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Le journal d’Ann Sjoberg, une Suédoise en Algérie

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  • Le journal d’Ann Sjoberg, une Suédoise en Algérie


    Trouvé tel quel, oublié sur un ordinateur dans un cybercafé, ce journal d'une Suédoise de passage en Algérie;

    Cher Björn, je t'envoie mon journal, comme tu me l'as demandé :

    - J'ai du mal à me faire à ce pays. Jeudi 9 avril 2009, soit jeudi dernier, une élection présidentielle a eu lieu. Bien sûr, c'est un homme qui a gagné, avec un score impossible en Suède, et en plus il est très vieux. Pourtant, j'avais vérifié sur Google avant de venir ici dans le cadre de la coopération et j'ai vu que 70% des Algériens ont moins de 30 ans et que 55% sont des femmes. Très étrange, y a-t-il un organisme de statistiques dans ce pays ? Et si oui, est-il consulté par les décideurs? Je vais me renseigner et je te dirais.

    - Deux jours après, j'ai appris par les journaux que quelques bombes avaient été déposées un peu partout et tué beaucoup de monde. Mais pourquoi les Algériens tuent-ils autant d'Algériens ? J'ai essayé de me rapprocher d'un Algérien pour comprendre, mais il m'a demandé en mariage. Pourquoi le mariage? Est-ce une coutume locale de bienvenue ou s'agit-il de quelque chose d'autre ? J'ai essayé ensuite d'aborder une Algérienne, pour changer, et elle m'a tout de suite demandé si je ne voulais pas épouser son fils. Je me suis dit qu'elle était trop âgée et que si je voulais comprendre, je devais voir avec les jeunes, qui sont normalement plus modernes. Mais peine perdue, la jeune fille que j'ai abordée, ouverte, mignonne et très bien habillée, m'a demandé si je pouvais épouser son frère, chômeur d'après elle, depuis sa circoncision à l'âge de 5 ans. Pourquoi ce syndrome du mariage, est-ce que...

    - Trois jours après, je lisais les journaux qu'il y avait 5 000 morts par an dans des accidents de voiture et un jeune qui tentait de se suicider tous les trois jours. Pourquoi les Algériens se tuent-ils autant ? Je me demande si ce n'est pas lié à des légendes anciennes et au passage de l'autre côté de la vie où il y aurait un monde parallèle extraordinaire rempli de poupées ou d'autre chose ? Je vais me renseigner.

    - Hier, un homme m'a insultée dans la rue. Bien que je ne comprenne pas l'Algérien, bien que j'ai fait quelques cours d'Arabe avant de venir, j'ai quand même réalisé qu'il s'agissait d'une insulte puisqu'il m'a craché dessus en même temps qu'il me parlait méchamment. Je ne sais pas mais j'ai vu qu'en Amazonie, dans certaines tribus, cracher sur une femme symbolise la fécondité ou quelque chose de similaire, est-ce pareil en Algérie? Il faut que je vois un ethnologue pour comprendre. Je t'expliquerais.

    - Officiellement, je suis là pour une semaine, dans le cadre d'une coopération pour apprendre aux banques algériennes à gérer les crédits à court terme. Mais je n'arrive pas à partir, Björn. Ce sentiment est très étrange. Je t'envoie la suite la semaine prochaine. Là il faut que je rentre parce qu'il fait nuit. J'ai remarqué qu'il y avait un étrange rapport à la nuit ici, dès que c'est noir, il n'y a plus que des hommes dehors et ils sont très méchants. Peut-être un rituel lié au soleil ? Je t'en dirais plus, je découvre. À jeudi prochain.

  • #2
    If Algeria is intriguing to Algerians, then it will be intriging to non-Algerians as well. I find it difficult to believe the spitting story though.
    A truly rich man is one whose children run into his arms when his hands are empty - Mark Bradford.

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    • #3
      Chawki Amari, Jeudi 23 Avril 2009 :


      Trouvé tel quel, oublié sur l'ordinateur d'un cybercafé, ce journal d'une Suédoise de passage en Algérie:

      Cher Björn, je t'envoie mon journal de la semaine, comme tu me l'as demandé :

      - Quand je t'ai envoyé le récit de ma semaine dernière, je ne le savais pas mais cela a été très mal pris. J'ai eu des réactions assez violentes, on m'a traitée de tous les noms, dont je ne connais pas la plupart de leur définition exacte. Les gens m'ont insultée mais j'ai noté que c'était surtout les hommes, notamment de Vancouver, ce que je j'ai pas très bien compris. Pourquoi Vancouver ? Si ce Vancouvérois (je ne sais pas comment on appelle un Algérien qui habite à Vancouver) ne se reconnaît pas dans la situation que je décris, pourquoi ne vit-il pas en Algérie ? Cela reste un mystère pour moi mais j'ai au moins compris que ceux qui défendaient le plus mal l'Algérie sont en général absents, et vivent en dehors du pays. Et paradoxalement, ils n'aiment pas que l'on dise ce que l'on pense de l'Algérie avec un regard extérieur, alors que eux-mêmes, ne sont pas prêts à rentrer pour vivre en Algérie.

      J'ai rencontré un Suédois hier, par hasard, dans une réception et je l'ai reconnu à son accent. On en a parlé. Bien sûr qu'en Suède, nous n'avons pas réglé tous nos problèmes, et même moi, si je suis ici, Björn, c'est aussi un peu pour retrouver un sens à ma vie, surtout depuis que tu as décidé de me tromper avec ton voisin, ce que j'ai très mal pris d'ailleurs. Mais ça, tu le sais. En tous les cas, je ne l'ai raconté à personne ici, il faut bien admettre que ce serait difficile à comprendre. Je dois aussi avouer qu'il est difficile d'être une blonde à Alger, alors que j'ai remarqué que beaucoup d'algériennes se teignaient en blondes mais n'ont pas autant de problèmes que moi. Pourquoi ? Parce que j'en suis une vraie ? Je ne sais pas mais il y a comme un problème avec l'authenticité ici, comme s'il fallait faire semblant, tout le temps, et ne pas faire semblant, de temps en temps. Et si je me teignais en brune, qu'est ce que tu en penses ?

      Avant-hier, j'ai rencontré un homme intéressant dans l'un des rares bars d'Alger où une femme peut rentrer seule sans se faire arrêter par les brigades antiterroristes. J'ai pris deux bières et un homme s'est assis à côté de moi, sans que je l'invite. Il avait une bonne tête et s'est présenté comme un pilote de navette spatiale, ce qui m'a un peu étonnée. Ensuite, on a parlé de la sexualité des Algériennes et il avait l'air de bien connaître le sujet. J'aurais voulu lui dire que sexuellement, je suis assez malheureuse mais je me suis retenue, parce que je ne comprends pas encore bien les codes sociaux ici. En tous les cas, il semble que les Algériennes soient plus libérées que moi, ce qui est assez paradoxal.

      L'homme, qui m'a dit après être ingénieur doctorant en Italien (mais qu'est ce cela veut dire ?) dans une société américaine d'origine (pourquoi d'origine?) m'a offert un verre et une heure plus tard, il a voulu m'emmener chez moi pour me raccompagner mais j'ai compris qu'il voulait m'emmener chez lui pour que je l'accompagne. Tu vois, Björn, ça par contre, ne me gêne pas trop, je suis encore une jolie femme. Mais j'ai poliment refusé, et je crois qu'il l'a mal pris. Ce que je ne comprends pas par contre c'est que quand je lui ai dit que ce n'était pas possible, il a menacé de me dénoncer à la police de l'immigration, étant lui même général major des frontières d'après ce qu'il dit (c'est quoi un général major des frontières?). Pourquoi me menacer alors que je suis en règle, ce que je lui ai dit. Mais il m'a dit que mes papiers, il pouvait les déchirer, tout comme il pouvait me déchirer moi même. Je ne comprends pas encore comment peut-on déchirer un être humain mais je vais me pencher sur la question. Je t'en dirais plus, je découvre. À jeudi prochain.

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      • #4
        Chawki Amari, Jeudi 30 Avril 2009 :


        Trouvé tel quel, oublié sur l'ordinateur d'un cybercafé, ce journal d'une Suédoise de passage en Algérie:

        Cher Björn, je t'envoie mon journal de la semaine, comme tu me l'as demandé :

        - Ça y est, je ne suis plus à l'hôtel, j'ai finalement loué un appartement. Sur les hauteurs d'Alger mais à des prix plus chers qu'à Stockholm, ce qui m'a beaucoup étonné. En plus, étrangement, le propriétaire m'a demandé de le payer 20 ans d'avance et il avait l'air très sérieux. Mais comme je lui ais dit que je ne restais qu'un an, le temps d'une mission de contrôle d'équipements, il a accepté que je ne paye qu'un an d'avance. « Mais parce que c'est vous », m'a-t-il dit. Alors qu'il ne me connaît pas. Vraiment surprenant le marché de l'immobilier ici. En tous les cas, l'appartement est confortable et bien équipé, téléphone, frigo, congélateur, machine à laver, télévision et une belle vue sur la ville. Il y a une grosse cuve en zinc sur le balcon, je n'ai pas encore compris à quoi elle servait, peut-être y a-t-il du pétrole dedans, les Algériens en stockant pour les périodes difficiles ? Je crois que cette cuve a un rapport avec l'eau parce qu'à chaque fois que j'ouvre un robinet, un bruit effrayant s'entend. Faudra que j'en parle au propriétaire.

        Pour le reste, c'est très bien, la télévision est moderne, avec une espèce de lecteur DVD sans DVD dessus, un démon je crois que ça s'appelle d'après ce que m'a dit le propriétaire. En tous cas, il capte des milliers de chaînes de télévision, et même des chaînes suédoises, ce qui va me rapprocher du pays. Le propriétaire m'a aussi précisé qu'il n'y avait que des chaînes propres et que je n'avais pas à m'inquiéter. Je n'ai pas osé lui demander ce que c'étaient des chaînes propres, lavent-ils les chaînes avant de les diffuser ? Je vais me renseigner sur ce sujet, j'ai remarqué que les intérieurs étaient tous très propres ici et qu'ils sentaient tous la même odeur, du doujavil on m'a dit, je ne sais pas ce que c'est mais il faudra que j'en achète, même si l'odeur est un peu trop chimique.

        En tous les cas, mon installation s'est bien passée. Les voisins sont venus m'accueillir avec beaucoup de gentillesse et l'un d'eux m'a même proposé à l'oreille de laver mes sous-vêtements. Je lui ais dit que j'avais une machine à laver mais il m'a expliqué qu'il fallait que j'évite, ces machines d'après lui appellent les jnouns, ce que je n'ai pas bien compris, peut-être que les machines à laver sont reliées au téléphone ? Mais bref, les voisins sont très gentils et ils m'ont offert du couscous, tu sais, ce bon plat national de semoule fine qui donne très faim après en avoir mangé, comme un apéritif.

        Tu te rappelles Björn, la semaine dernière je t'avais parlé des fausses blondes et des vraies brunes ? Et bien sur les conseils de ma voisine, j'ai pris une décision à l'opposé de tout ça et me suis finalement teinte en rousse, avec du hénné, une plante verte qui devient orange et qui sert à plein de choses si j'ai bien compris, notamment à se marier. Non, rassure-toi, je ne vais pas me marier, même si ma voisine a tenu à me présenter son fils, un bon parti d'après elle, chômeur mais qui a déposé un dossier ANSEJ pour devenir chef de parti politique. Il faudra que je me renseigne sur cette ANSEJ, je ne sais pas encore ce que c'est mais il me semble que c'est un genre de formation politique accélérée pour les jeunes, afin de propager une culture démocratique de fond. Je t'en dirais plus la semaine prochaine...

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        • #5
          Chawki Amari, Jeudi 7 Mai 2009 :


          Trouvé tel quel, oublié sur l'ordinateur d'un cybercafé, ce journal d'une Suédoise de passage en Algérie:

          - Cher Björn, je t'envoie mon journal de la semaine, comme tu me l'as demandé :

          Nous sommes déjà à trois semaines de mon arrivée et si au début, j'avais du mal à décoder cet étrange peuple qui ne parle que de codes, de décodage, d'encodage et de je ne sais quel démo ou portable à décoder, je commence maintenant à comprendre les Algériens. Ils veulent tout et rien en même temps, c'est très original. Ils veulent vivre, monter sur la lune, inventer des médicaments contre l'ennui, faire plein de choses et en même temps, ils veulent mourir, en finir, se tuer et tuer tout le monde tout en refusant les moyens que l'humanité a mis à la disposition de la vie depuis 10.000 ans.

          Pourtant, tout a l'air plus compliqué et je ne me suis jamais autant posée de questions sur l'être humain que depuis que je suis ici. Par exemple, cette semaine, ma voisine Najet a décidé que j'étais jolie, certes, blonde comme le veulent les constantes de Novembre, encore que je n'ai pas bien compris le rapport entre Novembre et la blondeur mais bref, elle m'a dit que finalement, je n'étais pas assez femme. Elle m'a donc fait la visite d'Alger par la face féminine, emmenée au hammam, puis chez la coiffeuse et puis après chez l'esthéticienne, cette dernière m'ayant demandé sans aucune pudeur de me déshabiller, pour m'épiler. Ça m'a posé un problème au début mais tout de suite, je me suis sentie à l'aise, tout était naturel et sans fausse pudeur.

          En fin d'après-midi, je me suis senti très femme, et en même temps, très loin de l'homme, ce qui, comme me l'a expliqué Najet, est quand même le but du jeu. Tu vois, le problème est que je ne m'étais jamais sentie aussi femme qu'à Alger et pourtant, je ne me suis jamais sentie le besoin de l'être. Bien sûr, comme me l'a dit Sarah la coiffeuse, une rousse fausse blonde et vraie brune qui ne s'appelle même pas Sarah d'ailleurs, oui, les hommes sont machos, méchants, misogynes, cruels et violents, mais en même temps, on ne va pas leur donner l'occasion d'être moins femmes. Ce qu'ils veulent au fond, c'est que l'on soit moins femmes, moins voyantes, mais paradoxalement plus femmes, plus attirantes.

          Tu vois Björn, tout se mélange un peu dans ma tête, femme, homme, algérienne ou suédoise, je ne sais plus vraiment. D'autant que j'ai appris par Sarah la coiffeuse, que l'Algérie est dirigée par une femme, qui ne serait autre que la mère de l'actuel président. Bien sûr, les coiffeuses sont connues pour propager un nombre invraisemblable de rumeurs, notamment sur la repousse des cheveux, le sérail politique homosexuel et les teintures qui rendent stériles mais il m'a semblé qu'elle disait vrai. Je vais me pencher sur ce sujet du sexe de l'Algérie. Je t'en parlerais plus. En tout cas, cette semaine, je ne suis jamais sentie aussi femme. Et du coup, les hommes me plaisent. Même ce voisin collant qui n'arrête pas de m'inviter à éplucher ses oiseaux. Je crois que je vais accepter, je te raconterais.

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          • #6
            Chawki Amari, Jeudi 14 Mai 2009 :


            Trouvé tel quel, oublié sur l'ordinateur d'un cybercafé, ce journal d'une Suédoise de passage en Algérie:

            - Cher Björn, je t'envoie mon journal de la semaine, comme tu me l'as demandé :

            Tout se passe bien pour l'instant à Alger. Il a fait très chaud ces derniers temps mais comme me l'a dit mon voisin de palier, c'est uniquement pour des raisons politiques. D'ailleurs à Alger, j'ai remarqué que les gens étaient très politisés. Un peu trop d'ailleurs, ils ont une phrase pour tout expliquer, ils disent « c'est voulu » à chaque événement, quand il y a un séisme, une augmentation des prix ou une manifestation. Je n'ai pas très bien compris mais il semblerait qu'il y ait un ministère de la planification qui prévoit tout, capable de fabriquer du beau temps, de la pluie, du travail ou du chômage.

            Mais bref, avec cette chaleur, je me suis dit qu'il fallait que j'aille à la plage, ce que j'ai fait grâce à un collègue qui a bien voulu m'y emmener. On est allés sur une plage à l'Ouest, du nom de Sidi Fredj, là où les Français sont arrivés, m'a dit mon collègue, alors que je croyais qu'ils étaient arrivés en avion, comme tout le monde. Mon collègue m'a aussi expliqué que contrairement aux Français, les Algériens partent de plus loin vers l'Ouest, pour aller en Europe. Mais en barque, question de moyens sûrement. En fait, les Algériens aiment tellement la mer que de temps en temps, ils prennent des petites barques pour aller jusqu'en Europe, ce sont de très bons navigateurs. Mais il semble que ce sport soit interdit puisque j'ai lu quelque part que quand ils se faisaient attraper, ces jeunes navigateurs se retrouvaient en prison.

            Mais bon, l'eau était très bonne, même si la plage était un peu sale. Ou non, m'a expliqué mon collègue, avant la saison estivale, les Algériens plantent des sachets dans le sable, une espèce de tradition agricole d'après lui, bien que je n'aie pas très bien compris le but de cette fertilisation symbolique, et surtout, qu'est ce qu'ils récoltent ? Des petits sachets ? Je ne sais pas et mon collègue n'a pas jugé utile de m'expliquer. Une heure plus tard, je me suis aperçue que j'étais la seule femme en maillot de bain, et j'ai compris que les Algériennes avaient la peau très fragile et évitaient de s'exposer au soleil, ce qui explique qu'elles aient la peau aussi blanche, alors qu'on est quand même en Afrique, si j'ai bien compris ma géographie. Elles nagent habillées de la tête aux pieds, ce qui doit effrayer les poissons à mon avis, ce qui explique par ailleurs qu'ils soient si cher et que l'Algérie soit obligée d'importer des sardines de Tunisie d'après ce que j'ai lu.

            Mais bon, ce sont mes propres interprétations, je ne sais pas vraiment. En rentrant, mon collègue m'a emmenée manger des brochettes mayonnaise, un plat local, dans un petit village très bruyant puis il a insisté pour que je vienne chez lui prendre ma douche. Ce que j'ai poliment refusé, avec un argument que m'a donné Sarah mon amie coiffeuse, je dois m'épiler à la cire. Il n'a pas insisté mais dans la voiture, en rentrant, il m'a beaucoup parlé de religion et de « la dernière heure », un temps qui arriverait où je devrais payer ce que j'ai fait. J'étais fatiguée, je n'ai pas très bien compris le rapport. Je t'en parlerais.

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            • #7
              Chawki Amari, Jeudi 21 Mai 2009 :


              Trouvé tel quel, oublié sur l'ordinateur d'un cybercafé, ce journal d'une Suédoise de passage en Algérie:

              - Cher Björn, je t'envoie mon journal de la semaine, comme tu me l'as demandé :

              Il a fait très chaud, ces derniers jours, mais vraiment très chaud. Par rapport à la Suède, c'est à peu près la température du four qu'on utilise chez nous pour faire cuire nos gâteaux. Pourtant tout semble assez cru ici, la réalité comme la vie, et je trouve d'ailleurs les Algériens et les Algériennes assez crus d'une façon générale. Mais bon, comme il a vraiment fait chaud, 500° selon ma voisine (en quelles unités comptent-ils les températures ?), je suis allée à la piscine dans un grand hôtel de la capitale, toujours sur les conseils de ma voisine, vu que pour la plage, je n'ai pas encore acheté cette tenue de plongée que mettent les femmes pour nager et que je me sens presque nue quand tout le monde est habillée en tenue de soirée pour se baigner.

              À la piscine, très chère par ailleurs, presque le prix d'un billet d'avion (je crois que c'est parce que l'eau est un produit rare) j'ai rencontré mon ami suédois. Bien que d'âge assez avancé, il nageait avec une jeune femme de 18 ans et avait l'air très à l'aise. Au début, je pensais que c'était la fille d'un de ses collègues mais non, ils étaient ensemble et en Suède, on aurait pu le poursuivre en justice. En tout cas, l'eau était très bonne, à tel point qu'il y avait des gens qui remplissaient des jerricans avec, partaient et revenaient en remplir d'autres. Dans quel but ? Je ne sais pas, d'après la jeune femme, ce sont des gens qui ont une piscine chez eux mais pas d'eau, alors ils viennent en chercher ici. Je crois qu'elle plaisantait mais je ne sais pas encore où s'arrête la réalité ici et où commence la dérision.

              Avant de partir, mon ami suédois m'a invité à une réception à l'ambassade le soir même et j'y suis allée. Il y avait plein de gens, c'était agréable. J'ai rencontré un ministre algérien qui est dans l'opposition, ce que je n'ai pas très bien compris puisqu'il est encore ministre en exercice. Pour lui, l'Algérie court à la catastrophe, économique et sociale, et quand je lui ais demandé pourquoi il était encore ministre, il m'a simplement répondu que c'était un travail qu'il faisait en plus, pour arrondir ses fins de mois. Je crois, Björn, qu'en Algérie les ministres n'ont pas de fonction politique, c'est comme dans une grande entreprise, où le directeur serait le président. D'ailleurs à l'ambassade, j'ai appris que des entreprises suédoises avaient signé de gros contrats avec l'entreprise Algérie et elles semblaient très contentes d'après leurs responsables qui étaient un peu ivres et affirmaient que l'Algérie était un pays très généreux, même s'il faut partager une partie des bénéfices avec un certain monsieur Tchippa, dont je n'ai pas très bien compris la fonction. Il faudra que je me renseigne sur cet homme qui a l'air très important bien qu'il ne figure sur aucun organigramme officiel.

              Le lendemain, je me sentais un peu fatiguée et je ne suis pas allé au travail, ce qui ici, peut se faire avec une facilité déconcertante. Il suffit de le dire et de décider de ne pas travailler. Mon amie Sarah la coiffeuse m'a emmenée au hammam où je me suis prélassée pendant des heures, comme au sauna. Il y avait beaucoup de femmes, toutes plus ou moins nues, et les plus vieilles palpaient les plus jeunes, pour vérifier l'état de la marchandise, m'a confiée Sarah en riant. Je n'ai pas très bien compris, mais je crois que les jeunes se préparent pour un concours olympique ou quelque chose dans le genre. D'ailleurs une vieille est venue me palper et j'ai poliment refusé l'opération. Elle m'a dit qu'elle était très moderne et a sorti son téléphone portable pour me prendre en photo. Ça m'a un peu gêné mais elle m'a dit que c'était pour elle, qu'elle était dans le design ou je ne sais pas très bien quoi. En tout cas, je suis sortie toute propre et je suis rentrée en me disant que c'est un pays très chaleureux, qui ressemble à Facebook mais en vrai, où on peut se faire 500 amis en une seule semaine. Je t'en parlerais plus la semaine prochaine.

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              • #8
                Chawki Amari, Jeudi 28 Mai 2009 :


                Trouvé tel quel, oublié sur l'ordinateur d'un cybercafé, ce journal d'une Suédoise de passage en Algérie:

                - Cher Björn, je t'envoie mon journal de la semaine, comme tu me l'as demandé :

                Ces derniers jours, il a fait encore plus chaud et j'avoue que j'ai un peu de mal à m'y habituer, contrairement aux gens d'ici, qui marchent en zigzag sous le soleil, pour éviter les rayons m'a dit quelqu'un. Mais ce qui est étrange, c'est qu'avec ces 40° (95 m'a dit mon voisin mais je crois qu'il exagère), j'ai vu des hommes avec des blousons en cuir qui ne transpiraient même pas. Et des femmes tout en noir, de la tête aux pieds, où même leur visage était couvert par un voile, noir aussi. J'ai demandé à un ami algérien, il m'a expliqué que ces tenues étaient climatisées de l'intérieur, ça vient d'Arabie Saoudite, high tech. Je crois qu'il plaisantait mais dans tous les cas, pour survivre à cette chaleur habillé comme ça, il faut soit avoir réellement un climatiseur intérieur, soit beaucoup d'humour, comme je pense qu'en possède mon ami. D'ailleurs j'ai remarqué que tout le monde faisait de l'humour, noir aussi, c'est la couleur nationale. Les gens n'arrêtent pas de faire des blagues et on ne sait jamais s'ils sont sérieux ou ils plaisantent.

                Par exemple, je cherchais une robe légère, d'été, et un vendeur m'en a proposée une en me disant que si je la portais, Bouteflika il m'épouse. Oui, je sais que Bouteflika est le président et qu'il a eu une histoire avec une Suédoise, Jean Seberg, si je m'en rappelle, qui est morte dans d'obscures conditions mais portait-elle une robe similaire ? Du coup, j'ai eu peur et je ne l'ai pas achetée même si je sais qu'il plaisantait. Ils plaisantent tout le temps. Autre exemple, j'étais dans ma voiture, stationnée en ville et c'est vrai, je gênais un peu la circulation mais comme tout le monde ici. Un policier est venu vers moi et m'a demandé si je coulais une dalle. En plus il m'a dit ça, en Français, j'ai très bien compris. Mais pourquoi voudrais-je couler une dalle en plein centre-ville ? D'ailleurs quand le policier a vu mon permis suédois, il m'a dit qu'il allait me le retirer et m'envoyer en commission à la daïra de Rekyavik avec un sabot puis il est parti en riant. Mais il ne m'a pas retiré mon permis et m'a ordonné de dégager sinon il allait appeler la police.

                Dernier exemple, Björn, quand j'ai demandé à ma voisine si elle avait bien dormi, elle m'a répondu qu'elle ne savait pas puisqu'elle dormait. Ou quand j'ai demandé le prix des cerises à un marchand de fruits, il m'a demandé une ordonnance pour me servir. Mais il me les a vendues quand même et a insisté pour les envelopper dans deux sachets noirs parce que comme il m'a dit, si mes voisins voient ça, ils peuvent te tuer, il y a déjà eu des cas comme ça dans les journaux. Peut-on tuer quelqu'un pour un kilo de cerises ? Ou pour une robe ? Je me demande si c'est vrai ou simplement une blague.

                En tout cas, ce que j'ai réellement remarqué, c'est que tout le monde avait des sachets noirs, vraiment tout le monde. On y met de tout, des provisions, des papiers, des pièces de voiture et même des enfants d'après Sarah, mon amie coiffeuse. Elle m'a d'ailleurs dit qu'ils poussaient tous seuls. Pas les enfants, non, les sachets noirs. Comme je savais qu'elle plaisantait, je lui ai demandé avec quoi ils arrosaient les sachets noirs pour qu'ils poussent. Elle m'a dit avec de l'eau noire. Là, j'ai failli la croire, parce que l'eau noire c'est du pétrole, le plastique est un dérivé du pétrole et il y a beaucoup de pétrole en Algérie, plus que de sachets noirs. Bon là, je m'embrouille. Je dois te laisser Björn, Sarah doit m'emmener pique-niquer sur l'autoroute. Elle a l'air très sérieuse.

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                • #9
                  elle ne manque pas d'imagination cette ''Algerienne'' ....
                  l'auteur a loupé un point, les sachets noirs ne sont plus sur le marché ...

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                  • #10
                    Chawki Amari, Jeudi 4 Juin 2009 :


                    Trouvé tel quel, oublié sur l'ordinateur d'un cybercafé, ce journal d'une Suédoise de passage en Algérie:

                    - Cher Björn, je t'envoie mon journal de la semaine, comme tu me l'as demandé

                    Je suis toujours à Alger et je commence à m'y plaire, malgré quelques difficultés d'adaptation et surtout, une langue incompréhensible qui n'a pour l'instant fait l'objet d'aucun dictionnaire. Même sur Google, je n'ai pas trouvé grand chose à ce sujet et mon amie Sarah la coiffeuse, m'a expliqué en trouvant une définition originale, que la langue algérienne est un mélange de Berbère, d'Arabe, de Français et d'agressivité. Ce n'est peut-être pas faux, moi qui ne comprends pas cette langue, quand je l'entends, j'arrive presque à différencier les 4 éléments. En tout cas, j'ai appris un mot clé, « normal ». Oui, je sais, ce n'est ni de l'Arabe ni du Français mais il semble normal que tout le monde dise normal, y compris à propos des choses qui ne sont pas normales. Maintenant, je dis normal à tout va, même quand mon propriétaire me demande le prix d'un 4X4 pour mon loyer. Normal, tout est cher en Algérie alors que tout le monde dit que tout le monde est pauvre.

                    Mais bref, c'est l'été, il fait très beau, les filles sont belles et une certaine indolence a pris la ville. Je ne m'en suis pas rendue compte tout de suite mais il n'y a pas de plages à Alger, où l'on voit pourtant la mer à chaque virage. Pour nager ou simplement s'assoir en bord de mer, il faut faire des kilomètres, à l'Est ou à l'Ouest. En fait, les Algérois tournent le dos à la mer et d'une manière générale, comme me l'a expliqué mon boucher, qui dit avoir un doctorat en sociologie, les Algériens ne voient la mer que comme une autoroute à péage pour l'Europe. C'est une vision, « normal », m'a-t-il dit, quand tout le monde veut partir par la mer mais refuse d'y aller nager. Normal, parce que nager implique de rester dans les eaux territoriales algériennes, alors que justement, tout le monde veut en sortir.

                    Mais j'ai un autre sentiment, quelque chose d'étrange qui n'explique pas comment un pays chaud qui possède de si belles plages et un climat idéal, le rapport aux corps est si compliqué ? Il y a quelque chose de profondément injuste, les pays qui ne vont pas à la plage et qui ont ce profond malaise d'être dénudés, auraient du être placés loin de la mer et du soleil. À l'inverse, pourquoi la Suède est-elle froide alors que ses habitants ne pensent qu'à se dénuder et se baigner ? Normal, m'a dit Sarah, la nature fait mal les choses, les Algériens (et les Algériennes) adorent les blondes alors qu'il n'y en a très peu et adorent la viande alors qu'elle est hors de prix.

                    Pour rire, j'ai dit à mon voisin que puisque c'est ainsi, les Suédois devraient prendre l'Algérie et les Algériens la Suède, puisque couverts comme ils sont (les Algériens), ils devraient se plaire en Suède, où le climat est froid. Mon voisin n'a pas vraiment ri puisqu'il était entièrement d'accord et m'a même promis qu'il allait monter un groupe sur Facebook pour diffuser l'idée et interpeller les pouvoirs publics. D'ailleurs, après, tous ceux à qui j'ai proposé cet échange de pays étaient d'accord. À une seule condition pourtant, qu'ils aillent en Suède mais sans les Algériens. Ce qui pose un problème Björn ; tous les Algériens sont d'accord pour vivre en Suède mais sans les Algériens et de donner leurs pays aux Suédois mais que les Suédois restent en Suède pour accueillir les Algériens. Comment trouver une solution ? Il n'y en n'a pas. Normal, j'aurais dit, s'il y avait une solution, il n'y aurait pas de problème. Je commence à comprendre la langue algérienne. La semaine prochaine, Björn, je vais tenter de t'expliquer normalement pourquoi tout est anormal ici.

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                    • #11
                      Chawki Amari, Jeudi 11 Juin 2009 :


                      Trouvé tel quel, oublié sur l'ordinateur d'un cybercafé, ce journal d'une Suédoise de passage en Algérie:

                      - Cher Björn, je t'envoie mon journal de la semaine, comme tu me l'as demandé :

                      Ici, c'est vraiment l'été, tout est plus chaud, y compris les prix des fruits de saison, et tout est plus lent, y compris l'électricien qui est venu à la maison pour réparer le surpresseur de ma citerne et qui m'a demandé 6 mois de travail et 10.000 dollars d'avance. Bien sûr, sur les conseils de mon voisin, j'ai refusé et l'électricien est parti, très en colère, en me menaçant de me poursuive pour crime contre l'humanité au Tribunal pénal international. Résultat, je n'ai pas d'eau, je suis allée à la piscine avec Sarah, mon amie coiffeuse, dans un des ces complexes privés à la mode. C'est un autre monde, Björn, toutes les filles sont en maillot deux pièces, contrairement à la plage, et les garçons sont charmants et pas du tout agressifs, contrairement à la plage. J'ai réalisé qu'il y avait une différence entre les Algériens en intérieur et les Algériens en extérieur, comme si le fait de payer très cher l'entrée dans une piscine, autorisait chacun à faire ce qu'ils ne font pas à la plage, même les filles fument à la piscine alors qu'elles ne fument pas à la plage et les garçons dansent et jouent de la musique alors qu'ils ne le font jamais à la plage.

                      En sortant, je suis allée avec Sarah dans un charmant petit restaurant en terrasse, où les brochettes sont aussi minuscules que leur prix est grand. Elles étaient pourtant excellentes, on m'a dit que c'était du bœuf mais depuis que je suis à Alger, je n'ai pas encore vu une seule vache. J'ai constaté par contre que les Algériens buvaient des litres de limonade et des kilos de mayonnaise. Mon médecin suédois m'aurait parlé de tri glycérides, de cholestérol et m'aurait dit que les Algériens ne vont pas tarder à mourir. Mais ils sont minces et ont l'air en bonne santé, c'est paradoxal. Au restaurant d'ailleurs, le serveur m'a proposé un surpresseur tout neuf et a même offert de l'installer gratuitement. Comme quoi, en Algérie, ce n'est jamais là où on pense trouver quelque chose qu'on le trouve. D'ailleurs en quittant le restaurant, Sarah a acheté une pièce de rechange pour sa voiture chez un boucher, un déodorant chez un vendeur de tabac et journaux et une carte de recharge pour son téléphone chez un marchand de fruits et légumes. Comme quoi.

                      Le lendemain, je suis allé renouveler mon titre de séjour qui était en voie de péremption. Pendant que l'agent, un peu dépressif, me parlait de sa mère, il me demandait des tonnes de papier et même un extrait de naissance de ma grand-mère. Comme je n'en n'avais pas, il m'a dit que ce n'était pas grave et m'a demandé à la place une déclaration sur l'honneur comme quoi je promets de ne pas faire de politique, de ne pas monter d'association ou de dire du mal des gouvernants. Puis, à la fin de la procédure, il m'a demandé pourquoi je voulais rester en Algérie et si j'avais des problèmes. Je lui ai dit que non et il m'a avoué que depuis qu'il s'occupait des papiers pour les étrangers, il ne s'est jamais autant senti étranger chez lui.

                      En sortant, j'ai discuté avec un autre étranger, un Bulgare je crois, à la façon qu'il avait de s'habiller. J'ai appris que des entreprises étrangères étaient nombreuses à quitter l'Algérie en ce moment, à cause d'un certain Ouyaya, je n'ai pas très bien compris qui c'était, un monstre des légendes anciennes ou un groupe terroriste, je vais me renseigner. En tous les cas, ce Ouyaya fait peur à tout le monde, y compris à des gens qui ont l'air très puissants, comme un ogre qui sert à endormir les enfants. D'ailleurs, les Algériens sont un peu de grands enfants comme me le dit Sarah. À 20 ans, ils ont peur de leur père, à 30 ans, ils leur demandent de l'argent de poche et à 40, ils habitent chez leurs parents.

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                      • #12
                        Chawki Amari, Jeudi 18 Juin 2009 :


                        Trouvé tel quel, oublié sur l'ordinateur d'un cybercafé, ce journal d'une Suédoise de passage en Algérie :

                        - Cher Björn, je t'envoie mon journal de la semaine, comme tu me l'as demandé.

                        Cette semaine, j'avoue que c'était assez particulier. À part à la télévision, j'ai jamais vu une chaleur pareille dans ma vie, ou plutôt jamais sentie. Et encore, à la télévision, y a pas les températures. Mais bref, j'ai appris que la chaleur, en plus des divorces et des fugues juvéniles, avait causé des incendies et des feux de forêt. Par cette occasion, j'ai d'ailleurs appris qu'il y avait des forêts en Algérie, alors que je croyais, comme me l'avait dit mon voisin, qu'en dehors du Club des Pins, le reste de l'Algérie était un grand désert.

                        J'ai d'ailleurs essayé d'entrer au Club des Pins sur les conseils de mon amie Sarah, avec mon passeport suédois, puisque une loi étrange, autorise les étrangers à s'y baigner mais pas les Algériens et les Algériennes. Et encore, c'est plus compliqué, d'après Sarah, un étranger zambien ou yéménite ou cambodgien n'a pas le droit d'entrer, ce sont surtout les étrangers du Nord qui sont autorisés, m'a-t-elle précisé. Est-ce qu'un Esquimau a le droit d'entrer au Club des Pins me suis-je demandé ? D'autant qu'il fait très chaud pour lui ici, ce qui doit être équivalent chez lui de la température de cuisson des aliments. Mais bon, il paraîtrait qu'il n'y a pas d'Esquimaux en Algérie et bref, je suis allé au Club des Pins. Ou du moins, j'ai essayé d'y aller.

                        À l'entrée, il y avait plein de monde et d'après ce que j'ai pu voir, peu d'étrangers. Au bout d'une heure, j'ai réussi à exposer mon cas, le gendarme ne m'a pas crue et m'a dit que mon passeport était un faux et que j'étais une kabyle minable qui tentait de se faire passer pour une étrangère. Je n'ai pas bien compris la nature du malentendu et je lui ais proposé d'appeler mon ambassade. Je crois que c'est là qu'il a eu un doute, et après quelques réflexions, je suis finalement entré avec Sarah. Sur la plage, il y avait énormément de monde mais étrangement, pas d'étrangers. On a quand même nagé, et mangé des beignets, bien que j'ai longtemps maintenu à Sarah que le vendeur, pour vendre ses produits sur la plage, disait « beignets, beignets, allez vous baigner », mixant les deux activités balnéaires, manger et nager.

                        Le soir, en rentrant pleine de sel et de sucre, je me suis bien sûr demandé pourquoi, avec ces 1 200 kilomètres de côte et ces centaines de degrés centigrades que représente la température, les Algériens veulent se baigner au Club des Pins. Un grand mystère pour moi, Björn, que j'essaierais de t'expliquer dès que j'arrive à prendre une douche. Oui, ils coupent l'eau, étrangement surtout en été. Il y a une logique ici que je n'arrive toujours pas à comprendre.

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                        • #13
                          Chawki Amari, Jeudi 25 Juin 2009 :


                          Trouvé tel quel, oublié sur l'ordinateur d'un cybercafé, ce journal d'une Suédoise de passage en Algérie:

                          - Cher Björn, je t'envoie mon journal de la semaine, comme tu me l'as demandé.

                          Depuis que je suis en Algérie, j'ai jamais vu autant de drapeaux algériens. Bien sûr, je sais, c'est la victoire de l'équipe nationale de football contre la Guinée ou le Sénégal, je ne me rappelle plus, en tous les cas, c'est une victoire importante, c'est ce que j'ai compris. Je ne sais pas si l'Algérie va monter sur la lune mais elle semble bien partie pour ça. Moi aussi j'ai fêté la victoire avec mes voisins, on a allumé des fumigènes, on a chanté one two three, en Anglais, et on s'est embrassés, un peu trop d'ailleurs et quand celui du 2ème a voulu mettre ses mains dans mes 6 mètres - c'est Sarah mon amie coiffeuse qui ma appris cette expression -, j'ai refusé, il m'a traitée de sale zambienne qui ne sait pas faire la fête, ce que je n'ai pas très bien compris. Mais bref, à part cet incident, on était tous très heureux, bien que j'ai pas vu le match ni su si l'Algérie avait gagné la coupe du monde ou presque.

                          J'ai remarqué que les filles étaient toute sorties pour fêter la victoire, alors que d'habitude, on ne les voit pas beaucoup dehors. Elles étaient partout, sur les capots des voitures, dans les rues et les quartiers, à chanter et à danser toute la nuit. Le lendemain, elles sont toutes rentrées chez elles comme s'il ne s'était rien passé. Si j'étais une Algérienne, je demanderais aux pouvoirs publics, d'organiser un match une fois par semaine. Quand elles feront la fête tout le temps pendant longtemps, ça semblera normal après et il n'y aura plus besoin de match pour que les filles puissent s'extérioriser.

                          Je sais, l'idée serait que l'on se rencontre, pas toi et moi, car Björn, je dois te l'avouer, depuis que je suis là, je t'oublie de plus en plus et étrangement, je commence lentement à tomber amoureuse de mon vulcanisateur et j'ai oublié tous les fjords de mon enfance et de ma vie, là où on passait tous les deux des weekends fabuleux à manger du poisson séché. Oui, je sais, tu ne sais ce que c'est un vulcanisateur, je te rassure, je ne le savais pas non plus il y a quelques jours, c'est un corps de métier qui n'existe pas chez nous. D'ailleurs je ne m'en rappelle plus, c'est bizarre, comment fait-on pour gonfler les pneus en Suède ? Non, l'idée dont je parle serait que l'on se rencontre au niveau national pour s'affronter. Oui, un match Algérie-Suède. Oui, mais je ne sais lequel serait le plus rigolo, celui des équipes féminines ou celui des équipes masculines ? On le sait tous les deux Björn, oui, même en Suède, les hommes jouent au football mieux que les femmes.

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                          • #14
                            Chawki Amari, Jeudi 2 Juillet 2009 :


                            Trouvé tel quel, oublié sur l'ordinateur d'un cybercafé, ce journal d'une Suédoise de passage en Algérie :

                            - Cher Björn, je t'envoie mon journal de la semaine, comme tu me l'as demandé.

                            Ces derniers jours, je me suis un peu ennuyée, il n'y a finalement pas grand chose à faire à Alger. À part faire les magasins ou en monter un. En plus il fait très chaud, les plages sont pleines, tout comme les piscines et les climatiseurs chinois sont conçus à la base pour durer trois jours. C'est mon 10ème et là, il marche depuis deux jours. Alors, tu comprends que demain, je devrais avoir chaud, c'est comme la météo. Seule bonne nouvelle, j'ai mangé pour la première fois de ma vie une pastèque. Etrange fruit mais très bon, pourtant il n'y a que de l'eau, du sucre et des pépins dedans d'après ce qu'on m'a dit. De la limonade bio, en gros, on devrait l'importer en Suède, je crois que ça marcherait. Encore que c'est très gros une pastèque, on dit même qu'un bateau de pastèques coule en mer, ce qui m'étonne un peu. Mais bon.

                            Si si, il y a une autre bonne nouvelle, dans quelques jours, c'est l'ouverture d'un grand festival à Alger, il y aura plein de chanteurs africains m'a-t-on dit, et des très célèbres comme Khalida, une chanteuse que je ne connais pas. On s'ennuiera moins. Mais quand j'ai demandé s'il y avait des Algériens qui allaient chanter, on m'a dit non, que des Africains. Je n'ai pas très bien compris la géographie mais il me semble bien que l'Algérie est en Afrique. Mais quand on parle des Africains, on parle de ceux qui habitent en Afrique et pas en Algérie, bien qu'habiter en Algérie équivaut à habiter en Afrique. Je croyais que c'était lié à la couleur, les Africains étant Noirs et les Algériens Blancs. Mais quand j'ai dit connaître un Algérien qui était noir, qu'il est du Sud et qu'il travaille avec nous, on m'a dit que c'était pas pareil, lui c'est un Algérien. Même noir.

                            Alors je sais plus vraiment. J'ai demandé à Sarah, mon amie coiffeuse, si moi j'étais Européenne ou Scandinave, blanche ou Chrétienne ou je ne sais quelle race. Elle m'a dit non, « toi tu es une blonde ». Est-ce une nationalité ? Je sais que les blondes ont mauvaise réputation, même dans les pays européens, mais de là à en faire une race, c'est un peu fort. Alors quand j'ai compris un peu ce jeu, cet amour de la complexité mélangé à une certaine forme de perversion, j'ai demandé à Sarah si une blonde algérienne qui vient du Sud et qui est noire est africaine ? Elle m'a eu, elle m'a dit « une fausse blonde ou une vraie ? ». Au hasard, j'ai dit une fausse. Elle m'a dit alors qu'elle était algérienne. Africaine ? Non, Algérienne. Même probablement de l'Ouest. Oui, tu peux pas comprendre Björn, tout ça te semble très loin et futile. Mais je te l'ai dit, je m'ennuie en ce moment. D'ailleurs je vais me teindre en bleu. Pour le festival panafricain. Ne me demande pas pourquoi.

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                            • #15
                              Chawki Amari, Jeudi 9 Juillet 2009 :


                              Trouvé tel quel, oublié sur l'ordinateur d'un cybercafé, ce journal d'une Suédoise de passage en Algérie :

                              - Cher Björn, je t'envoie mon journal de la semaine, comme tu me l'as demandé.

                              Si au début j'avais quelques doutes, là ça y est. De la musique partout, une chaleur particulièrement assommante et personne qui ne travaille vraiment, ni dans les administrations ni dans les services. C'est sûr, je suis bien en Afrique. Sarah, mon amie coiffeuse, m'a dit qu'en plus, maintenant que l'on a un président à vie, c'est bon, on est vraiment sur le continent africain. Et les moustiques bien sûr, ces animaux particulièrement xénophobes qui adorent les peaux blanches comme la mienne et qui me font des trous partout. Particulièrement pervers, j'ai remarqué que les moustiques algériens aimaient bien piquer là où ils ont déjà piqué, c'est-à-dire là où ça fait déjà mal et où on se gratte jusqu'au sang. D'après Sarah, ils font ça pour ne pas avoir à faire un autre trou dans la peau, ils économisent de l'énergie.

                              Mais c'est l'Afrique et c'est d'ailleurs le festival panafricain. Je suis allé voir un concert, celui de Youssou N'Dour, à Riadh El Feth, sous l'espèce de rampe de lancement de missiles, qu'on m'a dit que non, c'est là que la guerre d'Algérie elle a commencé ou elle s'est terminée. Mais bref, il y avait plus de policiers que de spectateurs. Non, j'exagère mais il n'y avait pas autant de monde que je le pensais. Youssou N'Dour à Stockholm, à 150 euros l'entrée, aurait rassemblé des milliers de personnes. Là, c'était gratuit et il n'y avait pas vraiment la foule. D'ailleurs, il y avait des gens qui pensaient que c'était un président africain venu voir le président algérien, ce qui explique les renforts de sécurité.

                              Mais bref, quand on est arrivés, un organisateur ou un policier, je ne sais pas, je n'arrive pas à faire la différence, nous a demandé de nous mettre dans l'espace réservé aux familles, une espèce de carré proche de la scène, entouré de barrières métalliques. Je n'ai pas bien compris et je lui ai dit que Sarah n'était pas ma sœur et que nous n'étions pas de la même famille. Il a insisté, en me disant que si, puisque on était des femmes, on était forcément une famille. J'ai alors compris qu'une famille, c'était des femmes, même si elles ne sont pas des sœurs ou des cousines. Je lui ai demandé si 4 frères venaient seuls, est-ce qu'ils avaient le droit d'entrer dans l'espace réservé aux familles ? Je ne sais pas pourquoi, il a cru que j'avais fait allusion au président d'Algérie et ses 3 frères. Il s'est énervé et m'a demandé mes papiers. Finalement, Sarah a parlementé avec lui et tout est rentré dans l'ordre, on s'est mises avec les familles, là où il y avait de la mixité en fait. Mais bon, le concert était très bien, même si des groupes de jeunes spectateurs ont passé toute la soirée à chanter des chansons à eux, qui n'ont rien à voir avec Youssou N'Dour.

                              J'aimerais bien voir d'autres concerts mais la programmation est très aléatoire. Des noms sont annoncés, puis annulés, d'autres chanteurs sont programmés à la dernière minute et les horaires sont fantaisistes. Pour Youssou N'Dour par exemple, le programme officiel donnait un autre chanteur pour ce soir-là, les journaux donnaient Youssou N'Dour mais à 20 heures et la radio a donné 22 heures pour le début du concert. Qui faut-il croire ? À l'Algérienne, m'a dit Sarah, c'est-à-dire personne, et faire confiance au téléphone en appelant les amis. Comment peut-on gérer un festival sans programmation précise ? S'il faut lire les journaux, regarder la télévision toute la journée et écouter la radio en permanence pour avoir les bons concerts et les bons horaires, c'est techniquement impossible. Je t'en dirais plus la semaine prochaine Björn, là je vais aller voir un autre concert, Amazigh Kateb, je crois que c'est un Africain mais Algérien, qui chante en France mais en Arabe mais en Touareg d'Alger et qui est le fils de quelqu'un mais pas d'un général africain ou algérien. Ou quelque chose comme ça. Je t'expliquerais, l'Afrique c'est un peu compliqué.

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