?* sa petite fille Mounia), Dounia (1996, une femme glorieuse aux premiers jours de l´entrée des Français en Algérie), La Femme du caïd (2004, un sujet ?* la fois social et politique: la vie de Talia, une femme du siècle dernier),...Izuran, au pays des hommes libres est un roman qui reprend avec davantage de conviction et de pertinence la recherche des racines. L´histoire commence au temps des Poils-Rouges qui chassaient «dans les frondaisons» et s´arrête au temps d´Amzagh qui, revenant de Carthage, prévient son père de la prise de cette cité «par de nouveaux conquérants venus de l´est, des musulmans qui n´ont qu´un seul cri de ralliement: Allah Akbar.» Bien que la fiction domine dans ce récit, la simplicité du style, la précision de la description des événements (conquêtes romaines et carthaginoises), la générosité de la réflexion, le souffle épique éblouissant, rehaussent cette fresque totale servie par une qualité littéraire et historique peu commune jusque-l?* dans notre littérature ?* thème historique. Elle nous rappelle, par l?* aussi, la belle tentative de l´historien et écrivain Djamel Souidi avec, entre autres ouvrages, son Amastan Sanhaji (tome 1: Un Prince dans le Maghreb de l´An Mil; tome 2: Le Serment de fidélité).
      Dans son ouvrage qui annonce une trilogie très prometteuse, Fatéma Bakhaï procède d´une pédagogie pure, la seule efficace pour rendre attachants ?* ses lecteurs, les personnages et les événements d´un grand thème qui incontestablement intéresse les Algériens et les incite ?* rechercher leurs «racines». Sa démarche est triple: elle offre ?* imaginer sinon ?* observer les faits grâce ?* une documentation abondante et surtout extraordinairement fiable; les personnages et les événements sont replacés «dans le temps» et «dans l´espace» avec une rigueur descriptive éblouissante; l´expression est constamment claire et intelligible pour conduire une excellente communication sereine entre histoire et fiction et bien évidemment pour ne rien perdre de la «connaissance historique» établie. La reconstruction du passé est extrêmement méthodique, l´arbre généalogique s´élève et se développe tout naturellement, nous permettant de suivre, de vivre, les différentes époques dans lesquelles ont évolué tant de personnages au caractère plein de vérité et d´audace. C´est sûr, derrière cette peinture, il y a la compétence de Fatéma Bakhaï, car devant l´ampleur de la tâche, elle a déployé une grande vertu fermentée par une lucidité objective et une honnêteté scrupuleuse. Elle a soigneusement évité l´anecdote et les hypothèses de circonstance, elle a renoncé ?* formuler des constatations trop personnelles, partisanes ou dogmatiques, elle a transcrit, en quelque sorte, le vraisemblable, sans jamais l´imposer. C´est pourquoi ses personnages dialoguent et vivent dans une histoire parfaitement humaine, celle d´une nation qui a la volonté de reconquérir son bien fondamental qui révèle peu ?* peu ce que l´on sait et ce que l´on ignore. N´est-ce pas raison que l´on ait pu dire que «l´histoire n´enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout et donne des exemples de tout»?
      Fatéma Bakhaï nous fait entrer dans un domaine où elle témoigne de sa propre culture pour nous présenter une aventure humaine qui ne lasse pas l´attention puisque nous apprenons notre poétique généalogie - fût-elle figurée - qui éclaire le présent de notre société. Aussi suis-je tranquille sur l´avenir de la Matriarche qui a donné naissance ?* la tribu d´Ayye et qui n´a jamais, ?* vrai dire, renoncé ?* ses «droits et libertés». Un voyage dans le temps attend le lecteur volontaire qui se pose des questions sur son passé...

      (*) Izuran au pays des hommes libres de Fatéma Bakhaï, Éditions Alpha, Alger, 2010, 205 pages.


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      • #4


        IZURAN II, LES ENFANTS D’AYYE DE FATÉMA BAKHAÏ
        El Andalous survivra!


        Article publié par Par Kaddour M´HAMSADJI - 15 Septembre 2010




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        Une quête identitaire qui n’en finit pas de commencer et de recommencer...
        Après Izuran, au pays des hommes libres¸ voici, en réédition, Izuran II, les enfants d´Ayye (*) de Fatéma Bakhaï: une histoire multiple dans l´Histoire profonde de notre pays. Après un mois de Ramadhan, où les esprits se sont certainement rassemblés pour une toute nouvelle analyse et vision du monde pour la tolérance et la solidarité, peut-être que cet ouvrage, parmi tant d´autres qui pourraient être ?* notre portée, nous aiderait ?* mieux appréhender, et de façon rationnelle, notre identité nationale.
        Les événements qui y sont relatés sont essentiellement tirés de l´Histoire de l´Humanité originelle de notre pays au sens plein du terme. Voyez poindre alors la civilisation arabo-musulmane inspirée par une Andalousie brillante de tous ses atours de culture, de civilité, de conscience humaine. La remontée aux racines ou mieux «au germe» (Izuran) de son peuple, Fatéma Bakhaï ne cesse de l´affronter, dans ce livre II, avec une minutie de chercheur et une esthétique de poète qui nous séduisent comme «les chants et la musique des vingt-quatre noubas» qui, infiniment, continueront ?* survivre, l?* où la vie serait possible, et même l?* où la vie serait impossible. Le printemps 1492 ne fut pas ensoleillé dans le Pays d´El Andalous!
        Nous sommes en présence d´un roman, plutôt du roman du souvenir du pays appelé El Andalous - et par imagination fertile, ?* l´époque d´Icosium -, cette Andalousie de la péninsule ibérique où, selon le célèbre écrivain Claudio Sanchez-Albornoz, écrivant dans son Espagne musulmane, «Des milliers d´hommes qui vinrent depuis l´Orient et depuis l´Afrique se mélangèrent rapidement aux millions d´habitants de la Péninsule [Ibérique]. Dès le temps d´Abd al-Aziz, fils de Moussa, ils épousèrent des femmes espagnoles et au bout de plusieurs générations de croisements successifs, ?* peine si couraient dans les veines islamiques d´Andalousie, quelques gouttes de sang qui ne fussent pas hispaniques.»
        Mais, des rares échappés ?* la terreur des Rayes Católicos, les Rois d´Espagne, Ferdinand d´Aragon et Isabelle 1ère de Castille, tout au début de la Reconquista, qu´en est-il advenu? L´Histoire aura retenu la politique de pureté de sang proclamée, après le xie siècle, par les autorités chrétiennes espagnoles. Cette politique d´intolérance a visé les non-chrétiens et, en vérité en particulier de 1391 ?* 1492, les Juifs de Majorque, de Castille et d´Aragon et, davantage et en plus grand nombre, les Musulmans. Ces derniers comprennent les Berbères venus des trois unités du Maghreb de l´époque et les Arabes venus d´Arabie et de Syrie.
        Utilisant le terme «Moros» (en français «Maures», écriture ancienne «Mores») qui est généralement répandu dans l´Europe médiévale pour nommer «les autres», savoir les Musulmans que l´on imaginait, ?* l´époque envahissants et basanés», les Espagnols désignent ainsi «non seulement les Berbères, mais aussi, ?* tort, les conquérants arabes (article Maures, Encyclopédie Universalis, v 10).
        Tout en faisant mes excuses ?* l´auteur Fatéma Bakhaï de recourir l?* ?* une digression et, pour essayer d´être un peu plus complet sur ce rappel historique, j´ajouterai: si l´on se réfère ?* la vérité géographique, les Andalous sont les habitants du sud de l´Espagne médiévale et leur appellation tire son origine de «el-Wandal», les Vandales. Lorsque, vers la fin du xve siècle, les Andalous ont été chassés de leurs maisons et se sont révoltés contre la répression dont ils ont été victimes, les Espagnols les ont appelés Moriscos, c´est-?*-dire «Petits Arabes», pour les humilier et marquer leur mépris. Des insurgés ont pris les armes, se sont réfugiés dans les maquis et dans les montagnes de l´Andalousie.
        Héros authentiques de la résistance, certains sont devenus des mythes glorieux dans l´imaginaire des populations morisques frustrées de leurs droits de vivre sur leur terre natale, privées du simple droit d´asile et interdites de pouvoir exercer l´Islâm de leurs ancêtres. (Qui a dit que l´Histoire ne se répète pas?...Voyez l´actualité!) Dès lors, le personnage du Monfi, le «banni» ou «brigand Morisque» va hanter longtemps les esprits en Espagne comme dans toute l´Europe!
        Voil?*. Je pense que le lecteur comprendra mieux, si j´ose dire, l´impression qu´il pourrait avoir en découvrant les personnages (hommes et femmes) de la tribu d´Ayye, l´irréductible ancêtre, et leurs récits émouvants ?* travers l´histoire de l´Andalousie et de l´Histoire vécue au temps où le destin du pays s´ébauche. Doria, le personnage légendaire et puissant de la saga d´Izuran II, est omniprésente, même après sa mort.
        C´est le fil conducteur, la maîtresse d´un destin contraire - signifié par Icosium - ?* celui qui va naître, avec l´enfant, son petit-fils qui portera le nom de Hassan, et non de «Tirman comme le Tirman de la vieille légende, celui qui dompta le lion». Néanmoins, «le collier d´argent et de corail», symbole de la tribu des hommes libres, conserve son importance, celle d´exister par le souvenir des ancêtres.
        Aussi, face ?* ceux qui croient et ?* ceux qui ne croient pas, entre Doria et le curé Léonidas, entre Doria des temps révolus de l´Andalousie et des temps nouveaux, ceux des «nouveaux visages», des «robes longues» et des «turbans serrés», les Musulmans, les chrétiens et les Juifs, découvre-t-on un monde en construction. Le peuple des Amazighs évolue ?* pas mesurés et réfléchis vers de nouvelles réalités historiques.
        Par contre, les personnages traversent les temps historiques comme vivant des séquences passées, repassées, puis continuées dans une sorte de bourrasque aux multiples effets. De grandes figures de l´Histoire du pays apparaissent, agissent, disparaissent et réapparaissent ?* donner le vertige et ?* faire perdre le fil de l´histoire. Mais c´est l?* une merveille de l´auteur de narrer les événements historiques et de rendre crédibles les personnages et vraisemblables leurs actions.
        Ce livre, Izuran II, les enfants d´Ayye, est de belle facture, et dans l´écriture et dans les thèmes traités. Cependant, soyons avertis: nous devons être patients et attentifs en empruntant les chemins discursifs et envoûtants que nous propose Fatéma Bakhaï.

        (*) Izuran II, les enfants d´Ayye de Fatéma Bakhaï, Éditions Alpha, Alger, 2010, 197 pages.

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        • #5

          IZURAN III, AU PAS DE LA SUBLIME PORTE DE FATÉMA BAKHAÏ

          La Porte de la Malédiction



          Article publié par Par Kaddour M´HAMSADJI - 15 Décembre 2010




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          On ne peut pas faire dire ce qu’on veut ?* l’histoire d’un peuple qui s’est libéré...
          ...C´est ?* cette conclusion que je suis parvenu en lisant Izuran III, au pas de la Sublime Porte (*) de Fatéma Bakhaï. À part l´espoir têtu et la conscience volontaire, nous n´avions aucune certitude, avant l´indépendance, que viendrait le temps libre où l´Algérien pourrait se mettre ?* jour de ce qu´il se doit avoir de son passé. Autrement déj?* dit (lire L´Expression de mercredi 14 avril 2010, p. 21), l´Algérien prend aujourd´hui la liberté de s´organiser pour ce retour au plus loin dans ses origines, l?* où se retrouvent les racines les plus sûres, les plus authentiques d´une société, «Izuran» étant le vocable berbère relatif ?* l´origine de la chose, comme «racine» ou plutôt comme «germe» qui précède «racine» et génère par conséquent le principe du commencement. Cela pour dire que le passionné de son pays et qui a de l´amour-propre n´irait pas par d´autres chemins, des chemins étrangers douteux, pour apprendre son identité. «Il ne faut compter que sur soi, affirmait ?* juste raison Tristan Bernard, et encore pas beaucoup.»
          Ainsi donc, le ravissement continue avec les recherches de Fatéma Bakhaï. Après son premier Izuran, au pays des hommes libres, l´Histoire, suivi d´Izuran II, les enfants d´Ayye, voici, sur le même thème, son troisième ouvrage ou plutôt la troisième et dernière remontée vers notre histoire fondamentale, une longue aventure humaine, jalonnée de repères palpitant de vies grandioses souvent au sommet du bonheur éclatant mais souvent au bord de l´exécration aussi. Telles sont les «destinées» et elles sont telles qu´elles ne sont pas en notre pouvoir, sauf si la versatile Histoire s´impose ?* nous et alors, elle ne dépendra que d´un seul jour que Fatéma Bakhaï s´est au reste évertuée ?* faire apparaître dans les toutes dernières lignes de son présent livre. Elle y a mis une forte réflexion, juste ?* l´instant où le vigilant personnage, «le tabib Abdelhamid El kouloughli», fils de la belle et admirable Nafissa, témoin d´un drame qui se nouait au coeur de son «beau pays Djazaïr», se mourait d´une malédiction inimaginable: Charles X, le nouveau roi de France, représenté, face ?* son créancier Hussein dey, par son arrogant consul Pierre Deval. La scène ahurissante de cette provocation repoussée du bout d´un éventail donne le prétexte cherché par la France pour envahir El Djazâir: «Abdelhamid ouvrit les yeux. Il avait froid. Il lui fallut épuiser ses dernières énergies pour, sous sa couverture, tendre l´index droit. Il récita par trois fois la chahada, sa profession de foi, ses lèvres déj?* dures remuaient ?* peine. Il pensa ?* ses enfants, sa femme, sa mère, son pays puis soupira en évoquant le sinistre entretien qui l´avait tant perturbé. Ce fut son dernier soupir.»
          Cet entretien outrageant, repris d´une lettre imaginée de Abdelhamid adressée ?* ses «fils bien-aimés», est rapporté, avec les signes annonciateurs de la malédiction, en ce raccourci: «Michel Cohen Bacri, un juif de Livourne, s´était associé avec Neftali Bouchenak, un juif de Djazaïr. Ils avaient leurs entrées au palais et obtinrent le monopole de l´exportation des blés. [...] Ils étaient toujours affables mais je ne crois pas que leur honnêteté ait été aussi grande que leur courtoisie. Les deys ont été d´une grande patience! [...] Le gouvernement français [...] a mis au point tout un arsenal juridique qui lui permettait de garder la face sans avoir ?* débourser un franc! [...] Hussein dey était excédé! Il attendait le versement de sept millions mais il ne savait pas qu´?* Paris, les yeux brillants de convoitise, on évaluait, ?* tout le moins, ?* cent cinquante millions la fortune de la régence!»
          Les faits remontent ?* loin. «Au pas de la Sublime Porte» est d´abord attaché celui de Walid et, plus encore celui de Hind, l´exceptionnelle, sa mère. Que ce temps est loin, mais qu´importe, Fatéma Bakhaï poursuit la légende de sa sublime saga en l´illustrant soigneusement de références enracinées dans l´évolution constante des hommes et des événements marquants des époques revisitées. Mêlant intrigues crédibles et descriptions minutieuses, réalité convaincante et imagination féconde, le genre historique prend ici une allure et un intérêt rarement atteints. Le style sobre, écartant l´amphigouri et particulièrement le propos ampoulé, donne de la vraisemblance aux faits historiques dont il s´agit et beaucoup de justesse au charme du récit.
          En effet, le lecteur traverse les temps, les territoires et les sociétés avec des personnages exceptionnels; il s´émerveille d´un passé auquel il adhère tout naturellement. Son identité, il la sent se construire dans l´abondance de détails auxquels a recours Fatéma Bakhaï pour certifier exacte l´histoire qu´elle propose. Oui, avec les prestigieux aïeux déj?* présentés dans les deux volets précédents, avec ici le dernier Uzuran, Omar, pourtant «si secret» et sans doute parce que secret, a une mémoire qui parle d´une histoire qu´on lui avait racontée et que désormais il allait en commencer une autre dès le jour où il «acheta deux gros cierges qu´il alluma au mausolée de Sidi Abderrahmane».
          En somme, El Djazâir, Khair-Eddine, les Pachas, les Beys et les Raïs, «Djazaïr la perle de l´empire», la résistance aux envahisseurs étrangers et ceux mus par la croisade, l´esprit de la civilisation andalouse, l´architecture, l´urbanisme,...tout comme le commerce et les richesses de «Djazaïr», la vie sociale en général, les joies et les peines, l´aisance de la haute société, la rigueur du comportement militaire, le quartier «interlope» (baño, les bains pour les Espagnols, bagne pour les Français) sont autant de repères historiques, autant de théâtres où évoluent, tour ?* tour, des personnages illustres: Selim, Mourad, Hadi, Mustapha, Nafissa, Abdelhamid,...Ali, Mansour, Hind, Walid, Omar,...Ils nous reviennent tous comme des souvenirs longtemps perdus et, une fois retrouvés, ils mettent au fond de notre âme une sorte de stigmates de leur histoire.

          (*) Izuran III, au pas de la Sublime Porte de Fatéma Bakhaï, Éditions Alpha, Alger, 2010, 230 pages.


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