Announcement

Collapse
No announcement yet.

Algerian Theater to service the system.

Collapse
X
 
  • Filter
  • Time
  • Show
Clear All
new posts

  • Algerian Theater to service the system.


    Culture (Edition du 17/12/2003)
    Ziani Cherif Ayad à Liberté nous parle de son limogeage du TNA
    “Je veux des explications”
    Entretien réalisé par Wahiba Labrèche Lu (166 fois)


    Son limogeage a suscité une vive réaction auprès des directeurs de théâtre français, également partenaires du TNA dans le cadre de l’Année de l’Algérie en France.
    Dans cet entretien, l’ex-directeur du TNA interpelle Mme Toumi sur son éviction. Il défend également ses choix pour Djazaïr 2003.

    Liberté : Quelle lecture faites-vous de la “guerre des lettres ouvertes” entre Mme Toumi et les directeurs de théâtre français à propos de votre limogeage ?
    M. Ziani Cherif Ayad : Quand j’ai lu la lettre, dont j’ai été destinataire d’une copie, je savais exactement qu’elle allait être la réponse de mme la ministre. C’était inévitable. Personnellement, je m’attendais à cette réaction. Les directeurs de théâtre et des institutions théâtrales français savaient qu’on allait encore sortir les histoires de colonialisme, etc. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’en février 2001, j’organisais les journées théâtrales du TNA, avant de me lancer dans la confection d’un programme pour l’Année de l’Algérie en France. Pour être un peu objectif, il fallait faire un état des lieux et un bilan de ce qui existait comme spectacles. Donc, nous avons chargé certaines personnes de faire l’inventaire et une sélection de ce qui existait au niveau des différents théâtres du pays. Une vingtaine de pièces ont été retenues pour les journées théâtrales du mois de février. C’est à ce moment que j’ai commencé à contacter les directeurs de théâtre français, pour qu’ils aient une idée des spectacles montés en Algérie. La règle des saisons culturelles qui se déroulent en France veut que les responsables des établissements et des espaces culturels se déplacent dans les pays pour choisir ce qui convient à la ligne éditoriale de leurs espaces. C’est ainsi pour le Maroc, l’Algérie ou pour la Chine. Les français ont le dernier mot. Ils n’ont pas pour obligation de retenir quoi que ce soit. Il se trouve que je connais les points forts et les défauts du théâtre algérien. Je savais pertinemment que pour partir en France, il fallait construire des projets. J’ai essayé de faire comprendre aux français qu’Alger est loin d’être Avignon bis. Pour qu’ils viennent faire leur choix, il fallait surtout instaurer un partenariat.
    L’Année de l’Algérie a aussi suscité un grand débat. Est-ce l’Algérie officielle qui véhicule la parole du pouvoir ? Où est-ce réellement l’Algérie des artistes ? En France, aussi, il y a eu une pétition contre cette année. Pour nous, c’était une bataille, moi je n’ai rien à voir avec le pouvoir ; ce que je voulais c’était de faire entendre la parole des grands artistes algériens pour qui l’Algérie et le pouvoir n’ont rien fait. Nous voulions montrer le génie créateur des Algériens.
    C’est comme ça que tout est parti. Bien sûr, ici tout a été sciemment détourné. Pour nos institutions, c’était le retour du colonialisme et la démagogie. On trouve facilement la possibilité de justifier ses faiblesses. Il se trouve que le partenariat s’est fait avec les directeurs signataires de la lettre. Le travail touchait également à la formation dans certains métiers que le ministère ne s’est jamais soucié de faire.

    La ministre évoque, entre autres raisons de votre limogeage, la pétition des hommes de théâtre algériens exclus de toute la manifestation…
    Bien sûr, ceux qui n’ont pas été retenus se sont plaints. Mais il est légitime que les Français se posent des questions, quand ils voient leur partenaire réussir à faire jouer une troupe étrangère à la comédie-française, et êtrelimogé sans raison apparente. Je demande à Mme Toumi de m’expliquer pourquoi j’ai été limogé sans aucun motif officiel. La pétition signée par les hommes de théâtre algériens aurait dû servir à ouvrir un vrai débat autour de la crise du théâtre algérien et sur le pourquoi de l’exclusion de certains. Je ne comprends pas l’attitude de la presse algérienne, qui publie des comptes-rendus négatifs de certains spectacles montés et qui, en même temps, se demande pourquoi ces spectacles n’ont pas été retenus pour représenter l’Algérie dans Djazaïr 2003.

    Estimez-vous que la tutelle s’est servie de vous, en vous nommant à la tête du TNA, au moment où il fallait redorer le blason du théâtre algérien pour Djazaïr 2003 ?
    Bien sûr qu’on peut interpréter les choses de la sorte, surtout avec l’évolution des évènements. Même les directeurs de théâtre français se sentaient manipulés. C’est ce qui explique leur réaction énergique. Car quelque part on s’est dit : on a redoré le blason de la culture algérienne et du théâtre, en particulier, et maintenant on ferme la parenthèse. Quand j’ai pris la direction du TNA et du département théâtre et danse de Djazaïr 2003, j’ai considéré qu’il y a des auteurs, des metteurs en scène et de jeunes comédiens qui font un travail lequel, placé dans son contexte, n’est pas du tout facile à réaliser. Et, aussi, que ce sont ces gens-là, les Alloula, Kateb Yacine… qu’il fallait faire connaître au public français ou algérien. C’est cette parole qu’il fallait faire entendre, ici en Algérie. Pour nous, le travail devait se faire d’abord ici, il fallait “recimenter” une vraie base du théâtre algérien et garder les pères fondateurs du théâtre algérien contemporain et imaginatif. Un théâtre utile à la société, qui a interpellé la société et que la société a pris en solidarité. Pour nous, la réconciliation avec le jeune public doit se faire avec le théâtre le plus représentatif de l’art algérien. Je ne me sens pas travailler pour les Français. Un travail de qualité sur le plan artistique peut parler à n’importe quel public, on n’a pas à cibler ni à s’adapter pour tel ou tel public. Il faut être conséquent avec soi-même et authentique avec ce qu’on veut exprimer.

    Vos choix pour l’année de l’Algérie en France ont été trop élitistes…
    Mais non ! Ça c’est un vrai-faux débat. Cela veut-il dire qu’on crétinise le public algérien ? On se met dans la peau du paternaliste qui dit : je comprends et le public ne comprend pas. Je ne trouve pas que cela soit un discours intelligent. Il y a de grands hommes qui ont développé une vision du théâtre populaire. Antoine Vitez disait : “Je fais du théâtre d’élite pour les classes défavorisées.” Ce n’est pas sous prétexte qu’ils sont défavorisés qu’on va leur donner du n’importe quoi. Quand on me dit que Yacine c’est du théâtre d’élite, je dis que c’est là une forme de censure. On ne peux pas le censurer directement, l’interdire, mais on le fait de manière indirecte. On ne veut pas que les gens comprennent réellement ce qu’exprime Yacine.

    L’Année de l’Algérie en France touche à sa fin. Que peut-on retenir de tout ce qui s’est fait pendant cette année dans le domaine théâtral ?
    Sur les quarante ans passés, beaucoup de collègues ont eu à exprimer leur vision du théâtre. Mais toutes ces visions sont restées sans pratique sur le terrain, parce qu’on ne leur a pas donné les moyens et c’est resté dans les tiroirs des bureaucrates.
    À titre d’exemple, je retiens le cas de Mustapha Kateb, qui a été, avec Boudia, à la source de la création du théâtre national algérien, en tant que théâtre moderne. Cet homme, qui a essayé de mener une vraie politique de théâtre pendant près de dix ans, et à qui on doit l’école des arts dramatiques, a été limogé par un ministre sans raison, si ce n’est parce qu’il a défendu son espace théâtral.
    Le même scénario s’est produit avec Alloula, limogé parce que, lui aussi, a agi en professionnel. Quand je suis arrivé à la tête du TNA et que j’ai su que le directeur ne pouvait arrêter la date d’une première ou inviter un artiste étranger sans l’aval du ministère, j’ai trouvé que c’était absurde. Arrivé à ce niveau-là, je ne vois pas comment on peut parler de politique culturelle ou d’action culturelle.
    Je peux être minoritaire, mais au moins qu’on ouvre un vrai débat. En 1989, quand j’ai vu que j’étais ligoté par le Théâtre national, je l’ai quitté. Et quand j’ai vu que je ne pouvais plus faire de théâtre en Algérie, je suis parti.

    Mais dans votre lettre adressée à la presse, vous n’avez pas présenté de bilan de votre gestion du TNA.
    D’abord, je voudrais souligner qu’en quarante ans d’activité, il n’y eut jamais de saison théâtrale au TNA. J’ai fait en sorte que l’année de l’Algérie serve le théâtre et non le contraire. J’ai établi une mise en perspective d’un vrai théâtre national. J’ai essayé d’ouvrir des chantiers de formation, des résidences d’écriture…. Tous mes projets sont écrits noir sur blanc et je les ai adressés au ministère. C’est moi-même qui suis en droit de demander une réponse par rapport au bilan sur la réorganisation du théâtre que j’ai envoyée à Mme la ministre, à la fin de cette saison. Il paraît qu’au ministère, ils n’ont pas eu le temps de le lire. Il paraît, aussi, qu’on veut algérianiser le théâtre. Qu’on m’explique ce que cela veut dire. Personne ne se pose la question de savoir pourquoi aucun auteur algérien n’est enseigné à l’école nationale des arts dramatiques. Bien au contraire, on apprend aux étudiants le mépris de ces auteurs, comme quoi c’est un théâtre mineur.

    Le nouveau directeur du TNA trouve que les pièces montées dans le cadre de Djazaïr 2003 ne sont pas exploitables…
    Je ne comprends pas pourquoi ces pièces ne sont pas exploitables pour le TNA. J’aimerais bien qu’on m’explique pourquoi ? J’ai déjà eu une expérience de ce genre. Je me suis battu pour monter Mille hourras pour Engels, de Mohamed Dib.
    À l’époque, personne n’a voulu me subventionner. Et, maintenant, nos responsables lui rendent hommage. Dire aujourd’hui que Nedjma n’est pas exploitable, c’est de la censure. J’aimerais bien voir les officiels qui parlent de Yacine programmer un jour Nedjma. Comment ? On ne peut pas montrer cette pièce au public algérien. Et, après, on fait de grands discours sur Yacine. C’est ubuesque ! Nous vivons des situations complètement absurdes. Peut-être que cela fait partie de l’algérianisation du théâtre.


Unconfigured Ad Widget

Collapse
Working...
X